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Saint Louis et les croisades

E royaume chrétien de Jérusalem était fondé, et fondé surtout parles mains des Français. « L'Europe tout entière a pris part aux croisades, mais c'est à l'histoire de France bien plus qu'à toute autre que se rattache celle de ces grandes expéditions. Un pèlerin français, Pierre l'Ermite, a prêché la première croisade. C'est en France, au concile de Clermont, qu'elle a été résolue ; un prince dont le nom est demeuré Français, Godefroy de Bouillon, l'a commandée ; le royaume de Jérusalem a parlé la langue de nos pères ; les Orientaux ont donné à tous les Européens le nom de Francs; pendant deux siècles, la conquête de la défense de la Terre Sainte se lie étroitement à tous les sentiments, à toutes les idées, à toutes les vicissitudes de notre patrie; un roi de France, saint Louis, est le dernier qui ait rempli l'Orient de sa gloire. Enfin parmi les historiens des croisades, la plupart et les plus illustres, Guillaume de Tyr excepté, Jacques

HIST. DE FRANCE PAR LES CIIRONICJUEURS. — II. t

de Vitry, Albert d'Aix, Foulcher de Chartres, Guibert de Nogent, Raoul de Caen,Villehardouin' et tant d'autres, sont des Français.»

Le roi de France Philippe 1" n'avait personnellement pris aucune part à la première et à la plus éclatante des croisades. Au moment oii les chrétiens croisés pour la délivrance du Saint Sépulcre entraient victorieux à Jérusalem après trois années de souffrances et de combats, le roi de France, entravé par sa passion pour Bertrade, comtesse d'Anjou, qu'il avait enlevée à son mari en répudiant lui-même sa femme, Berthe de Hollande, voyait son royaume mis en l'interdit ; partout où il se présentait, le service divin cessait, et dès qu'il s'éloignait, toutes les cloches se mettaient en branle, de sorte que le roi s'écriait en riant comme un fou : « Entends-tu bien, ma belle-, comme on nous chasse? » Rien ne pouvait vaincre l'obstination du roi, entretenue par l'habileté de Bertrade, toute-puissante encore sur l'âme de Foulques le Réchin, comte ci'Anjou, comme sur celle du roi Philippe. Cette adroite femme avait si bien su par son savoir-faire réconcilier les deux rivaux, qu'elle leur prépara un splendide repas, les fit asseoir tous les deux à la même table, leur fit dresser des lits la nuit suivante dans la même chambre, et les servait à leur gré^ Cette femme enjouée et d'une instruction rare, admirablement versée dans l'art, familier à son sexe, de captiver les maris après les avoir outragés, avait conservé un tel empire sur le comte d'Anjou, son premier mari, malgré l'affront qu'elle lui avait fait de l'abandonner , qu'il la traitait avec respect comme sa souveraine , s'asseyait souvent sur un tabouret à ses pieds, et obéissait à sa volonté comme par une sorte de prestige ^ Philippe V avait alors fait sa paix avec l'Église et renoncé officiellement à Bertrade.

Il avait également ^ depuis plusieurs années associé au trône son fils Louis l'Éveillé, plus tard Louis le Gros. Dès l'âge le plus tendre*^, cette jeune âme s'était montrée tellement mûre pour une vertu forte et agissante, que le prince méprisait la chasse et les

1. Notice de M. Guizot sur Guillaume de Tyr. (Collection des Mémoires relatifs à 1 histoire de France.)

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