Prêtres
V Pierre de Vaux-Cernay, Histoire des Albigeois.
argent, bref imitant en tout la manière apostolique ; mais eux, refusant de prendre sur eux ces nouveautés, répondirent que, si une personne d'autorité suffisante consentait à les précéder en cette manière, ils la suivraient très volontiers. Aussitôt l'évêque, rempli de l'esprit de Dieu, renvoyant sa suite et ne gardant avec lui qu'un seul compagnon ', s'offrit à conduire les prédicateurs et vint à Montpellier, disputant et discutant par tout le pays avec les hérétiques, allant deçà et delà, de château en château, afin d'évangéliser en tous lieux, et ainsi ils arrivèrent jusqu'à Béziers et à Carcassonne, affermissant dans la foi le peu de catholiques qui s'y trouvaient encore.
Un jour se réunissent tous les hérésiarques dans un certain château du diocèse de Carcassonne, que l'on nomme Mont Real, pour discuter ensemble contre les saints légats; là furent pris pour juges aucuns d'entre eux que les hérétiques nommaient croyants. Or l'argumentation dura quinze jours, et fut rédigé par écrit tout ce qui était traité, et remis en la main des juges, pour qu'ils prononçassent la sentence définitive ; mais eux, voyant que les leurs étaient manifestement battus, ne voulurent la rendre, non plus que les écrits qu'ils avaient reçus des nôtres, de peur qu'ils ne vinssent à publicité, et les livrèrent aux hérétiques.
Ces choses faites, frère Pierre de Castelnau, laissant ses compagnons dans le pays de Narbonne, s'en alla en Provence et travailla à réunir les nobles, dans le dessein d'extirper les hérétiques à l'aide de ceux qui avaient juré la paix ; mais le comte de Toulouse, nommé Raymond, ennemi de cette trêve, ne voulut y acquiescer, jusqu'à tant qu'il fut forcé de la jurer, tant par suite des guerres que lui suscitèrent les nobles de la province par la médiation et industrie de l'homme de Dieu, que par l'excommunication qu'il lança contre ledit comte (1206).
Or le comte Raymond se levant alors à Saint-Gilles, entouré d'un certain nombre des siens, le légat du saint-père avec frère Pierre de Castelnau y arriva, disputant toujours avec tous des hérésies, si bien qu'il se prit de paroles et querelles à ce sujet avec un gentilhomme, serviteur du comte Raymond, et leur dispute