Boutaric, /. L, p
AD.MiNlSTUATION GENKUALE. — FINA.NCES. SI
3" les exploits {explcla), ou produits de justice, notamment les amendes dont le détail était inscrit au dos des l'ouleaux de comptes : on en pourrait tirer une statistique intéressante des délits les plus communs dans ce temps-là; et les délits de mœurs y tiendraient toujours le premier rang'.
A ces trois classes de recettes ordinaires;, il faut joindre certaines recettes extraordinaires ou éventuelles comme les confiscations sur les hérétiques, les impôts extraordinaires ou certains revenus domaniaux estimés trop considérables pour être affermés-.
11. Dépenses. — Chaque bailli ou sénéchal prélevait, nous l'avons vu, sur ses recettes les sommes nécessaires à l'administration de la province. Elles sont rangées uniformément, dans le registre cité, sous ces rubriques : Liberaliones ; — Feoda et eleemosina;; — Opéra; — Minuta expensa.
Les liberaliones ou acquittements, comprenaient les gages des sergents, des gardes forestiers, des châtelains, des chapelains, etc. ;
Les feoda. ou fiefs, les rentes ou pensions accordées à d'anciens serviteurs;
Les eleeniosinas ou aumônes, les dons faits soit à des particuliers, soit à des établissements religieux.
Sous le titre à'opera ou travaux étaient inscrites les dépenses d'entretien des châteaux : celles des ponts et routes, des marchés et des halles.
Eniin les minuta expensa ou menues dépenses étaient toutes les dépenses non classées : payement des messagers, transport des deniers, etc.
L'année financière avait trois termes : Toussaint,
1. Cf. un compte des amendes rcç;ies dans la municipalité de Toulouse. (23 avril 12ô8, LaijeUes du trésor da Charles, t. III, n" 4407.) ?. B'-iutaric, /. J., p. 2.'S-230.
Chandeleur oL Ascension, ou plutôt les octaves de ces fêtes'. Les recettes et 16s dépenses se divisaient en trois parties correspondant aux trois périodes comprises entre ces termes ; mais comme l'Ascension était une fête mobile, pour rendre la répartition plus égale, on adoptait, dans la pratique, en ce qui touche les dépenses, la Saint-Jean au lieu de l'Ascension*.
Budget de saint Louis.
Tout seigneur, nous l'avons vu, tirait de son domaine un revenu qui devait suffire à ses dépenses et à la bonne gestion de sa seigneurie. Le royaume était la seigneurie du roi. Le domaine roval sullisait-il aux dépenses de la cour et de 1 administration du pays ? Delà réponse que l'on pourra donner à cette question dépendra l'idée que l'on se devra faire de l'administration des finances de saint Louis.
Il est resté un assez grand nombre de fragments de
1. La Normandie ne comptait que deux fois par an à l'Octave de Pâques et à la Saint-Michel. La Cliampagne, après sa réunion, le dimanche avant la Madeleine et à l'Octave de Noël. (Boutaric, la France sous Philippe le Bel, p. 225.)
2. « Les comptes tels qu'ils étaient rendus par les sénéchaux, dit M. Boutaric, étaient tant soit peu fictifs. Ces officiers y inscrivaient des recettes qu'ils n'avaient pu opérer; aussi avaient-ils toujours un reliquat assez considérable. Tous les comptes débutent par la mention de ce reliquat en ces termes : De cnmpoto precedcnti débet dictus senescallus..,. A ce reliquat des comptes précédents venait se joindre l'arriéré du compte actuel. Cet arriére était indiqué à la fin du compte et joint à ce qui n'avait pas été payé de l'arriéré précédent : Ilestat quo l ilchcl diclus de compoto....Iiemde arreragio.... Summa totalis debili. ..Dequibnssolvit.... El sic restai quod débet dictus.... per totum.... Souvent le sénéchal, au lieu de transmettre sa recette trois fois par an, l'envoyait seulement une fois. Il arrivait au-si qu'on versât le produit de deux termes réunis. (Boutiric. Saint Louis cl Alfonse du Pviliers, p. 'J"'i.)
comptes du temps de saint Louis. Les éditeurs des llistoriens de France ont publié dans le tome XXI de leur recueil ce qu'ils en ont trouvé; et M. N. de Wailly, l'un d'eux^ a placé en tête du volume une savante notice, où il a essayé de refaire;, en quelque sorte, le budget d'une année de saint Louis \
Nous distinguerons avec lui les dépenses de l'hôtel du roi et celles des prévôtés et bailliages, et nous verrons ensuite par quelles recettes elles étaient balancées.
