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CHAPITRE XVI

Cauchemar de la fin. — Les ambitieux. — Les insouciants, — Bériot pompe. — Il veut aller en Afrique. — Résultat de ses veilles. — Exemple à ne pas suivre. — Choix d’un régiment. — Baptême de la promotion. — Châteaux en Espagne. — Déshs de mariage. — Monôme de la fin. — Fini, les misères. — En route pour la gare. — Le train roule. — A d’autres, les tristesses et les joies de l'Ecole.

E mot classement signifie cauchemar, qui dure depuis le commencement de l’année jusqu’à la dernière minute du dé.part de l'Ecole.

Il s'empare de suite du jeune élève, le secoue, le broie, le décourage, l’excite, l’anéantit pendant de longs jours avec un temps de répit en octobre, pour l’étouffer ensuite davantage dans une progression fiévreuse, dont le point culminant est la dernière colle de l’examen final.

Les philosophes saisissent l’occasion des examens

pour dormir tranquilles et abandonner tout effort, comptant sur le hasard, certains d’une valeur relative qui leur permettra d’être classés.

Les ardents, les ambitieux ne dorment plus, ne sortent plus en ville, travaillant dix-huit heures par jour.

Bériot voulait aller dans un corps d’Afrique, et son numéro d’octobre, loin dans le deuxième cent, lui donnait peu d’espoir.

Ayant un jour vu manœuvrer un bataillon de ligne, où trois officiers, quatre sergents, six caporaux commandaient quinze soldats par compagnie, il fut saisi d’un fou désir d’appartenir à un corps où le sous-lieutenant a au moins quarante hommes sous ses ordres.

Pour ça, il lui fallait gagner quelques places dans

son classement.

Pendant le mois de janvier, temps consacré à la préparation des examens, il supprima tout plaisir, but trois cafés le soir pour éloigner le sommeil, et, les poings sur les deux oreilles, il se plongea corps et âme dans ses bouquins.

Pas une minute de perte jusqu’à dix heures du soir, où l'extinction des feux lui ordonnait d'aller se coucher.

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Se retirant comme les autres, il simulait une mise au lit complète.

Puis, en tapinois, comme un voleur, il s'esquivait bientôt du dortoir, longeait les murs de la caserne, se faufilait à l'étude, où il se plongeait de nouveau dans le supplice de ses livres, jusqu’à trois heures du matin.

Un cercle de feu aux yeux, des tintements aux oreilles, des épines dans les reins, des brouillards devant la vue, tous les symptômes cruels d’une courbature générale, lui apprenaient enfin qu'il devait quelque chose au sommeil.

Obéissant à regret, il se coulait dans ses draps.

A peine endormi, des cauchemars inhumains lui trottaient le cerveau; des armées entières lui passaient sur le corps, de petits diables moqueurs lui fourraient dans la bouche de gros livres savants; une artillerie formidable le bombardaïit sans cesse.

Il sautait comme une carpe dans son lit après chaque cauchemar, se rendormant aussitôt pour être de rechef aux prises avec le rire sardonique d’un examinateur qui lui collait un zéro.

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Au réveil, Bériot était moulu, énervé, mais ercore plus enragé.

Il retournait à ses études avec une ardeur ambitieuse que trois cafés venaient de nouveau fortifier à la nuit,

Les examens arrivent. Partout Bériot fut mal. heureux; il tirait des numéros prédestinés, et sa cote baissait chaque fois.

Il fit un bond prodigieux en recul et arriva un des premiers de la gauche.

Au classement final, il eut comme régiment un corps délaissé, où il alla gémir sur les malheurs d’un pompier mal vu par le sort.

La pompe et la pioche sont deux instruments dont la destinée se sert avec adresse pour molester les jeunes gens ambitieux.

Cependant, il ne faut trop croire à l'échec de Bériot, car le travail — rien que le travail, ce travail de chien, soutenu, qui absorbe un homme pendant tous les instants du jour et de la nuit — à l'Ecole comme partout, triomphe de tout, renverse les obstacles, force les difficultés et arrive infailliblement au succès envers et contre tous.

