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300 CHAPITRK XXI.

cipale ligne de défense, et quelquefois aussi des forts détachés couvraient les fronts trop grands de la courtine'. Le rapport de Guillaume des Ormes à la reine Blanche, en 12'i0, sur le siège qu'il soutint victorieusement dans Carcassonne, nous montre une garnison et l'assaillant aux prises avec les moyens dont on disposait de part et d'autre en ce temps-là. Saint Louis, au retour de la croisade, ajouta aux défenses de celte ville qui devint sa principale place d'armes dans le voisinage des Espagnols et des Anglais*. Toutes les villes n'avaient point comme Carcassonne la nature se joignant à l'art pour les défendre ; il fallait les fortifier telles qu'elles étaient, selon leur importance. Il n'en était pas de même des châteaux. Ici le lieu avait été spécialement choisi en vue de la fortification ; le village qui s'étendait au pied s'était le plus souvent formé en raison de l'abri qu'il v trouvait. On connaît les ruines de Château-Gaillard. On jieut voir encore dans celles du donjon de Coucy, commencé après la mort de Philippe Auguste, achevé au début du règne de saint Louis, en 1230, jusqu'où allait l'art de la fortification au treizième siècle^ De tels châteaux bien approvisionnés purent braver toute attaque jusqu'à l'emploi du canon.

1. Nous renvoyons poui- la description détaillée de ces parties de forlificalions et pour lapprécialion de l'art qui les reliait dans le système de la défense, au Dictionnaire de M. Viollet-le-Duc : à l'art, de l'Architecture militaire, t. I, p. 327 et suiv.; à lart. Engns, t. V, p. 324, et aux différents mots relatifs à la défense ou à l'atlaque des places.

2. Voy. les nombreuses et belles planches représentant, avec restauration, les défenses de la Cilé de Carcassonne dans les Archives de la Commis'iinii des moiuimcnls liist<iri(iues.

3. Viollet-le-D.ic, Dict. d'aichit., au mot Donjon, t. V, p. 34-74.

La Sculpture.

En parlant du mode nouveau qui avait présidé à la réédification des églises aux douzième et treizième siècles, je n'ai donné qu'une idée fort incomplète de leur ensemble. L'architecture^ en effet, n'y a pas seule sa part. La sculpture, la peinture viennent après, mais viennent nécessairement avec elle. A aucune époque et dans aucun genre de monuments ces trois branches de l'art n'ont été plus inséparablement unies. Il n'est donc pas étonnant qu'elles aient subi les mêmes vicissitudes. Mais pourtant il y a entre elles des différences qui demandent que l'on en traite à part.

La sculpture, qui est restée la forme la plus populaire de l'art grec, n'était devenue qu'une imitation des œuvres de la Grèce à Rome, et, comme toute chose qui n'a pas en soi la vie, elle était tombée dans l'abâtardissement vers la fin de l'Empire. L'invasion des barbares, en la supprimant, ne fit pas grand dommage. Il en restait pourtant des échantillons dans les monuments encore debout, et ce furent des modèles que l'on imita grossièrement sous les deux premières races : car il y avait des villes, dans le Midi par exemple, oii se perpétuaient les traditions municipales de l'Empire, et, au sein de ces municipes dégagés de la fiscalité impériale, des corporations moins opprimées. Quand le monde se sentit renaître, après l'an 1 000, quand on se mit à rebâtir

des églises, la sculpture dut sortir de son engourdissement. Les corps de métier du Midi firent presque école (Toulouse, par exemple); et l'ordre de Cluny, qui prit au onzième siècle des développements si considérables, eut ses compagnies de sculpteurs, comme ses ateliers de serruriers, de menuisiers et de maçons'.

Le mouvement artistique, suscité par les causes que l'on vient de voir, s'accrut par l'entraînement des croisades. L'art byzantin, produit abâtardi de l'art grec et des arts de l'Orientj fut étudié par nos artistes et à Constantinople et à Antioche. Mais, chose curieuse et explicable néanmoins quand on pense à l'école oii ce mouvement se manifeste, le nouvel art prend son inspiration moins dans ces monuments eux-mêmes que dans les manuscrits : on a signalé dans ses œuvres un air de vie qui se trouve plus dans les peintures dont ces manuscrits sont ornés aux huitième, neuvième et dizième siècles, que dans les ivoires des diptyques ou dans la statuaire byzantine. L'art byzantin était devenu un art sacré, hiératique, et à ce titre il était, comme l'art égyptien, voué à l'immobilité. Fort heureusement, l'art de l'Occident au moyen âge, en allant apprendre le dessin de figure et d'ornement à cette école, ne s'en inocula point l'esprit. L'école de Cluny, toute monastique qu'elle était, s'en affranchit la première. En conservant dans les figures les draperies byzantines , elle emprunta les phvsionomies à la nature vivante^; en composant, comme les Byzan-

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