‹ Saint Louis et Alfonse de PoitiersChapitre 64 sur 82 · DÉPENSES, COMPTABILITÉ, TRÉSOR · texte numérisé non relu

DÉPENSES, COMPTABILITÉ, TRÉSOR

Au bout d'un certain laps de temps , qui ne dépassait pas une vingtaine de jours, on faisait la récapitulation des dépenses de chacun des métiers et on y joignait le montant des gages des gens de service échus pendant cet intervalle, plus l'indication des menues dépenses.

Les Itinera renfermaient donc les dépenses journalières des métiers; là ne se bornaient pas les dépenses de l'hôtel. Il y avait les dons et aumônes et les harnais, Dona et Harnesia\ les vêtements du comte et de la comtesse, les robes des serviteurs, les joyaux, les restors de chevaux.

Le comte en effet donnait des pensions à ses clercs, aux veuves de ses serviteurs et à leurs enfants. Ces pensions étaient payables en plusieurs termes qui variaient suivant le titre de concession^. Les pensions des personnes d'un rang distingué étaient assignées par quartier; les anciens domestiques recevaient tant par jour ^. Alfonse faisait de

^ Voyez le rouleau original intitulé c Itinera, dona et hernesia, inler Candelosaro, anno Domini m.cc.xliv. et Ascensioncm Domini, anno m.cc.xlv. Bibl. imp., Tonds latin , n<> 9019, Toi. i et suiv.

2 « Pensiones percepte annuatim in cofTris domini comitis , tam ad vitam qoam qaoïisqne contemplacioni domini comitis provisum fucrit ibi... Magister Bartholomeos de Regio, 50^ Tor. annue pensionis, in coiTris domini comitis, percipiende duobus terminis , videlicet in octaba Asccnsionis Domini S5^; et in octaba Omnium Sanctorum, 25^... Mauricius, physicus, 50^ in cofTris, in tribus terminis : primum terciqm in octaba Asccnsionis Domini : secnndnm tercium in octaba Omnium Sanctorum ; ultimum tercium in octaba Candelose. « Original, suppl. du Trésor des chartes, J. 1022, n«* 21. Ces documents sont excessivement précieux pour Taire connaître la composition de l'hôtel, et surtout les anciens serviteurs, qui avaient reçu ce qu*en style moderne nous appelons leur retraite. — Pareille chose du reste se remarque dans les comptes royaux qui nous sont parvenus.

Les pensions faites par AlTonse sur ses coffres Turent acceptées et payées après sa mort par le Roi.

3 J. 1022, n*> 21. QuelqueTois, mais rarement, les pensions, au lieu d*ètre assignées sur les coTTres du comte, étaient assises sur les revenus d'une prévôté.

très-larges aumônes aux couvents , surtout aux Mineurs et Dominicains : les monastères inscrits sur la liste de ses libéralités recevaient chaque année une somme fixe.

Les comptes de l'hôtel renferment la mention détaillée des achats de vêtements pour le comte et la comtesse y ainsi que des sommes consacrées à l'habillement des gens de service '. Nous avons un état des serviteurs d'Alfonse pour le terme de l'Ascension 1245 ; la somme des robes monta pour ce terme à 86 livres. Il est bon de dire que l'on ne donnait pas de vêtements y mais une somme qui variait suivant l'importance des fonctions, laquelle somme était destinée à l'achat de robes.

Le chapitre des robes ou vêtements du comte est instructif pour connaître le luxe des princes au treizième siècle. Ces vêtements étaient achetés par divers agents , Jean Sarrasin, qui figure aussi dans les comptes de l'hôtel de saint Louis, Jean de Pacy, Pierre le Breton et Jean deBeaumont^

1 « Robbe familie domini comitis :

Henricus de Casulio, 40 s.; Hervcus de Gastellano, idem,; Meiogai; G. de Lorris; Motetus; Matheus clericus ; Hescellnus ; P. de Ghalençon; Johaones Vicecomcs, 50 s.; Symon de Bae; Guillelmus, 50 s.; Golinusquadrigarius ; Petrus Brito, 40 s.; Quarterus, 40 s.; J. de SancCo Dyonisio; Robertus de Mappis , 20 s. ; duo sallafores , 40 s. ; Bertbaudus, 40 s. ; Gaafredus de Aleleduno , 40 s. ; summolarius marescalli , 20 s. ; Henriotus et Philipotust 20 s.; J. de Warti, 40 s. ; Johannes Prépositif 40 s.; quaUioi servientes camere , iv^ ; Guiotus, 40 s. ; Johannes Gueta, 40 s. ; Hoschetus et Gaufridus de scancionaria , 40 s. ; Symon Corde , 10 s. ; III summulatores camere, 100 s.; summulator capelle, 20 s.; Renaudus de Porta, 50 s.; Chaperon et Chazillan, venatores , 100 s.; Johannes de Hala, 40 s. — Summa, 86*.»

