‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 9 sur 138 · I. Vie de Louis le Gros, par Ségur · texte numérisé non relu

I. Vie de Louis le Gros, par Ségur

JS o

Cl,

Or

de l'enfer sont établis dans ce château. Après que tu avais donné l'ordre de détruire la commune de Laon, ce sont eux qui ont brûlé non seulement cette ville, mais encore l'illustre église de la bienheureuse Mère de Dieu et tant d'autres saints édifices; ils ont martyrisé tous les gens notables de la ville lorsqu'ils s'efforçaient de défendre leur évêque. Ils n'ont pas craint de porter la

Église Saint-Étienne à Beauvais, d'après une photographie.

main sur l'oint du seigneur, le vénérable défenseur de l'Eglise, l'évêque Gaudiy, ils l'ont cruellement massacré, et, l'ayant dépouillé, ils ont exposé son cadavre sur la place, en butte aux insultes des animaux sauvages, lui coupant le doigt qui portait l'anneau pontifical, et ils se sont emparés sans crainte de ses châteaux. » Doublement irrité par ces paroles, le roi attaqua ce château sacrilège, et en ayant brisé les murailles il punit les coupables avec la plus grande sévérité. A lui seul il frappa les crimes de nombreux scélérats. Il ordonna que les homicides

fussent attachés à un gibet, livrés comme pâture à la voracité des milans, des corbeaux et des vautours, faisant ainsi voir ce que méritaient ceux qui osent porter la main sur l'oint du Seigneur. Ayant renversé ces châteaux, repaires de corruption, rendu au monastère de Saint-Jean ses territoires et détruit après un long siège la tour d'Amiens que tenait un autre brigand nommé Adam, le seigneur roi rendit la douce paix à tout le pays, et dépouillapour toujours le perfide Thomas des droits et autorité qu'il pouvait exercer sur la ville d'Amiens.

L'ordre étant ainsi établi, le vénérable archevêque de Reims se rendit à Laon ' et commença par célébrer une messe solennelle pour la mémoire de l'évêque et de ceux des siens qui avaient succombé, puis ayant fait placer décemment les restes de quelquesuns des morts, jusqu'alors cachés par les familles, au milieu des lames et de la tristesse de tous, il suspendit un instant le saint sacrifice de la messe pour prononcer un discours sur ces exécrables institutions de communes où Ton voit, contre toute justice et tout droit, les serfs se soustraire violemment et à main armée à la légitime autorité de leurs seigneurs. « Serviteurs, dit-il, soyez soumis à vos maîtres, comme le dit l'apôtre saint Pierre, avec toute sorte de respect, et pour que les serviteurs n'arguënt pas de la dureté et de l'avarice de leurs maîtres, qu'ils écoutent encore ces autres paroles de l'Apôtre : Soyez soumis non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais même à ceux qui sont rudes et fâcheux. Aussi les canons de l'Église frappent-ils d'anathème ceux qui, sous prétexte de religion, engagent les serviteurs à désobéir à leurs maîtres, ou même à s'enfuir en quelque lieu que ce soit, et, à plus forte raison, ne doivent-ils pas résister par la force; aussi est-ce encore d'après ce principe qu'on ne doit admettre aucun serf ni dans la cléricature, ni dans les ordres sacrés, ni dans aucune congrégation de moines, et si par hasard on en a reçu quelqu'un, on ne peut le retenir en aucune manière contre la volonté de son maître, lorsque celui-ci le réclame. » Tel fut l'argument que le prélat soutint devant le conseil du roi, lorsque l'affaire de la commune de Laon et la question du châtiment des coupables furent portées.

Page 1