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CHAPITRE XI

Norat et Ernadet. — Conversation patriotis"=. — Dîner somptueux. — Le monôme. — Les bocks. - - Les chants. — Rolon et Lupin. — Leur succès. — Le sinistre Retit. — Encore Bougé. — La fête nationale est faite.

E crois que nous aurons une belle journée, dit Norat, en s'éveillant et accompagnant ces mots de bâillements sonores, notre fête sera très brillante. J'ai vu Refort qui est de mess, et il m’a appris qu’on avait acheté deux cents poulets pour le dîner. Que la pluie tombe, que le tonnerre gronde, que tout s’en mêle, je m'en moque assez, il nous restera toujours les deux cents poulets!

— Quant à moi, je voudrais être à ce soir, répond Ernadet, un camarade de lit, qui, depuis quelques minutes, s’étirait les membres entre ses draps d’ordonnance, toutes ces fêtes-là m'ennuient, me fatiguent. Tu crois que c’est amusant, toi, d'aller se ballader sur la place publique et s’oftrir en spectacle aux badauds, par un soleil d'enfer. Somme toute,

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200 SAINT-MAIXENT ces histoires-là se réduisent pour nous en une fatigue peu récréative contre laquelle je proteste de toute mon énergie. Que ceux qui veulent des fêtes s'en paient, mais qu’on laisse le troupier prendre tranquillement son congé comme tout le monde.

Ernadet était grincheux par éducation, résultat d’une pénible expérience.

Ayant fait son service militaire à Paris, où, chaque année, avant d'entrer à l'Ecole, le 14 juillet, il s'était vu forcé d'endosser le harnais dès l'aurore, de faire une étape brûlante, pour venir défiler à Longchamps et retourner ensuite à son quartier, avec trente kilomètres dans les jambes, tout soupoudré de poussière, harassé de fatigue et assez

empêché le soir de faire une contredanse échevelée.

Ce genre de fête nationale l'avait quelque peu rendu sceptique.

C’est ce qui explique sa mauvaise humeur.

Norat, fantassin de Kairouan, assez gouailleur, heureux de profiter de la fête qui lui permettait de faire une grasse matinée, avait allumé une cigarette, et s'étant commodément installé dans son lit, inter-

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pelle de nouveau Ernadet, en essayant de lui remonter le moral.

Ernadet continue à grogner, malgré le récit optimiste de Norat, et comme le soleil brillait déjà depuis longteinps, tous deux se lèvent, imitant les camarades, et s'apprêtent à aller fêter le grand jour.

La revue ordinaire eut lieu sans incidents.

Après une petite promenade en ville, on était rentré pour le repas de la première série.

Tout se passa bien, avec les gaîtés de circonstance, le ravissement attendu en face du menu extrafin, et, le dîner terminé, Norat, esprit inventif, eut un éclair de génie et proposa un monôme.

De suite, comme par enchantement, quatre cents bras se posent sur quatre cents épaules, et l'énorme serpent, Norat en tête, s'ébranle au pas cadencé, en silence, traversant toutes les rues de la ville, à travers une population en fête et émerveillée.

Le monôme débouche sur la place publique, arrive près de la statue du colonel Denfert-Rochereau, et l’entoure respectueusement.

D'une voix forte et grave, Norat commande :

— Saluez!

Deux cents mains se portent vivernent aux képis, s’y arrêtent un instant et retombent dant le rang.

Ce pieux devoir rendu permet de nouveau à la gaieté de reprendre ses droits.

Le cortège se reforme, et, chantant cette fois, se dirige vers le café.

La salle n’est pas assez grande pour contenir les convives, et beaucoup prennent place dans la cour.

Et la bière coule à flots.

Les facétieux montrent leurs talents, et le gros Rolon, garçon de vingt-quatre ans, déjà doublé d’un ventre énorme, ouvre le feu.

Il tonne d’une voix vibrante, implorant l’attention, la commandant au besoin, racontant les déboires personnels dus à son obésité précoce, le tout au milieu de nombreux bocks et de l'indifférence générale.

[l eut un grand succès.

Lupin, l’inévitable Lupin, taquine sa verve sur un sujet inédit, se démène comme un beau diable

pour arracher le rire, y réussit quelque peu, se noie |! bientôt dans une mer de assez / désobligeants, con-

| ae tinue quand même et longtemps, se moquant de | | 18 l'opinion, heureux d’ennuyer spirituellement un | | à la public aussi gai et aussi nombreux. | Lupin se tait et tout le monde respire. | | mt Une tempête ironique d’applaudissements, suivie Î d’un ban à trois, le gonfle d’orgueil, pendant que | ir les le sinistre Retit, délicat marsouin à longues mous- | cour. taches, s’installe à la tribune pour faire diversion. | | Il se lance, d’une voix rauque, dans une déclama- | tion tragique que soulignent les cris, le choc des | verres et les applaudissements unanimes des audi- || teurs. | ’

gros : * * | | oublé | A peine Retit a-t-il terminé sa tirade qu’un autre | atten- monôme tortueux entre au café, enlaçant les tables, | | es dé- les buveurs, semant un trouble indescriptible par- | | e tout | tout. || rence C'est la deuxième série. ‘| Bougé monte sur la table, réclame un silence | qu’il n'obtient pas, fait une dissertation sur les | zéphyrs, que l’ingratitude générale entoure, et | réussit à placer quelques mots sur l’armée territo-

riale, qu’il ne veut pas oublier en ce grand jour.

e sur

diable * *

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