2 Bibl. imp., n» 9019, fol. 2. • Robbe pro corpore domini comitis. Compotus Jobannîs Sarraceni , pro un alnis escalkte violete pro d. comitissa, 28 s. 4 d. per Petrum Britouem. — Pro iv alnis de persio tinto in viride , pro tanica d. comitisse per ipsum Petrum, 4*. — Compotus P. de Beilomonte, etc. > — Sur les achats de vâtements pour le comte on peut consolter

DÉPENSES, COIfPTABIUTÉ, TRÉSOR. 339

Voici la rapide énumération des étoffes qui figurent dans le compte de l'hôtel de 1255':

Écarlatte violette, 28 sous l'aune. — Écarlatte vermeille y idem. — Camelin pour surcot et chappe, 18 sous.

— Camelin pour le comte de Toulouse , 17 sous. — Écarlatte rayée, 18 sous. — Brunette, idem. — Verd. , 13 sous.

— Rayé , 10 sous. — 11 aunes et 1 quart de verd pour deux robes de la comtesse. — Ecarlatte vermeille pour nouveaux chevaliers. — 26 aunes d'estoffe de camelin à 7 sous l'aune. — 2 aunes 1 quart de camelin pro caligis, 18 sous. — 1 garde-corps de cendal fourré de menuvair, 50 sous.

Pour fourrer une chappe de la comtesse en écarlate violette et la border de genette, 9 livres ^

Trois paires de gants de crin pour les fauconniers, 12 sous. — Deux paires de gants pour le comte.

Les bijoux et l'argenterie étaient pour les princes un luxe nécessaire, mais coûteux.

Un chapeau d'or pour Monseigneur le comte, 16 livres 18 sous. — Une ceinture d'or, 9 livres. — Un collier d'or, 4 livres*. — Une once et demie de perles blanches, 6 livreis. — Trois anneaux doubles, 30 sous. — 2 aumônières, 12 sous. — Un hanap d'or pour madame la comtesse, pesant 2 marcs et demi et 7 estelins, 44 livres 12 sous. — Une coupe d'or pesant 4 marcs et 40 estelins , 80 livres 57 sous 6 deniers. — Cette vaisselle précieuse était coule compte de la chevalerie d'Alfonsc , publié d'après roriginal dans le tome IV de la 3« série de la Bibliothèque de V Ecole des chartes, p. 38.

^ Compte de 1251, n^ 9019, fol. 2. « Gompotus Johamiis SarracenL Robbe pro corpore de comitis. •

2 Aliter pro qoodam gardecorsio de ceodato fourato de minimo varîo, L 8. Pro capa d. comilisse de escarlatta violeta fouranda et orla genetarum, al. — Bnd,, Gompotus J. de Paceyo.

3 ïhid., fol. 2.

340 UVRE TROISIEME. — FIMNCES.

servée dans des étuis appelés hanapîers. — 12 hanapiers de cuir, 37 sous. — 3 autres hanapiers de cuir bouilli (de corio buliio) pour l'usage de madame la comtesse, 12 sous. — Pour rebrunir 10 hanaps (pro decem cifis reburnandis), 5 sous.

Quand on commandait une pièce de vaisselle on tenait compte : 1" du poids; 2" du déchet; 3'' de la façon.

Au luxe de la matière , on substituait quelquefois Télégance et la fragilité. — Pour de grands verres et pour leurs étuis, 12 sous.

Mentionnons aussi les achats de chevaux de selle, de chevaux de charge, de roncins, etc*. — Les chevaux atteignaient quelquefois un prix très-élevé :

Deux palefrois achetés à Lagny, Fun bai, l'autre ferrand, 50 livres, 8 sous parisis; — Un chasseur liard, 16 livres, 16 sous; — Un sommier pour porter les écritures, 20 livres; — Un chasseur brun baucend pour monsieur le comte , 22 livres.

