Saint-Maixent [microforme]
Beaucoup de gens se figurent que marcher est chose simple. Ils se trompent assurément. Marcher est dificile, nous dirons presque impossible,
Pour nous en convaincre, on trace sur le sol des lignes parallèles, distancées de 75 centimètres.
Les élèves, individuellement, attaquent ce tracé dans une direction perpendiculaire.
Le pied qui se lance en avant doit raser le sol, se poser à terre et supporter le poids du corps, pendant que celui qui est en arrière se soulève et s'appuie sur sa partie antérieure. Les jarrets doivent être tendus, c'est une condition indispensable.
On continue cet exercice pendant deux heures. Tout le monde y passe, et chacun arrive à se convaincre qu’il n’a jamais su marcher.
C'est toujours ça d’acquis pour une première expérience.
A la manœuvre suivante, on fait des tournées de tête à droite, à gauche.
Autre difficulté à vaincre.
On y arrive cependant, avec un peu de grâce, et il faut que l'œil soit bien braqué sur les lignes des
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yeux de ses voisins pour que le mouvement soit irréprochable.
Tourner la tête n’est pas trop difficile, mais il faut savoir s'arrêter à temps; ce qu’on apprend après une longue pratique.
N'oublions pas en tout cela de maintenir le corps immobile, car l'effet serait raté,
Puis on s'empare du fusil.
Narrer les manœuvres du fusil est une tâche audessus d’une force moyenne. Nous y renonçons, nous contentant de dire, ce que nous savons tous, que la manœuvre du fusil est une chose hygiénique et soporifique avant une conférence, surtout l'été, quand le thermomètre vagabonde dans les hauts chiffres.
En résumé, à l'exercice, on recommence tout, refait tout, et vraiment, on arrive à des résultats surprenants.
Quel ensemble! quelle précision! Autant de marionnettes qu’un habile metteur en scène fait fonctionner à la voix.
Pas besoin de ficelles avec nous.
Un cri énergique nous enchaîne les nerfs, les comprime en un faisceau étroit, et les lâche ensuite
comme une bombe qui éclate. Le coup de fouet autoritaire de la voix de l’instructeur fait bondir les fusils avec une merveilleuse prestesse.
Les automates, êtres articulés et inconscients, nous cèdent le pas quand nous avons le fusil en main.
Et les marches donc! Il faut voir le bataillon des élèves arriver à la caserne.
Par le flanc gauche, halte! Qui n’a pas vu cela, doit le regretter longtemps. On s'arrête, on fait face à gauche, on dédouble, et, fixe! immobiles, des piquets en terre, alignés sur deux rangs, le front étant le plus court chemin de la droite à la gauche.
Une ligne tellement droite que le plus fin géomètre de l’Institut dirait : « C'est ça. »
Et nous voilà aux prises avec les rétablissements au gymnase.
Si les biceps ont été paresseux depuis longtemps, ils ne sont pas à l’aise, car les barres fixes, les échelles, les trapèzes les tourmentent avec sollicitude.
Le pas gymnastique ne chôme pas non plus, et l’assaut du portique arrive comme suprême régal.
Tout le monde en place, un coup de sifflet, tous grimpent avec rage; second coup de sifflet et une vision confuse de bras qui s’agitent, de jambes qui frétillent, de torses qui se cambrent, et cela dégringole, tombe, disparaît.
Un instant après, le groupe est aligné, immobile,
Mais il fait chaud. Pour se reposer, on fait un peu de boxe.
Les coups de poing pleuvent, les attaques, les parades et les ripostes voltigent sous les arbres de la cour. Les coups de pieds, nombreux, frappent le vide.
La fatigue est grande, les effets sont nuls, et sans contredit les résultats sont moins évidents que dans le fameux combat de Smith et de Greenfield, les deux champions anglais et américain.
Ceux-ci boxaient pour l'honneur et le titre de champion universel, avec la fameuse ceinture. Les paris y entraient aussi pour beaucoup.
Et nous, nous boxions pour l’hygiène et le sommeil. Ce en quoi nous réussissions, surtout à l'amphithéâtre.
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Après la boxe, on rentrait à l'Ecole, au pas de course, pour s’enfoncer dans la salle des conférences.
Il était, là, assez difficile d'écouter, l'œil ouvert, une savante dissertation sur la loi de recrutement.
L’escrime nous appelle bientôt.
Vestes bas, bretelles pendantes, on engage, froisse, bat, coupe et double l'épée. Des écorchures et des bleus à la poitrine sont les témoins de no$ efforts, et l’on va à l'étude.
Ce n’est pas pour étudier, mais pour dormir, et nous l'avons bien gagné. :
Quelques-uns travaillent quand même, mais ce sont les hommes d'élite. D'autres fabriquent des boulettes de papier et taquinent les pompiers, qui sourient de crainte de se fâcher.
Le professeur adjoint ramène le devoir par sa présence, mais il n’est pas éternel.
Après son départ, les dormeurs se remettent à la besogne, les fabricants de boulettes de papier continuent leur industrie, l'heure du diner sonne et égalise les chances au réfectoire.