I. Ezéchiel, xxi
aussi d'argent pour payer la solde de l'armée. Le roi Philippe, craignant d'être excommunié, ne prêtait aucune aide à son fils : c'est pourquoi celui-ci se vit contraint de conclure une trêve et de revenir dans son pays. Mais son père, comme un homme très chrétien, fidèle à sa parole, ne voulut même pas communiquer avec lui.
Le prince Louis, étant donc retourné en Angleterre Fan de l'Incarnation du Seigneur 1217, assiégeait encore le château de Douvres, lorsque le parti du légat, qui s'était renforcé de beaucoup d'Anglais, mit le siège devant Londres. Louis y envoya aussitôt Thomas, comte du Perche, avec Robert, fils de Gautier, et une grande multitude des Anglais qu'il avait avec lui; mais les ennemis, les ayant attirés par un stratagème, les défirent complètement et en tuèrent un grand nombre, dont fut Thomas, comte du Perche , lequel n'avait pas encore atteint sa vingt-deuxième année. Alors le chagrin, la tristesse et les
lamentations éclatèrent dans le camp du prince. La nouvelle en étant parvenue en France, Robert de Courtenay, cousin du roi, s'empressa de réunir une armée pour aller au secours de Louis; mais, ayant rencontré en mer une flottille de vaisseaux légers venant d'Angleterre, ses propres vaisseaux ne le servirent pas à l'attaque, en sorte qu'il fut pris avec ses compagnons. Le prince Louis, voyant donc qu'il ne pourrait plus attendre de secours ni par mer ni par terre, conclut comme il put la paix avec le nouveau roi d'Angleterre. Ayant reçu de l'argent du fisc pour son départ, à savoir quinze mille marcs d'argent, et ayant obtenu du souverain pontife, aux frais du roi d'Angleterre, l'absolution pour lui et pour les siens, il s'en retourna dans son pays.
Pendant qu'il était absent en Angleterre, au carême précédent,
Sceau de Robert de Courtenay.
(Archives nationales, n° 274.)
le seigneur pape avait envoyé en France* un évêque-cardinal, demandant pour lui au roi Philippe de permettre de lever chaque année pendant trois ans, à l'aide de la croisade contre les Albigeois, trois deniers sur chaque maison dans tout le royaume. Mais le roi n'avait nullement consenti à cette demande.
Amaury, fils du très saint comte de Montfort Simon, attaqua vigoureusement dans ce temps les infidèles, et, quoiqu'il eût avec lui peu d'hommes de guerre, il s'empara d'un grand nombre de leurs châteaux. Il avait ainsi mis le siège devant Castelnau-
dary, lorsqu'il arriva par hasard que Guy, comte de Bigorre, son frère, âgé d'environ vingt-deux ans, faisait sentinelle pendant une nuit avec ses chevaliers. Le matin étant arrivé, les chevaliers se désarmèrent, ne croyant pas que les ennemis sortissent ce jour-là, et ils revinrent au camp. Les ennemis, l'ayant su, firent une sortie. Guy et deux autres chevaliers qui n'avaient pas encore ôté leurs armes, marchèrent vaillamment à leur rencontre et les repoussèrent dans leur ville avec une telle ardeur, qu'ils entrèrent avec eux dans le premier retranchement, appelé barbacane. Ils croyaient que les autres de l'armée poursuivaient aussi les ennemis; c'est pourquoi par l'impétuosité d'une téméraire bravoure ils furent pris et tués.
L'année de l'Incarnation 1219, à l'Ascension du Seigneur, Louis, fils aîné du roi Philippe, envo3^é par son père, marcha contre les Albigeois, accompagné de Pierre, duc de Bretagne, des évêques de Noyon, de Senlis, de Tournay, de beaucoup d'autres évêques, de comtes, de barons, et d'une multitude infinie de chevaliers et d'hommes de pied. Ils trouvèrent le comte
I. Continuation de Guillaume le Breton, par un moine anonyme de Saint-Denis.
Sceau du comte de Montfort.
(Archives nationales. n° 710. )
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HIST. DE FRaKCÈ par LÈS CHRONIQUEURS. — II.
Amaury, fils de Simon, comte de Montfort, de très sainte mémoire, devant la place de Marmande, qu'il assiégeait. Quand ceux de la ville* surent l'arrivée du fils du roi, ils s'ébahirent bien fort, car tous les jours il venait du secours. Tout incontinent le fils du roi fit donner l'assaut, en sorte que de première arrivée on emporta les barrières. Quand le capitaine de Marmande vit ceci et qu'il n'y avait pas moyen de tenir, il leur fut grandement avis à tous d'envoyer un messager au fils du roi pour voir s'il les voulait recevoir à merci en leur laissant vie et bagues sauves, au moyen de quoi ils lui rendraient les bannières et la ville. Le messager, étant arrivé au camp des assiégeants, fit son message au fils du roi, lequel lui répondit, de l'avis de tous les assiégeants, que, si la garnison voulait rendre la ville ainsi qu'elle le disait, on consentait de les recevoir à merci, et qu'on les laisserait aller, mais sans rien emporter, sinon leur corps.
Le capitaine et les autres, ayant oui cette réponse, sortirent incontinent de la ville, vinrent se rendre à la tente du fils du roi, le saluèrent, ainsi que tous ceux qui étaient avec lui, et se mirent à sa merci. L'évêque de Saintes, voyant venir le capitaine et ses gens, dit au fils du roi : « Seigneur, je suis d'avis que tout incontinent vous fassiez mourir tous ces gens comme hérétiques et félons et qu'il n'en soit pris aucun à vie sauve ; puis vous en ferez autant de ceux de la ville , car ils ont fait tant de mal au seigneur comte Amaury, que cela ne se peut croire, et l'on ne saurait accomplir œuvre meilleure que de les faire tous mourir de malemort ». Quand l'évêque eut fini de parler, le comte de
Sceau de Pierre de Bretagne.
(Archives nationales, n° 534.)