‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 47 sur 138 · I. Guillaume de Puylaurens, ///i/o;Vt' (/t'5 Albigeois · texte numérisé non relu

I. Guillaume de Puylaurens, ///i/o;Vt' (/t'5 Albigeois

manda incontinent le cas au saint-père, et comment cela s'était fait et d'où était venue la querelle, et quand le saint-père apprit la nouvelle de ce meurtre, il en fut si courroucé et mal content, qu'il fit incontinent partir des lettres pour ordonner plus fortement que devant la croisade, afin de prendre vengeance de cette action et aussi pour forcer ces hérétiques à rentrer dans le bon chemin.

Quand le légat eut reçu lesdites lettres et pouvoirs pour ordonner la croisade, il partit de Saint-Gilles avec toute sa suite sans aucun délai, ainsi que le lui mandait le saint-père, et ne put

pas même en partant prendre congé du comte Raymond. II tira vers son abbaye de Cîteaux, et quand il y fut arrivé, il convoqua un chapitre général et ordonna que tous les moines, abbés et princes Monnaie de Raymond-Roger, dépendants de son abbaye . viusseut iu-

vicomte de Béziers '.

continent et sans délai audit chapitre.

Ils y furent tous arrivés en peu de temps, et le légat tint le chapitre pour y prêcher et dénoncer ladite croisade contre les hérétiques et leurs alliés.

Quand le comte Raymond vit ainsi s'émouvoir contre lui cette grande affluence de chevaliers et seigneurs qui se croisaient pour indulgence gagner, il en fut si grandement ébahi et troublé, qu'il partit sur-le-champ avec les siens pour se rendre au concile et déclarer hautement que, si on le voulait accuser de meurtre et d'hérésie, il en était innocent en tout et pour tout et n'en avait aucune connaissance. Son neveu, le vicomte de Béziers, était avec lui, qui ne voulait en aucune manière que son oncle s'excusât auprès du concile, mais disait qu'ils devaient appeler leurs amis et alliés pour les secourir et mettre bonnes garnisons dans toutes les places contre le légat et son armée ; mais le comte ne voulut pas entendre à cela, lors même que le légat l'eût repoussé, disant qu'il allât vers le saint-père à Rome, car autrement ne pouvait être réconcilié avec l'Église.

Le comte Raymond ne perdit sur ce point de temps, mais il envoya à Rome l'archevêque d'Auch et l'abbé de Condom avec le

I. B ROG VICECO. Croix. Au revers, BITERRA CIVI. Croix à pied accostée en bas de deux jambages.

prieur de l'hôpital, accompagnés par une belle suite, afin qu'ils remontrassent au saint-père comment il était tout prêt à se soumettre à l'Église et n'avait jamais commis ni ordonné aucun meurtre ni encouragé aucun hérétique en ses domaines. Ce que le seigneur pape ayant entendu en son concile, il admit le comte à prouver son innocence, afin que son absolution lui fût baillée, à condition qu'il mettrait entre les mains de l'Église les châteaux les plus forts et les meilleurs qu'il eût en sa terre, jusqu'à ce qu'il eût purgé sa coulpe : ce à quoi le comte consentit bien et reçut joyeusement et à grand honneur le seigneur Milon, que le saintpère envoya avec ses ambassadeurs pour prendre possession des terres et châteaux. Par malheur ledit seigneur Milon vint à mourir en arrivant à Arles, fort regretté du comte Raymond et de ses gens, qui n'eussent pas eu tant à souffrir de peine et de tribulations s'il fût demeuré envie.

Le comte, ayant vu le seigneur Milon passer de vie à trépas, prit les lettres, le traité et l'absolution et s'en alla vers le légat, à Montpellier, lequel ne parut pas fort joyeux et ordonna au comte Raymond qu'il le conduisît dans le pays du vicomte de Béziers son neveu, car il le voulait détruire, étant plein d'hérétiques et de routiers : ce que fit le comte Raymond pour ne manquer à l'obéissance de l'Eglise et en eut à la fm mauvais guerdon et récompense, comme on le verra par la suite ; car le vicomte de Béziers avait vainement cherché à s'excuser auprès du légat, disant qu'il était serviteur de l'Eglise, pour laquelle il était résolu de vivre et de mourir envers et contre tous. Le légat avait répondu qu'il n'avait rien à lui dire, mais qu'il s'en tirât du mieux qu'il pourrait, étant résolu à ne rien faire avec lui. Aussi le légat voulait-il grand mal au vicomte de Béziers.

Le vicomte de Béziers' ne cessa, nuit ni jour, de mettre sa terre en défense, car il était plein de cœur. Aussi loin que s'étend lu monde il n'y a meilleur chevalier, ni plus preux, ni plus large, ni plus courtois, ni plus aimable. Il était neveu du comte Raymond et fils de sa sœur. Lui-même fut catholique :.j'en prends à témoin le nombre de clercs et de chanoines qui vivent en couvent ; mais, par

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