‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 68 sur 138 · SACRE DE LOUIS IX · texte numérisé non relu

SACRE DE LOUIS IX

(^Bibliothèque nationale, Recueil de Gai^iières, tome II.)

pardonna sa faute. Après quoi il manda au duc et au comte de la Marche qu'ils vinssent à son commandement ou qu'ils s'approchassent pour lui donner bataille : sur quoi ils mandèrent que volontiers ils feraient la paix vers lui et qu'il leur donnât le jour et le lieu où ils pourraient parler de paix et de concorde. Ce que fit le roi et s'en alla les attendre au château de Chinon. Mais ils ne vinrent ni ne contremandèrent le rendez-vous, en sorte que le roi les fit ainsi mander et sommer à trois fois. Cependant le duc et le comte partirent ensemble, reconnaissant que pour cette fois ils ne pouvaient venir à bout du roi, en sorte qu'ils lui envoyèrent des messagers, disant qu'ils viendraient volontiers lui parler à Vendôme, pourvu qu'ils eussent des sauf-conduits aller et venir. Le roi les leur octroya et les reçut bénévolement à Vendôme, leur accordant paix et amour, à condition qu'ils se gardassent de mal faire à l'avenir.

L'an suivant cependant, par le conseil du même duc de Bretagne et du comte de la Marche, la discorde s'éleva entre le roi et les barons de France. Les barons soutenaient contre le roi que la reine Blanche sa mère ne devait point gouverner un si grand royaume que celui de France et qu'il n'appartenait pas à une femme de le faire, et le roi soutenait à ses barons qu'il était assez puissant pour gouverner son royaume avec l'aide de ceux de son conseil. Cependant les barons murmuraient toujours et ils se mirent aux aguets pour s'emparer du roi, afin de le retenir en leur garde et seigneurie.

Tandis que le roi chevauchait dans les environs d'Orléans, on vint lui annoncer que les barons étaient en embuscade pour le prendre. Il se hâta donc d'aller à Paris et chevaucha jusqu'à Montlhéry. Par crainte des barons il n'osait pas aller plus loin ; aussi manda-t-il à la reine sa mère qu'elle lui envoyât secours et aide promptement. Quand la reine reçut ces nouvelles, elle manda les hommes les plus considérables de Paris et les pria de venir en aide à leur jeune roi : ce qu'ils étaient tout prêts à faire, et dirent qu'il serait bon de mander les communes de France, afin d'avoir tant de bonnes gens qu'on pût mettre le roi hors de péril. La reine envoya donc tantôt ses lettres par tout le pays, mandant qu'on vînt à l'aide de ceux de Paris pour délivrer son fils

de ses ennemis; ainsi s'assemblèrent de toutes parts à Paris les chevaliers d'alentour et les bonnes gens.

Quand ils furent tous assemblés, ils s'armèrent et sortirent de Paris à bannières déployées, et se mirent en chemin vers Mont- Ihéry. Pendant qu'ils étaient en marche, la nouvelle en vint aux barons, lesquels se dirent qu'ils n'avaient pas assez de forces pour combattre tant de gens. Ainsi ils se séparèrent et retournèrent chacun en son pays. Alors ceux de Paris vinrent au château de Montlhéry, où ils trouvèrent le jeune roi, qu'ils ramenèrent à Paris, marchant serrés et en ordre de bataille, tout prêts à combattre si besoin en était.

Mais les barons en voulaient toujours au comte de Champagne, parce qu'il s'était accommodé avec le roi ; aussi commencèrent-ils, en l'an de grâce 1228, à dévaster sa terre du côté de l'Allemagne, et ils mirent à feu et en charbon tout ce qu'ils trouvaient devant eux et se mirent à assaillir la ville de Chaource. Quand le comte Thibaut vit qu'il était si durement assailli, il demanda au roi de France secours au nom de Dieu, car les barons lui faisaient tout ce mal en haine de ce qu'il s'était accordé avec lui.

Le roi reçut sa prière et envoya des messagers aux barons, les priant de cesser leurs ravages dans les terres du comte Thibaut; les barons firent la sourde oreille et ne se voulurent arrêter à son commandement. Quand le roi vit qu'ils ne voulaient l'écouter, il fit venir ses gens d'armes et ses soldats à pied et à cheval, mandant en même temps sa chevalerie et ses communes, et se mit en marche contre ses barons, résolu de tirer vengeance de leurs actions. Les barons surent que le roi venait avec une si grande armée, qu'ils n'osèrent l'attendre ; aussi levèrent-ils le siège le plus tôt qu'ils purent et s'en allèrent chacun en sa contrée. Quand le roi apprit que le siège était levé, il s'en retourna lui et son armée et rentra en France.

Assez tôt après, car ce fut la même année, Pierre Mauclerc s'en alla vers le roi d'Angleterre Henri troisième, et lui fit entendre que, s'il voulait, il pourrait recouvrer le duché de Normandie, que son père, le roi Jean, avait perdu. « Comment le pourrais-je recouvrer? demanda le roi ; car si cela se pouvait, je m'en mettrais volontiers en peine. — Je vous le dirai, dit le duc. Le roi de France

HACHETTE ET C**

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