‹ Saint-Maixent [microforme]Chapitre 18 sur 35 · SON · texte numérisé non relu

SON

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une chute de deux mètres nous forçait à soulager nos poumons par quelques instants de repos.

Puis il fallait en sortir bientôt.

Nous aidant des mains, des pieds, des genoux et des ongles, nous nous hissions péniblement sur le terre-plein pour recommencer de suite le même exercice par groupe.

Les plus alertes franchissaient rapidemen: toute la série, semant partout des traînards, et le gros Reine, aplati un jour au fond du trou d'assaut, dut nécessiter l’aide des camarades pour remonter à la surface,

Reine, quoique plein d'esprit, avait la toquade de se faire arracher deJpartout.

Les exercices de cantonnement étaient délicats.

Il s'agissait d'écrire sur les portes des signes cabalistiques, sans éveiller la susceptibilité des habitants.

Cette manœuvre a toujours obtenu les meilleurs résultats, tout comme la transmission des ordres.

Espacés les uns des autres sur un immense cercle, le premier recevait du capitaine un ordre verbal, qu'il devait transmettre au voisin, avec la même pureté de rédaction, et ainsi de suite jusqu'au point de départ.

Le capitaine n'était jamais satisfait du résultat, car son ordre lui arrivait, ornementé dansla forme, habillé de mots divers, qui, sans en altérer le fond, lui donnait cependant une allure fleurie, peu compatible avec la sobriété ordinaire du style militaire.

Le grand branle-bas, le jour de bonheur, était celui où nous allions faire au loin des promen” su cheval.

Le fantassin est le plus enragé cavalier c au.

Il ne se sent heureux qu'avec un bon cheval sous lui.

Alignés botte à botte, notre écuyer en tête, nous chevauchions deux heures durant, en devisant gaiement sur toutes choses.

Au retour, comme au départ, nous défilions superbement dans les rues de la ville, le torse droit, la jambe bien placée, Ia tête haute, cherchant à montrer aux badauds que, quoique fantassins par le hasard des choses, nous aurions tous pu être dignes de la cavalerie.

C’est là où nous avons commencé à comprendre l'importance du cheval dans l’armée, abstraction faite de l'homme, qui ne vaut généralement pas grand’chose.

TRAVAUX DIVERS 195 La valeur personnelle de chacun se faisait valoir à l’ordre dispersé ou au service en campagne.

Cela stimule beaucoup l'initiative individuelle.

Il est àjemarquer cependant que les divergences d'opinion sont d'autant plus grandes que cette initiative est plus encouragée.

Autant de chefs, autant de manières de voir.

Impossible d'enregistrer deux appréciations semblables dans une même manœuvre.

Rhuard était un jour chef de petit poste.

Il étudie son terrain avec soin, calcule ses distances et place ses postes et sentinelles dans les meilleures positions possibles.

Ce devoir accompli, il attend la visite du lieutenant instructeur.

Celui-ci, officier très consciencieux et connaissant à fond son affaire, fait quelques critiques de détail au camarade, qui en est froissé.

Un dialogue aigre s'engage entre eux, et Rhuard reçoit en partage la somme de huit jours de salle de police pour avoir osé faire preuve d'une trop grande initiative personnelle.

Cette punition, très méritée, porta un préjudice sérieux au coupable et recula d’une trentaine de numéros son classement de fin d'année.

Cet exemple démontre la nécessité d'un effacement complet en matière d'exercices en campagne à l'Ecole.

L'élève modèle ne devra jamais rien apprécier, se tenir muet, écouter, observer, prendre note de tout et réserver son action individuelle pour le moment où son grade l’appellera à commander en chef une fraction de troupes quelconque.

En terminant cet aperçu de nos divers travaux extérieurs, il faut noter que toutes les marches en ville se faisaient en silence, sans tambours ni clairons.

Au début, cette mesure causait un très fâcheux effet parmi nous.

Plus tard, nous apprenions que cette épreuve était un moyen de nous former à mieux marcher, car la musique, avec sa cadence, rendait la chose trop facile, et par là même ramollissait notre attention.

La pénurie de tambours et clairons du cadre y était bien aussi pour quelque chose.

C’est égal, c'est triste une sortie sans musique,

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