Dans l'hôtel du roi, il y avait d'abord les six métiers ou ministères {ministeria, misleria), qui étaient la paneterie, l'échansonnerie, la cuisine, la fruiterie, Fécurie et la chambre. Ces six corps de services demandaient de l'argent tant pour le personnel que pour le matériel ; et certains indices ont permis de faire la part de chacune de ces deux choses, pour la paneterie et l'échansonnerie, par exemple ^
La dépense totale des six métiers, tant pour le personnel que pour le matériel, du 10 février 1256 au 9 février 1257, est évaluée par M. de Wailly à
1. Voy. aussi son mémoire sur les taljlettes de cire de Jean Sarrasin, Mém. de l'Acad. des inscript., t. XVIIl, 2° partie, p. 393 et suiv. II ne faut pas oublier que J. Sarrasin s'en servait pour constater ses opérations comme comptable des deniers royaux et non pour établir le compte des recettes et des dépenses du roi Voilà pourquoi on y trouve distingué d'une part ce qui était dû à lui, Jean Sarrasin, de l'autre ce qu'il devait lui-même.
2. Ainsi, d'après certaines évaluations pour l'année 1256, on peut fixer la dépense moyenne de la paneterie et de l'échansonnerie à 32 1. 9 s. 7 d. parisis par jour (rappelons que la livre parisis valait : 2ô fr. 32 à 33 c; le sou : 1 fr. 26 c; le denier : 10 c. 1/2). Mais dans un compte particulier (§g 200-202, t. XXI, p. 353, 354), on a la dîme payée pour le pain et le vin : en multipliant ce nombre par 10, on aura donc le chifTre exact du prix du pain et du vin consommé. Ce qui donne en moyenne 281. 14 s. 10 d. par jour, et en retranchant ce nombre de la dépense moyenne trouvée plus haut, on a pour les gages des deux services 3 1. 14 s. 9 d. : ce qui répond bien à un autre nombre (juc l'on peut induire des ordonnances publiées par Ducange, s:>:t 3 1. 12 s. 2 d. par jour, savoir ; ] 1. 14 s.
8k CHAPITRE XVI.
3095 1. 10 s. ( I0090-2 iV. (iO c.) pour le personnel, et 33 082 1. 10 s. 9 d. (7 /i 5'! 300 iV. 06 c.) pour le matériel'. Les arbalétriers et les sergents, les baptisés* et les nouveaux chevaliers, les aumônes et les dons, les harnais et les chevaux, les robes et les fourrures du roi, les robes données et les manteaux font un autre eli.ipitre, dont les parlies ont été aussi examinées dislinelement et pinir plusieurs déterminées d'une façon assez précise à l'aide de certains comptes partiels^ Aux dépenses un peu flottantes il faut joindre ce (ju'on trouve fréquemment dans les comptes sous le titre de Pro vadiis et minu'is^ « pour les gages et les menus frais. » Le dernier compte de Jean de Lissi en fixerait la valeur à 10 1 IG s. 4 d. (273 fr. 98 c.) par jour; et sur cette somme on pourrait, d'après une ordonnance de 1261, évaluer à 5 1. A s. 4 d. (13 2 fr. 12 c.)les gages qui se payaient en dehors des six métiers*.
En recueillant toutes les données des comptes et en les complétant par des évaluations proportionnelles, U. de Wailly est arrivé à proposer le tableau suivant pour les diverses dépenses de Thôtel, du 10 février 1256 (année bissextile) au 9 février 1257 :
4 (1. pour la panelerie, et 1 1. 17 s. 10 d. pour l'échansonneric (t. XXI,
p. l.X, LXl', .