‹ Saint Louis et son tempsChapitre 169 sur 207 · btd.,p · texte numérisé non relu

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2. Henri III était revenu en Angleterre le 20 décembre 1262 : « Ouum in vigilia beati Thomae apostoli nos et regina nostra cum comitiva nostra applicuissemus apud Dover (Rymer, t. I, part. 1, p. 423.

3. Rymer, t. I, 1" partie, p. 416. Shirley, Royal and other historical leUers,t. II, p. 242; Boutaric, l. h, p. 429.,

aupW's ilo lui, pour soutenir sa causa, son frère Richard, son fils Edouard et Toncle de sa femme, Pierre de Savoie; et il s'enhardissait, ayant vu disparaître quelques-uns de ses adversaires, notamment le comte de Glocester : il ne voyait pas que la mort du comte, en ôtant à Leicester un rival, lui donnait plus d'action sur les autres. Leicester revint de France et trouva les barons tout prêts à rejeter un roi qu'ils disaient vassal du pape et de la France. C'était de la France que Henri III attendait surtout des renforts . A Paris , on voyait l'arch evêque de Canterbury, Boniface de Savoie, oncle de la reine Eléonore, prêcher aux Jacobins et aux Cordeliers pour exciter les esprits en sa faveur, et il y a des lettres qui montrent avec quelle activité la reine Marguerite travaillait à lui procurer des auxiliaires*.

Ils ne vinrent pas à temps. Le roi et la reine d'Angleterre, pressés par les barons, s'étaient renfermés dans la Tour ; Edouard avait mis une garnison à Windsor, et il était allé à Bristol pour recruter des partisans : avant qu'il pût rien faire, Henri était forcé de capituler. Lui-même, mal reçu à Bristol, étant venu à Kingston pour tenter un arrangement, fut arrêté, et les barons, maîtres du roi et du prince, n'eurent pas de peine à faire confirmer leurs fameux statuts dans une nombreuse assemblée tenue à Londres (8 septembre 1263).

Si les conseils de saint Louis avaient été si mal observés avant la lutte, il était difficile qu'ils fussent

1. Voy. sa correspondance avec Alfonse, comte de Poitiers et de Touioase, en faveur de Gasloii de Béarn, prince remuant et ambitieux, qui attaquait alors le comte de Comminges et que Marguerite voulait dégager de ce coté pour lui donner la liberté de passer en Angleterre. Ces lettres sont de celles que M. Boutaric a publiées pour la première fois, ouvrage cité, p. 430 et suiv.

mieux accueillis lorsque le résultat avait rompu l'équilibre entre les deux partis ; mais Leicester n'osait pas encore traiter son roi en vaincu. Saint Louis avait invité Henri 111 et ses barons à une conférence à Boulogne-sur-Mer, pour la quinzaine de la Nativité (22 septembre). Henri, la reine Éléonore, Leicester et plusieurs autres, y vinrent à laSaint-Michel; mais le roi de France était peut-être le seul qui voulût sincèrement la paix. Ils retournèrent donc en Angleterre, à peu près comme ils étaient venus, avec les chances directement contraires que leur laissaient presque toujours les résultats de la lutte : le roi ne pouvait pas triompher, sans rallier les barons contre lui ; ni les barons, sans se diviser bientôt et rendre au roi l'occasion de ressaisir ses prérogatives. Henri HI, assuré du concours de plusieurs d'entre eux, fuit secrètement de Westminster à Windsor, un de ses meilleurs châteaux. Le pape Urbain IV s'était déclaré contre les attentats des barons. Le 22 août, il avait envoyé, comme légat en Angleterre le Français Gui Fulcodi, évêque de Sabine, renommé par sa science du droit; et, comme le roi avait besoin d'être appuyé, il s'adressait en même temps à saint Louis : il sollicitait son intervention tant par lui-même que par la reine Marguerite dont il réclamait le concours auprès du prince.

Marguerite n'avait pas attendu cette invitation pour agir. Dès le temps que saint Louis préparait la conférence de Boulogne, elle avait écrit à son beaufrère Alfonse de Poitiers , pour qu'il mît au service du roi d'Angleterre les vaisseaux qu'il avait à la Rochelle, et elle se joignait à la reine Eléonore, après l'entrevue, pour vaincre l'indifférence ou la mauvaise volonté du prince, qui protestait qu'il n'avait pas de

vaisseaux'. On n'eut pas besoin de recourir pour le moment à ces moyens. L'intervention desévèques d'Angleterre et de France suspendit la lutte à son début et amena les seigneurs à s'en remettre, ainsi que le roi, à l'arbitrage de saint Louis*.

Cette démarclie témoiiinait d'une bien liante confiance en sa droiture. On savait bien qu'il ne se mêlerait pas des affaires d'Angleterre, comme son père et son aïeul, pour y chercber son intérêt particulier dans l'antagonisme des partis; on savait qu'il n'aurait en vue que la justice et le bien du pays dont la confiance faisait appel à son jugement; et malgré les liens qui l'unissaient à Henri 111, malgré les secours qu'il lui avait déjà donnés dans ses querelles précédentes, il se sentait capable d'être impartial. Il invita le roi et les barons à se rencontrer avec lui dans la ville d'Amiens. Il y était lui-même le 13 janvier 126'j. Henri 111, la reine Éléonore, et plusieurs des seigneurs anglais s'y rendirent. Leicester n'y vint pas : sans révoquer en doute l'impartialité de saint Louis, il pouvait bien présager ce que serait sa sentence.

Entre le roi et les barons, sur le terrain des Provisions d'Oxford, le jugement de saintLouis ne pouvait pas être douteux. H fut pour le roi, non parce (pi il était roi lui-même, mais parce que les articles d'Oxford lui semblaient destruclifs de toute autorité royale. Il rendait auroi la garde des cbateaux royaux, la nomination des officiers, des membres du Conseil : c'était dans le l'égime féodal le droit du roi. Le pieux arbitre eut peut-être le tort de croire que le prince

1. Voy. ces lettres publiées par M. Boutaric, ouuro^e cite, p. 433 et suiv.

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