‹ Saint Louis et son tempsChapitre 172 sur 207 · Guill. de Nangis, Chron., t. XX, p · texte numérisé non relu

Guill. de Nangis, Chron., t. XX, p

37G CHAPITRE XXII ll-25'i]

qu'un tel maître ne le garderait pas coiuiiie lieutenant. Il s'enfuil secrètement, gagna Lucera, et, à la tête (les Sarrasins de Frédéric, put prendre quelques places, grossir le nombre de ses partisans, et bientôt revenir contre' Naples où le pape Innocent IV se vit assiégé et mourut en 1254'.

Alexandre IV, qui n'avait ni le prestige ni l'habileté de son prédécesseur, accepta la lutte engagée et retendit même. Il déclara la guerre et à Manfred, et à Eccelino en même temps. Eccelino, après quelques succès, fmit par succomber sous l'efTorl des petits princes du voisinage, effrayés de ses cruautés et désireux de se parlager ses dépouilles : le pape n'y gagna pas autre chose que de voir son excommunication suivie d'effet'. Quant à Manfred, il repoussa les attaques des légats pontificaux, et il aspirait à rétablir à son profit la puissance de Frédéric II. Déjà, sur un faux bruit que le petit Conradin était mort, il s'était fait couronnera Palerme roi de Sicile (1258;*; et, maître de Naples, il établit sa domination jusque dans Florence, ce boulevard des Guelfes. Les Florentins, attirés dans une embuscade près de Sienne par l'arinata degli Uberti, un de leurs exilés, furent battus et leur ville tomba en la puissance des Gibelins qui mirent en délibération s'ils ne la détruiraient pas. Elle resta, mais pour obéir à Manfred. Ainsi, Rome se trouvait encore bloquée, i)oar ainsi dire, au nord et au sud. L'œuvre d'Innocent IV, si fatalement mise en aventure par lui-même, était presque anéantie par

1. Guill. de Nangis, l. t., p. ;,bb; Tillemonl, t. VI, p. 2'2-24.

2. Sar Eccelino, « vrai s jppôt du diable, » voy. la chron. de F. Salimbene, p. 75.

:J. Tillemi;nt, t. VI, p. 28.

[1261] HISTOIRE EXTKRIEUUE (1254-1270^. 377

la faiblesse de son successeur, quand la tiare écliiit à un Français, Urbain IV (29 août 1261)*.

Urbain IV était élevé au saint-siége dans des circonstances vraiment critiques. En Italie, la puissance de Frédéric II se relevait sous un fils digne de lui et qui n'avait pas plus de scrupules à l'égard de Rome. En Orient, l'Empire latin avait succombé, et les Grecs, rétablis à Constantinople, rendaient au schisme sa vieille capitale (1 261). Urbain IV, réfugié à Givita- Vecchia, sentit qu'il avait besoin de l'appui de l'étranger. Innocent IV et Alexandre IV avaient, l'un après l'autre, offert la couronne de Sicile au roi d'Angleterre, pour son fils Edmond; et nous avons vu comment cette offre, acceptée par avidité, le prince l'avait laissée tomber par impuissance-. Urbain IV s'adressa à la France. Il offrit la couronne à saint Louis qui la refusa pour lui-même, et, sur son refus, à son frère Charles d'Anjou qui l'accepta'. Gharles devait recevoir le royaume de Naples comme fief du Saint-Siège, lui payer, à ce titre, un tribut annuel de huit mille onces d'or, mettre huit cents cavaliers au service de l'Église. Le pape gardait en toute souveraineté Bénévent, et Gharles s'engageait à ne jamais réunir ni l'Empire, ni la Lombardie ou la Toscane à ses nouveaux États : stipulation oii se ma-

1. Jacques Panlaléon, né à Troyes en Champagne archidiacre de Laon, puis évèque de Verdun, puis patriarche de Jérusalem. Voy. Tillemont, t. IV, p. 238.

2. Innocent IV s'était aussi adressé à la France d'abord. Déjà, pend.mt le séjour de saint Louis en Palestine, en 1252, il écrivait au comte de Poitiers pour qu'il conseillât à son frère Charles, comte d'Anjou et de Provence^ d'accepter l'offre du royaume de Sicile. {Layetlei du trésor des Chartes, t. III, n" 4020.)

3. Taiiquam fîlius obedienli<v, mandatis apostolicis dévote obediens. Guill. de Nangis, t. XX, p. 418, et Chron an 1264, p. 359; cf. Chroniques de Saint-Denis, t. XXI, p. 121; Baudoin d'Avesnes, ibid., p. 172; Rinaldi, Ann. Ecoles., an 1262, 1263 et 1264; Tillemont, t. VI, p. 39 et suiv.

nifestait la politique séculaire de la papautr; «'lie sentait son indépendance compromise, si le nord et le sud de l'Italie se trouvaient réunis sous la même main*.

Mais cette précaution manquait de ijaranties, et le pape ne tarda pas à prendre omhrage du protecteur qu'il venait de se donner. Charles semblait vouloir s'assurer des positions partout. A Milan, Philippe délia Torre établissait comme podestat Barrai de Baux, un Provençal, un des sujets de Charles; à Rome, Charles lui-même était pris pour sénateur (c'était pour Rome tout le Sénat!). Quand il serait à Naples, n'allait-on pas voir sous une autre forme le renouvellement de la puissance des Hohenslaufen? Mais le pape était trop engagé pour reculer, et l'Italie avait conCance dans l'intervention française. L'armée de Charles, conduite par Béatrix, sa femme, trouva partout bon accueil, et le nouveau pontife qui succéda à Urbain IV, le pape Clément IV, Français comme lui, continua sa politique, sans partager d'abord ses appréhensions (janvier 1265)*.

D'un seul côté son entreprise eût pu être un moment contrariée, c'est du côté de la France.

On a vu les dispositions de la reine >!arguerite à l'égard de Charles d'Anjou, son beau-frère. Si elle ne réclamait plus la Provence, elle pouvait au moins exiger de lui, comme détenteur de la succession de son père, le complément de sa dot; et quand il recevait une couronne, il pouvait bien commencer par acquitter les dettes de ses anciens Et its. Urbain IV, en l'appelant à Naples, avait même stipulé qu'il se

1. Spicil., t. IX, p. 224-242 (Ed. InfiO), et pour les néfrociationsqui ont précédé, Tillemont, t. VI, p. 39-44.

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