I. Histoire de la guerre des Albigeois
Saint-Paul lui répondit : « Seigneur évêque, vous parlez là mal à propos; car, si monseigneur le fils du roi faisait ainsi que vous le dites, la France en aurait à tout jamais reproche et déshonneur. » Le comte de Bretagne prit aussi la parole et dit : « Qu'on ne devait pas faire ce que proposait Tévêque et que, quant à lui, il n'y consentirait pas. »
Quand le fils du roi eut entendu les discours de part et d'autre, il leur dit : « Seigneurs, je ne suis pas ici pour faire du tort à l'Église ni aucunement pour épargner le jeune comte Raymond et
sesgens,»car, le vieux comte Raymond de Toulouse étant mort, c'était son fils qui combattait à son tour pour reprendre son héritage. L'archevêque d'Auch répondit au fils du roi : « Seigneur, je vous promets bien et je vous jure que le jeune comte et ses gens ne sont point hérétiques ni contre la foi, et il me semble que l'Eglise leur a fait un grand tort et devrait recevoir le comte à merci, puisqu'il veut revenir à elle. D'ailleurs sont prisonniers à Toulouse Foucault et d'autres grands seigneurs et barons; s'il arrive que vous fassiez mourir ces gens, jamais seigneur n'aura causé plus grand mal, car, aussitôt que le jeune comte saura qu'on lui a de la sorte fait mourir ses hommes, il fera pendre et étrangler tous ceux qu'il tient : ce qui sera une grande perte. » Ainsi parla l'archevêque d'Auch, et chacun loua fort son dire.
Le fils du roi répondit donc que son conseil et opinion seraient suivis, et que le capitaine et ses gens n'auraient point de mal. Quand ceux du comte Amaury eurent ouï ceci, ils s'en allèrent dans la ville et y mirent à mort hommes et femmes, tant qu'ils en trouvèrent : c'était grande pitié de le voir, et le fils du roi en fut grandement courroucé et mal content contre Amaury quand
Sceau de Raymond VII de Toulouse.
( Archives nationales, n° 744. )
il le sut, et, du grand courroux qu'il en eut, il partit et prit son chemin vers Toulouse avec tout son monde, laissant aller le capitaine et ses gens où il leur plut. Or les trente-trois comtes et le légat, qui avaient accompagné le fils du roi, avaient juré que dans toute la ville de Toulouse il ne resterait hommes, ni femmes, ni garçons, ni filles, que tous seraient mis à mort sans épargner aucun, ni vieux, ni jeunes, et que dans la ville il ne demeurerait pierre sur pierre qui ne fût démolie. Quand ceux de la ville surent leur vouloir, ils s'armèrent encore mieux et attendirent avec bon courage. Lorsque le fils du roi eut donc mis le siège devant la ville, on tira de la place tant de coups de pierriers et d'autres engins, que les assiégeants ne se pouvaient tenir dans leur camp. Ils vinrent donc donner l'assaut ou firent semblant de le donner, mais ceux de la ville les reçurent de telle manière, qu'ils eurent grand plaisir à s'en retourner, et à compter de ce jour les gens de Toulouse firent tellement force d'armes, que les assiégeants se virent obligés de lever le siège et de s'en aller comme ils étaient venus, à leur grande confusion et dommage. Le jeune comte Raymond se comporta en cette occasion très vaillamment, ainsi que tous les autres barons et seigneurs qui étaient dans la ville avec lui. Le fils du roi s'en retourna auprès de son père, ayant conquis peu de gloire en son entreprise.
L'an de Notre-Seigneur 1222, Philippe le Magnanime, roi des Français, étant tombé malade, s'occupa de faire son testament et de régler ses affaires et celles du royaume. Dans ce même temps apparut à l'occident une horrible comète, présage de la décadence du royaume des Francs et de la mort du roi, mort digne de regrets, si celui qui n'est plus conservait des amis.
En effet, l'an de l'Incarnation du Seigneur 1223*, la veille des ides de juillet, mourut l'illustre Philippe, roi des Français, dans un château appelé Mantes. C'était un homme très prudent par son adresse, fort de courage, grand par ses actions, illustre de renom, victorieux dans les combats, distingué par de grands et nombreux triomphes, qui augmenta merveilleusement les droits et la puissance des Français et enrichit considérablement le fisc