Le chapitre intitulé Dona et Hemesia a un titre trompeur : il renferme des dépenses de toute nature. Y figurent des joyaux achetés pour le comte ; — les frais de séjour à Paris du trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers et de maître Renaud, — des présents faits au cardinal légat, au comte de la Marche et au comte de Toulouse; — une juste ou pot à eau en argent pesant 3 marcs et dix estelins , la façon coûta 20 sous, la dorure 9 sous; — 6 tonneaux de vin de Saint-Pourçain ; — 12 lamproies en galantine; — 1 gros poisson, plusieurs autres lamproies offertes en cadeau à de grands personnages, tels que Bouchard de Marly et

1 Bibl. împ.f n°90i9, fol. 1. i Equi et roncioi. Pro duobus palefridis emptis apud Latigniacum, uno bayo, alio ferando... Pro uno chaçalore brimo baucendo pro d. comité, xxii''. 9 Les chevaux se subdirisent en cheraax de selle, palefrois, sommiers, roncins, chevaux de chasse.

DÉPENSES, GOMPTABIUTÉ, TRÉSOR. 341

Ferry Pastè ', ce dernier maréchal de France. Après ces différents achats viennent ceux qui justifient en partie ]e titre de ce paragraphe j les harnais du comte. Puis sont inscrites des dépenses tout à fait étrangères à cet objet. Le coût d^une étable pour les faucons à Vincennes; — un chapeau d'or; — le prix d'un souper au Louvre; — une ceinture d'or; — un collier d'or; — des robes longues; — des guimpes pour la comtesse ; — quatre coupes d'argent doré; — des chaussures; — le compte de Louis l'apothicaire pour des épices; — 26 nappes; — 3 douzaines de serviettes. — Total des harnais 574 livres, 18 sous, 3 deniers.

Parmi les dons , notons 60 sous donnés à Bertheiot qui joue aux échecs, et 20 sous à Syret, fou du comte de Dreux.

Le compte de 1245 ne donne que 145 livres pour les aumônes : cette somme s'accrut considérablement pendant les dernières années du règne d'Alfonse.

A la suite des aumônes, le train de chasse; — les veneurs; — les oiseleurs; — leurs gages, — leurs robes; — la nourriture et l'achat des faucons et des chiens^, — Dépenses diverses : parchemin ; — encre ; — transport de meutes; — voyages; — missions; — pour la reliure d'un roman et de l'histoire de Roncevaux (Chronique de Turpin)*; — pour le jeu du comte.

1 K Pro jocalibos emptis ad opos d. coiuitis per J. Vicecomilem. — Expense lacté Parisios per thesaurarium et per mag. Renaodaro. — Presentia facta cardioali et comiti Marchie. — De quadam justa ad aquam. — Pro doliis vioi de Sancto Porcyano. — Pro 12 lampridis potitis in galatina. — Pro stabolo Cdconit d. comitis apud Vicenas. — Pro supperio d. comitis apud Lapparam. — Pro capello anreo , etc. > Bibl. imp., n® 9019 , fol. t.

^ t TabclUo venatorum et avicularionim. t

3 I Pro quibusdam tabulariis , pro romaoo religando et pro bistorio {sic) de Reocevaux. — Pro ludo domiai comitis. t

On a dû remarquer qu^il y avait dans ce compte un certain désordre, que des articles de même nature étaient répartis entre différents chapitres. Il a déjà été plusieurs fois question des vêtements du comte et des joyaux : voici, à la fin du {rôle des dépenses de l'hôtel de l'Ascension 1245, plusieurs comptes particuliers qui constatent l'achat de divers objets dont nous avons vu figurer précédemment les analogues :

Compte de Jean le Vicomte : gants, — coffres, — siéges, — corsets, — *émeraudes, etc.

Compte du bouteiller : bouts, — bouteilles, etc.

Compte du matériel de la cuisine : chaudières, — plats.

Somme totale, 480 livres, 15 sous, 5 deniers.

Le compte de 1245 offre une ressemblance frappante avec les comptes de Philippe le Bel inscrits sur des tablettes de cire , sauf que ces derniers offrent plus d'ordre et de régularité ; mais la disposition générale est identique '.

Des fragments de comptes publiés par Ludwig au siècle dernier nous permettront de compléter les notions que nous possédons sur l'hôtel d'Alfonse. L'imitation de la comptabilité royale par ce prince est évidente, surtout quand on examine le premier compte qui lui ait été rendu, celui des dépenses de sa chevalerie en 1241. Outre des dépenses tout à fait spéciales, ce document renferme les mêmes chapitres que le compte de l'hôtel de 1245 dont nous avons analysé les principales parties. II présente : 1* la liste des sommes données pour robes aux gens de la maison; 2^ les gages des nouveaux chevaliers; 3^ les dépenses de

1 Voyez les tablettes de Genève publiées par Sennebier. Catalogue dei mss, de la BibL de Genève, p. 146 à 178. — Gocchi , sur les Tablettes de cire de Floreuce. i Letlera critica sopra uno manoscritto de cera. 9 Floreiice« 1746, in-40.

