CHAPITRE VIII
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Sa formation. — Le chef, — Sa spécialité. — Il est dégommé. — Kayet le remplace. — La cotisation. — Débuts diffciles. — Premier concert dans la cour. — Répétitions. —
Grand concert. — Succès de Bérénice. — Le clou. — Publicité de l’événement. — Nos successeurs. — Leurs succès. — Talents artistiques du soldat. — Pardonnons-
lui,
A musique adoucit les mœurs, et à Saint-Maixent, elle jouait un grand rôle sur nos tempéraments que la besogne quotidienne rendait moroses,
BEA N En arrivant à l'Ecole, un triage sévère avait été fait par le capitaine Raker, choisi pour secouer les élèves et en faire jaillir les éléments musicaux nécessaires à former une fanfare intime.
Au début, les candidats furent nombreux : les petites et grandes flûtes, aussi drusemées que les étoiles ; les trombones, un peu en baisse; les pistons, pareils aux sables des grèves; les contrebasses, zéro, et les autres, à l'avenant.
On ne comptait plus les chefs de musique.
On fut forcé de s'arrêter à un marsouin engourdi, que l'opinion des camarades de son arme plaçait parmi les premiers sujets musicaux. Îl invoquait luimême, à l'appui de ses capacités, un ancêtre antédiluvien, dont il conservait précieusement les traditions du sol.
C'était simplement un harmoniste, très fort pour trouver le ton à l’aide du diapasun, mais il ne jouait d'aucun instrument. Ce qui aida beaucoup le capitaine Raker dans sa mission de le mettre à la porte.
En effet, le diapason, quoique utilé dans une fanfare, n'était pas suffisant pour diriger nos mélomanes, et le président, en homme consciencieux, dut prier le chef marsou.u de donner sa démission ou d'apprendre un instrument.
Notre camarade dégommé accepta stoïquement sa déconfiture, et retourna à ses sommes.
Il fut remplacé par un méridional harmonieux.
Celui-ci soufflait en mesure et avec vélocité dans un cornet à piston. Des sons vibrants, éclatants, doux parfois mais toujours justes, répondaient à ses efforts et jetaient un bien-être mélodieux dans le cénacle des disciples dont le capitaine Raker lui avait confié la direction.
Une cotisation mensuelle de cinquante centimes fut imposée de bon gré à tous les camarades, et coûte que coûte, nous dûmes louer des instruments à un luthier d’une ville voisine.
Deux fois par semaine, nos fanfaristes se réunissaient à l’amphithéâtre pour étudier à fond un pas redoublé, une valse moderne, une fantaisie du jour.
Dans les commencements, une certaine cacophonie régnait par-dessus les bancs de la salle des conférences; mais, au bout de huit mois de travail, un ensemble convenable laissait impassibles les oreilles des auditeurs.
Et toujours les cinquante centimes par mois venaient grossir le tronc de la musique, sans nous dire pourquoi nous payions.
Car, à part les notes variées perçues à travers les croisées de la salle des répétitions, on pouvait se vanter à l'Ecole d’avoir eu une musique pendant huit mois sans entendre un seul morceau.
Enfin, un beau dimanche, ros musiciens, en grande tenue, se réunissent dans la cour, et un programme
complet est exécuté,
Des applaudissements enthousiastes frappent les murs environnants, et de suite disparaissent les regrets de la cotisation mensuelle.
Nous avions une vraie musique, quelque chose de palpable, dont on pouvait écouter les airs, voir les instruments et admirer les exécutants.
Kayet, le chef, faillit avoir l'honneur du triomphe auquel sa modestie s'opposa.
Car le chef était modeste. A l'exécution du premier programme, sur cinq morceaux joués, il se contenta de cinq solos. Ce qui était maigre, pensions-nous, vu qu’il pouvait jouer six morceaux et encore plus de solos.
Les officiers et leurs familles étaient cordialement invités à ces agapes intimes, et ils n’y manquaient pas.
Sur vingt officiers, dont dix étaient mariés, on se rappelle très bien que trois, tous compris, étaient présents. |
Ce qui donnait une valeur réelle à notre musique.
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Puis, les badauds de la rue abondaient à la grille.
Les paysannes à longues coiffes, à poitrines aplaties, l'œil allumé, mises en joie par les sons heureux de nosinstrumentistes, lutinaient de jeunes paysans, rasés de partout, que nos virtuoses attiraient également.
Les petits bourgeois de la ville s'y donnaient aussi rendez-vous, et tout ce public varié, que complétaient des gamins oisifs, des boutiquiers en repos du dimanche, des étrangers de passage, venait donner un grand prestige aux auditions de notre musique.
À une certaine époque, d’entreprenants jeunes gens de l'endroit résolurent de donner un grand concert.
Des invitations furent lancées, et après de nombreux pourparlers, il fut d’ ‘ que cet événement aurait lieu dans le mar l'Ecole, avec le concours de notre fanfarc .roitement sollicité.
Les préparatifs furent toute une affaire.
On eut à lutter contre des rivalités multiples, de petites passions bien enracinées, et enfin, après de longs tâtonnements, on s'arrêta à un programme où M. Bérénice chantait quelque chose dans les basses notes,
C'était un clou quelconque qui manqua pourtant son effet, car Bérénice effleura un four profond.
Au moment où sa voix devait descendre à la cave, elle fit incontinent faux-bond et grimpa au grenier, avec un couac désastreux , d’un effet glacial.
Bérénice, fort de son droit, reprit la suite de sa romance et exécuta un nouveau couic. Puis, heureux et content, possesseur de cette belle audace qui réussit toujours, il descendit de l’estrade pour remercier chaleureusement ses amis, que son fiasco avait amusés.
La fanfare fut brillante. Maints morceaux, bien étudiés, partaient de la tribune en gerbes sonores et réveillaient les nymphes du manège, habituées aux sons guerriers de la chambrière.
Somme toute, ce concert fut un succès sans précédent.
Les indices précurseurs en avaient été d’ailleurs excellents. Une foule indisciplinée s’entassait à la porte, et quelques élèves, hercules improvisés, avaient dû ouvrir un passage aux familles des officiers, à travers cris et protestations.
Cela assurait le succès, prédisposant le public aux jouissances de l'oreille,
Le lendemain et les jours suivants, nos exécutants