‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 19 sur 138 · ACTUELLEMENT AU MUSÉE DU LOUVRE · texte numérisé non relu

ACTUELLEMENT AU MUSÉE DU LOUVRE

I. Vase de Sardonyx antique, monture en argent doré, xii* siècle. — 2. Vase de porphyre antique, monture en argent doré, xii" siècle. — 3. Vase de cristal de roche, monture en argent dore, donné par Éléonore d'Aquitaine au roi Louis le Jeune et par celui-ci à Suger. — 4. Soucoupe de serpentine, monture en or. Travail oriental du ix° siècle.

les sujets de dialectique ou de rhétorique, et plus encore sur ceux de théologie, dans lesquels il avait vieilli. 11 était en effet si plein de la lecture desdivinesÉcritures, que, sur quelque point qu'on l'interrogeât, la réponse la plus juste ne se faisait jamais attendre. La ténacité de sa mémoire ne lui avait pas permis d'oublier même les poètes profanes: on l'entendait réciter de mémoire jusqu'à vingt et même trente vers d'Horace, pourvu qu'ils continssent quelque chose d'utile. Avec une si grande perspicacité d'esprit et une mémoire si heureuse, ce qu'il avait une fois saisi ne pouvait lui échapper.

Aussi c'est un fait constant que, du moment où Suger fut admis pour la première fois dans les conseils du prince jusqu'à l'instant où il cessa de vivre, le royaume jouit d'une continuelle prospérité, étendit amplement et utilement ses limites, triompha de ses ennemis et parvint à un haut degré de splendeur. Tous les monarques de la terre l'envièrent au roi des Français, et j'ai souvent vu celui-ci, au milieu du cercle des premiers de l'Etat, se tenir respectueusement devant ce grand homme assis sur un marchepied, tandis qu'il dictait ses utiles préceptes comme à des inférieurs. Pour eux, suspendus pour ainsi dire à ses lèvres, ils écoutaient ses paroles avec la plus profonde attention. Quand ces conférences étaient finies, Suger voulait reconduire le monarque ; mais celui-ci ne souffrait jamais qu'il fît un pas ou se levât de son siège, et se retirait devant lui comme un fils devant son père.

Il existe encore beaucoup de lettres que lui adressèrent des hommes célèbres ; ceux qui entre autres lui écrivirent le plus fréquemment furent Pierre, abbé de Cluny, et Bernard, abbé de Clairvaux, tous deux illustres par leur vie et leur science, et, ce qui ne mérite d'être compté qu'après, leur éloquence. Un jour, l'abbé de Cluny, visitant Suger à Saint-Denis, et ayant admiré longtemps les ouvrages et les bâtiments qu'il avait fait construire, se retourna ensuite vers la très petite cellule que cet homme, éminemment ami de la sagesse, avait arrangée pour sa propre demeure. Pierre gémit alors profondément, et s'écria : « Cet homme nous condamne tous; il bâtit, non comme nous, pour lui-même, mais uniquement pour Dieu. » Tout le temps, en effet, que dura son administration, Suger ne bâtit pour son propre usage que cette humble cellule, large de

dix pieds et longue de quinze. Ce fut là qu'il habita dix ans avant sa mort, afin d'y recueillir sa vie, qu'il avouait avoir dissipée trop longtemps dans les affaires du monde. C'était là que, dans les heures qu'il avait de libres, il s'adonnait à la lecture, aux larmes et à la contemplation ; là il évitait le tumulte et fuyait la compagnie des hommes du siècle ; là, comme on le dit du sage, il n'était jamais moins seul que quand il était seul ; là, en effet, il appliquait son esprit à la lecture des plus grands écrivains, à quelque siècle qu'ils appartinssent, s'entretenait avec eux, étudiait avec eux; là il n'avait pour se coucher, au lieu de plume, que de la paille, sur laquelle était étendue, en place d'une fine toile, une couverture assez grossière, de simple laine, que recouvraient, pendant le jour, des tapis décents, car il évitait avec grand soin tout ce qui pouvait sentir l'affectation dans ses habitudes et sa manière de vivre.

Tandis que le seigneur roi Louis appuyait ainsi sa jeunesse sur la sagesse et la prudence de l'abbé Suger, survint la nouvelle des désastres et douleurs qui avaient atteint les chrétiens demeurés en Orient, le roi et les princes qui gardaient à Jérusalem les Lieux Saints contre la fiireur des païens. Lorsque ce bruit parvint aux oreilles du roi Louis, il fut aussitôt ému de pitié et résolut de prendre la croix pour marcher sur les traces de son Rédempteur. Tenant donc le jour de la Nativité sa cour à Bourges*, le roi très pieux, ayant à dessein appelé auprès de sa couronne tous les évoques et les grands du royaume de France, leur révéla d'abord les secrets de son cœur. Alors l'évêque de Langres, homme plein de religion, parla, d'une manière convenable à sa dignité, de la destruction de la ville de Roha, plus anciennement nommée Édesse, de l'oppression endurée par les chrétiens et de l'insolence des païens, et il fit verser beaucoup de larmes en traitant un sujet si déplorable; puis il invita tous les assistants à s'unir à leur roi pour porter secours aux chrétiens et combattre pour le Roi de tous les hommes. Toutefois, ce que semaient en ce moment l'évêque par ses paroles, le roi par son exemple, ils ne le moissonnèrent pas tout de suite. Un autre jour fut fixé pour que tous se réunissent à Vézelay pour les fêtes de Pâques, au moment

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