DÉPENSES, œMPTABIUTÉ, TRÉSOR. 343

transport des objets nécessaires pour la fête donnée à Saumur ; 4^ le pain et le service de la paneterie ; S"" le vin et le service de Téchansonnerie ; 6*" la cuisine ; T la cire ; — le fruit et l'avoine ; 8^ les dépenses de la chambre ; 9^ les dons; 10* différents comptes d'achats de vêtements pour le comte, la comtesse et les nouveaux chevaliers; 11* les harnais ; dans ce dernier chapitre , l'énumération des articles est d'accord avec le titre : selles , brides , épées , heaumes, cottes d'armes, brassards, gambesons; 12* chaus-

sures *.

Un compte de l'Ascension 1258 fait connaître la composition du conseil d'AIfonse en donnant la liste des chevaliers et des clercs qui reçurent des manteaux ^.

Après la réunion du comté de Toulouse, la comtesse eut son hôtel et un budget spécial , même lorsque le comte et la comtesse étaient ensemble'. C'était là encore une imitation de ce qui se passait à la cour de France.

En moyenne, le chiffre annuel des dépenses de l'hôtel de la comtesse Jeanne était les quatre dixièmes de la dépense de l'hôtel de son mari. Dans les comptes de l'hôtel de Madame étaient compris les achats de robes, de joyaux et les dépenses de la vie ordinaire, quand Jeanne séjournait dans un autre lieu qu'Alfonse, ce qui arrivait assez rarement^.

1 BiM. de V École des chartes, 3« série , t. IV, p. 22 et soiv.

^ Ludwig, Reliquiœ mamucriptorum , t. XU, p. 5. c Mantelli militum et derîconim Alfonsi comitis Pictaviensis ad Urminum 0. Sanclonim 1258. i

' Je prends au hasard un compte abrégé de l'hAtel :

t Expensa bospicii d. comitis ab octaba Candelose, anno 1267, ad octabas Aaeens. 1268, vu™ vi« un" ira* vi t. xi d. Tur.

• Expensa bospicii domine comitisse cum joeliis, donis et openbus in eodem termino, m" vni« xlix* viii s. t

^ Compte particulier de la dépense de TbAtel de Jeanne , sans date. Arcb. de l'Emp., J. 1034, n« 21. — Pro panetario et hemesio, xxx s. — Pro passagio Secane Parisius, xnis. — Pro n repositoriis vessalamentorum argenti

Dans les dernières années , l'intendant général de rfaôtel était le trésorier de Saint-Hilaire de Poitiers : c'était lui qui présentait au conseil les comptes de l'hôtel et justifiait les dépenses. La comtesse avait un intendant particulier qui élait, en 1267, frère Jean de Bucy'.

Les dépenses, comme les recettes, ^e divisaient en trois exercices : celui de la Toussaint, celui de la Chandeleur et celui de l'Ascension*.

J'ai dit plus haut que les sommes provenant des bailliages étaient versées au Temple, lieu où était déposé le trésor royal et celui du comte de Poitiers, sous la garde des Templiers '. C'était donc au Temple que les officiers d'Alfonse venaient chercher l'argent nécessaire à Tali-

XLV S. — Pro quodam forolo ad tabulas , xii den. — Pro ii eqois locatis apud Corbolium ,2 8. — Pro haoapiis' et auro , emallo et vitrU et uoo sacco ad claretum , 8 8. 4 d. — Pro vessalamentis de coquina domine comitisse per Lucam coquum. i

^ t Compotu8 abreviatus expeDse hospitii d. comitisse per fratrem J. de Bdccî. — Expensa bospicii d. comitis per Ph. de Saoclelis , thesaurarium B. Hylarii. t J. 192, ii« 19.

2 Voyez le registre J. 317, n» 61, et le rouleau J. 192. n® 19.

3 < Compotus de Tcmplo iu termino Candclose , anno 1249. Restât quod débet Templum.

De flue compoti...

Summa... Débet Templum.. .

Les sommes que le comte recevait du Temple étaient intitulés : Recepta de Templo. Exemple :

I Recepta de Templo post compotum Omnium Sanctorum 1251.

Dominica post fcstum Sancti Martini biemalis, 400^ Par.

Sabbato post fcstum Sancti Andrée apostoli, 500^ Par. t Reg. J. 317, no61, fol. 24 et sniv.

