‹ Saint Louis et son tempsChapitre 89 sur 207 · J'aime leur amitié et redoute leur colère · texte numérisé non relu

J'aime leur amitié et redoute leur colère

'2. Hist. Uttér., t. XX, p. 710 (notice d'Amaury Duval). Arthur Dinaux dans ses Trouvères du nord de la France, t. IV, p. 127, n'est pas éloigné de croire à la collaboration des deux princesses. Une miniature placée en tête du Cléomadès, dans le beau manuscrit de l'Arsenal, semble confirmer le dire du poëte. Au lieu de deux dames il y en a même trois. Sur un lit de parade on voit la reine de Fiance, vêtue d'une robe aux armoiries de France et de Brabant ; à ses côtés deux princesses, l'une portant les couleurs de l'Artois (Jlahaut, fille de Robert II), l'autre vêtue d'une robe aux armes de France et de Castille : c'est Blanche. Elle parle, les autres l'écoutent, et le poëte, reconnaissable à sa couronne et à son rebec posé sur ses genoux, semble suspendu à la bouche de la princesse. Amaury Duval en conclut que Blanche l'a du moins engagé à mettre en français le sujet du Cléomadès. Tout ce que l'on peut dire, c'est que la miniature traduit sous une forme moins discrète l'assertion du poëte. A. Jubinal croit que cette Blanche est Blanche d'Artois, sœur de Robert II, et cousine de la reine Marie de Brabant, et Arthur Dinaux adopte son opinion {Trouvères du nord de la France, t. 111, p. 32. et t. IV, p. 126).

3. Sur les romans de chevalerie et notamment sur Parthenopex de Blois, voy. les notices d'Amaury Duval, dans VHist. littér. de la France, t. XIX, p. G29 et suiv. ; sur les romans d'aventures, celles de M. Littré, au tome XXII, p. 7.ô6 et suiv. du même recueil.

SAINT LOUIS. II — i:,

temps où les croisades étant finies pour toujours, l'inspiration dont elles animaient les trouvères sera tombée : je veux parler du quatorzième siècle. Au quinzième, on ira plus loin. On ne cherchera plus à nos vieux chants une forme poétique encore, mais appropriée au goût du jour. On les mettra en prose. La curiosité publique n'en demandera pas davantage.

Le passage du cycle de Charlemagnc au cycle de la Table ronde, du roman héroïque au roman d'aventures, qui pour le temps semblait être un progrès, était déjà un signe de décadence. Un pas de plus dans cette voie mènera plus bas encore : d'une part à ces romans oi^i l'aventure prend un tel caractère que l'on n'y peut plus voir qu'une parodie de l'ancienne épopée, une sorte de poëme liéroï-eomique, la Balrachomyomachie après Y Iliade*; d'autre part au roman allégorique. Pour ce dernier genre de composition, ce n'est plus qu'une œuvre toute philosophique et littéraire. Le roman sorti du peuple est tombé dans l'école. Ce sera le caractère du roman fameux qui est plus particulièrement le roman du treizième siècle, mais du treizième siècle touchant au quatorzième : le Roman de la Rose, roman d'amour sous l'allégorie d'une fleur, commencé par Guillaume de Lorris (vers 1262) et continué par Jean de Meung (vers 1305) sous la même forme, mais dans un tout autre esprit. Avec Guillaume de Lorris, c'est l'amour, un « mélange bizarre de tendresse mystique et de sensualisme grossier, de galanterie chevaleresque et

1. On pourrait déjà, à certains égards, rangerdans cette classe le Voyage de Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople, roman du douzième siècle (voy. Hist. Utt., t. XVIU, p. 704) ; n;ais c'est trop d'indulgence que d'y compter Audigier, qui n'est qu'un amas d'ordures (voy. Barbazan et Méon, t. IV, p. -217).

de subtilité scolastique, » ou encore « Vart d'aimer d'Ovide, compliqué d'une érudition prétentieuse et d'une métaphysique sentimentale que n'aurait jamais comprise le génie positif d'un Romain' ; » avec Jean de Meung, c'est la satire, une satire où l'on retrouve moins l'écho de Juvénal, que l'on n'y sent déjà les premiers accents de la réforme.

Ces deux caractères de la galanterie et de la satire se retrouvent séparés quelquefois, mais souvent aussi réunis, en des genres de poésie moins étendus : les chansons, les lais et les fabliaux.

Poésie lyrique et poésie légère. — Troubadours.

On ne peut songer à énumérer ici les chansons ; mais il est impossible de ne point rappeler la grande place qu'a tenue cette poésie élégante et légère dans l'histoire de notre littérature et l'influence qu'elle eut sur les pays voisins. La littérature provençale est là pour la plus grande part, et cette littérature qui florissait en même temps sur les bords du Rhône et de la Garonne, sur la haute Loire et jusque sur la Vienne, avait franchi les Alpes et les Pyrénées. Elle avait pris dans ces contrées lointaines un tel empire que les poètes y négligeaient leur propre langue, une langue sœur, mais distincte néanmoins, pour composer leurs chants en provençal.

Il faut se transporter au douzième siècle, le grand

Page 1