‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 51 sur 138 · I. En juillet I2II · texte numérisé non relu

I. En juillet I2II

de demeurer tant de temps de la sorte sans avoir aucun repos. D'autre part, ils voyaient tous les jours mourir beaucoup de leurs gens.

Le comte de Montfort et le légat se seraient volontiers accom-

Vue de Roquemadour, d'après une photographie.

modes, n'eût été le maudit évêque de Toulouse, qui toujours empêchait l'accommodement, disant que toute la ville de Toulouse et les terres du comte Raymond étaient remplies d'hérétiques : ce qui fut cause d'une grande destruction de gens et un grand péché et méfait audit évêque. L'armée donc tira vers le comté de

Foix, où elle fit de grands maux et ravages, car partout où elle passait, elle ne laissait rien sur terre, détruisant et gâtant tout; mais quand elle eut séjourné quelque temps au pays de Foix, elle fut obligée d'en partir, car l'hiver était venu, et elle n'y pouvait plus tenir ni demeurer à cause du grand froid qu'il y faisait.

Le printemps venu, le comte de Montfort partit de Carcassonne avec une moitié de l'armée, pour aller chercher le légat avec le reste qui se tenait à Roquemadour. Cependant le comte Raymond avait rassemblé de nouveau une grande armée et attendait le roi d'Aragon, son beau-frère, qui lui avait promis de lui apporter secours et loyale aide. Le comte de Foix était aussi rentré en campagne et prêtait main-forte au comte de Toulouse, en sorte que tous deux battirent les gens du comte de Montfort près de Castelnaudary ; après quoi bien des villes et châteaux revinrent au comte Raymond comme à leur naturel seigneur; mais le légat ne cessait d'appeler des gens à son secours de tous les pays du monde, en sorte que vint une grande armée de croisés du pays d'Allemagne, et d'autres de Lombardie et d'Auvergne, desquelles armées les gens du pays commencèrent à s'ébahir tellement, que la plupart quittaient leurs maisons pour s'enfuir à Toulouse ou à Montauban, car c'étaient les deux principales villes qu'eût le comte Raymond en état de défense, et aussi faisaient de même les gens des garnisons, en sorte que les châteaux se dégarnissaient et vidaient, et que le comte de Montfort en fit prendre et raser plus d'un, jusqu'à ce qu'il n'y restât pierre sur pierre. Il n'en fit cependant pas ainsi au château et à la ville de Moissac, car vaillamment et longtemps se défendirent, faisant grand mal au comte de Montfort et à ses gens ; mais, n'entendant rien du comte Raymond leur seigneur et ne se pouvant plus garder eux-mêmes, les bourgeois rendirent la ville au comte de Montfort, qui fit tuer toute la garnison, dont pas un seul ne fut reçu à merci. Ce fut grande pitié de faire mourir tant de vaillants hommes; mais c'était en haine de ce qu'ils avaient tué le neveu de leur archevêque, après l'avoir fait prisonnier.

Moissac pris, le comte de Montfort y mit bonne garnison pour la défendre, et tout le pays d'alentour se soumit à l'obéissance du comte de Montfort, lequel pensait déjà à assiéger Montauban et commençait à y mettre des gens, lorsqu'il apprit que le comte de

Foix était revenu en son pays, et tuait et blessait ses hommes, reprenant villes et châteaux; sur quoi le comte de Montfort s'y en alla avec toute son armée, et força le comte de Foix à quitter Saverdun pour se retirer au château de Foix, lequel était impre-

Portail de l'église Saint-Pierre de Moissac, d'après une photographie.

nable; en sorte que le comte de Montfort, voyant venir l'hiver, se retira à Carcassonne.

Le roi Pierre d'Aragon part avec sa mesnie *. Il a mandé toute la gent de sa terre, tellement qu'il en a rassemblé une belle et grande compagnie. A tous il a déclaré qu'il veut aller à Toulouse combattre la croisade, qui dévaste et détruit toute la contrée. Le comte de Toulouse lui a demandé merci, que sa terre ne soit ni brûlée ni ravagée, car il n'a tort ni faute envers personne au monde. « Et comme il est mon beau -frère, qu'il a épousé ma sœur et que j'ai marié mon autre sœur à son fils, j'irai les aider contre ces misérables qui veulent les déshériter. Les clercs et les Français veulent

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