Les recettes extraordinaires étaient versées par les sénéchaux au Temple , mais ceux-ci continuaient à être responsables, i Licet Templum ista omnia de focagio rcceperit iudeposito, tenentur respondere d. comiti. i G* est que le Temple recevait les sommes qui lui étaient confiées à deux titres différents : tantôt à titre de versement, tantôt à titre de dépôt. Compatut abreviatus , J. 192, no 19.

DEPENSES, GOMPTABfLlTÉ, TRÉSOR. 345

mentation des dépenses de Thôlel et des dépenses extraordinaires : de là rétablissement d'une comptabilité spéciale. A chacun des termes financiers, le Temple dressait Tétai des sommes qu'il avait en caisse lors de la clôture du dernier exercice, et celui des deniers qu'il avait remis aux agents du comte en vertu de bons, puis de l'argent qu'il avait reçu : il établissait enfin la balance.

Cette comptabilité était celle de saint Louis; Alphonse ne fit donc en cette matière que se conformer à ce qui se pratiquait à la cour du Roi. Je n'ai pas besoin de faire ressortir la simplicité et en même temps la sûreté de ces procédés, qui permettaient de connaître à n'importe quelle époque la situation pécuniaire et les sommes disponibles.

On n'a qu'à jeter un coup d'œil sur le registre où ont été inscrites les différentes opérations financières d'Alfonse depuis 1249 jusqu'à l'année 1260, pour être convaincu de l'excellente comptabilité qui présidait à l'administration des revenus de ce prince.

On trouve d'abord un état de caisse fait à Aymargues, le vendredi avant l'Assomption 1249; il y avait dans les coffres du comte, 120,396 livres 18 sous 3 deniers : les dépenses de la croisade ne devaient pas tarder à épuiser cette opulente réserve.

Suivent les dépenses et les recettes pour chacun des trois termes financiers des années 1250 à 1260. Quand Alfonse fut revenu de la croisade, il entendait lui-même les comptes de chaque exercice, c'est-à-dire qu'on lui soumettait les recettes, les dépenses et l'excédant des recettes. Ces comptes-rendus étaient sommaires '.

Viennent ensuite les différents comptes que les officiers d'Alfonse avaient avec le Temple ou bien encore avec

1 Voyez les extraits de dilTérents comptes originaux conservés au Trésor descliartes, publiés par D. Vaissete, III, col. 482 et suiv.

l'Hôpital ^ car le comte faisait aussi des dépôts chez le» chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Les comptes s'éta» blissaienty ainsi que je Taidit, pour chaque exercice financier. On marquait le jour où le Temple avait fait des payements pour les besoins de l'hôtel , en indiquant la personne qui avait touché. Le trésorier de l'hôtel s'appelait Gaillard 9 aussi les sommes qui lui étaient remises étaientelles inscrites à son nom , Per Gallardum. Il est à remarquer que les sommes ainsi payées par le Temple formaient un chapitre intitulé Recepta de Temple : ce qui ne signifiait pas recette faite par le Temple, mais recette faite par l'hôtel de deniers déposés au Temple. La même particularité s'observe dans les comptes de l'hôtel de saint Louis.

Je donne ci-après, d'après des documents officiels, l'état des revenus et des dépenses d'Alfonse, de 1249 à 1268. Cet état présente de nombreuses lacunes, faute de documents. On ne doit pas oublier que les recettes portées dans ce tableau sont les recettes nettes, déduction faite des dépenses d'administration provinciale.

' Voici des extraits du registre J. 317, n® 61.

Fol. 5!4 : I Gompotus de Temple, in temiino Gandelose, anno Domini M° ce® XL noDO.

t Debebat Templam d. comitl , pro magistro Philippe Falconarii xn^ xii L Par.

« Pro decano Christianitatis Rothomagensis , im» 1. 3 s. 10 d. Tur.

> Ëxpensa de Templo post compotum Gandelose supradiclom.

t Pro Odardo de Villaribus, sencscallo Belliquadri, cl 1. Tur.

t Item pro malis de sacro ad denarios ponendos xxxvn s. per Templum.

t Facto compoto apud Templum, sabbato in vigilia Sanctorum Genrasii et Prolhasli, debuit Templum domino comiti Pictaviensi , vi** 1. 62 s. 6 d. Tur. t

^ Nous avons emprunté les chiffres de ce tableau au registre J. 317, 119 62, et au rouleau J. 192, n» 19. Pour plus de détails, voir à la fin du volume la note relative aux sources de l'histoire administrative d'Alfonse, que nous avons mise à contribution.

Page 1