‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 18 sur 138 · I. Vie de Louis le Jeune, faussement attribuée à Suger · texte numérisé non relu

I. Vie de Louis le Jeune, faussement attribuée à Suger

Monnaie de Louis VII. (Nanteuil

plus intime et l'ami le plus fidèle du seigneur roi son père, l'abbé Suger, élevé par ce prince aux plus grands honneurs et qui commandait au palais, tout en gouvernant son monastère de Saint- Denis. Le jeune roi \ pénétré de respect et d'affection pour lui, le vénérait comme un maître, à cause de l'élévation et de la rectitude de ses avis. Quand il arrivait, les prélats se levaient par égard pour lui et le faisaient asseoir parmi eux à la première place. Toutes les fois en effet que, sur l'invitation du roi, les évoques se réunissaient pour délibérer sur des affaires importantes du royaume, c'était

toujours lui seul qu'ils chargeaient unanimement de porter la parole en leur nom à tous ; ils n'osaient rien ajouter à ses paroles, ainsi que le dit le patriarche Job ^ quand une fois les flots de son éloquence étaient tombés sur eux goutte à goutte.

C'est par lui que les clameurs des orphelins et les plaintes de la veuve arrivaient jusqu'au monarque; toujours il intervenait et quelquefois même il commandait pour eux. Quel est l'opprimé ou l'homme gémissant d'une injure qui n'ait pas trouvé en lui un protecteur assuré, pourvu que sa cause fût juste? Jamais dans ses jugements il ne voulut, à aucun prix, s'écarter de l'équité ; il ne fit jamais acception des personnes , n'aima point les présents , et n'exigea pas rigoureusement les rétributions qui lui revenaient. Qui n'admirerait son esprit inaccessible à la cupidité, humble dans la prospérité, calme au milieu des orages du monde, que les périls ne pouvaient effrayer, si fort dans un corps si faible ? Ce que j'ai souvent admiré en lui, c'est que tout ce qu'il avait appris dans sa jeunesse, il le conservait si bien dans sa mémoire, que, pour ce qui regarde les pratiques et les prières monastiques, nul ne pouvait lui être comparé. On aurait cru qu'il ne savait et n'avait jamais appris autre chose, et cependant telle était sa profonde instruction dans les études libérales, que parfois il dissertait avec une rare subtilité sur

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