Le travail, il n’y a que cela.

Le classement final terminé, il s'agissait de choisir un régiment.

Chaque élève postulait pour trois corps, à son choix.

Comme il était logique de ne dema:der que ce que chacun pouvait en droit obtenir, d'après son classement, une consultation générale avait lieu dans une salle d’études, et, les pétitions arrêtées, beaucoup, demandant le Nord, furent envoyés dans le Midi.

On obtient si souvent ce qu'on ne désire guère.

Il fallait ensuite baptiser la promotion.

Le nom qu’on trouva semble si barbare, qu’il est impossible de le dire.

C’est un composé de consonnes et de voyelles, partagé par une apostrophe, servant à désiysner un pays juif.

Enfin, il ne reste plus que trois jours à faire avant le départ. Tous les travaux de l’année scolaire sont terminés.

Les châteaux en Espagne étaient à l’ordre du jour; des visions de bonheur, de gloire, éblouissaient les têtes heureuses des futurs officiers.

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Les projets de mariage, oubliés pour un temps, renaissaient de plus belle, et beaucoup reçurent une exécution immédiate à l’arrivée aux nouveaux régiments.

Le mariage tient actuellement une grande place dans l'armée.

Mais avant de se marier, il faut quitter l'Ecole et se dire adieu.

Hébriot, le plus long de nous tous, ayant dans une main un gourdin gigantesque, et, à sa droite, le petit de Ratour — deux inséparables, la tête du dernier touchant à la hanche de l’autre — prennent la direction de la masse compacte que forme toute l'Ecole dans la cour du quartier.

On chante la fin des misères, La fanfare sonne de joyeux accents, et après avoir

fait plusieurs fois le tour du préau, chacun entre au dortoir pour faire sa malle.

Par groupes fractionnés selon le départ des trains, nos officiers sont conduits à la gare à des heures différentes, avec une joie égale pour tous.

Et les trains chartient aux quatre coins de la France d’heureux soldats que la réalité de la vie

raménera, hélas! trop tôt au terre à terre de l’existence.

Adieux! beaux rêves dorés! Souhaitons que l’accomplissement du devoir rachète chez tous l’évanouissement si amer des plus chères illusions!…

ADIE U X

Maintenant que nous sommes tous officiers, voyons le sort qui nous attend au régiment.

Nous sommes très bien reçus partout.

Les chefs de corps, en général, commencent à

avoir une grande estime pour les officiers sortant de l'Ecole militaire d'infanterie.

Diverses fonctions, autrefois exclusivement ré-

servées aux saint-cyriens, nous sont confiées et flattent notre amour-propre.

Qu'importe si parfois un colonel a besoin de dix ans pour se rendre compte qu’un saint-maixentais sait quelque chose, juste le temps qu'il lui faut pour s'apercevoir que le saint-cyrien ne vaut guère

mieux, si ce n’est qu’il a pour lui une plus grande jeunesse.

Cependant, ne nous faisons pas trop d'illusions,

Avouons bien franchement que nous manquons, quelquefois, de modestie, que notre aplomb est un

peu trop grand quand nous arrivons dans nos nou: veaux régiments.

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C’est un ancien qui vous parle ici en bon camarade.

Le saint-cyrien est un peu plus modeste au début de sa carrière. Heu! heu! Est-ce bien vrai? Et

pourtant ce serait naturel, parce qu’il entre dans le nouveau.

Nous, nous revenons chez nous, au bercail que nous avons quitté pour une année. Nous nous y retrouvons en plein pays de connaissance.

Et de suite nous prenons peut-être un pied trop solide dans la place.

Remarquez bien que nous avons dit : peut-être, car l'expérience de plusieurs années nous a éclairé, comme elle vouséclairera tous, soyez-en convaincus.

Et puis, qu'importent nos conseils et notre ex périence.

Chacun appréciera nos idées selon son tempérament et son origine,

Le saint-maixentais criera : holà! Le saint-cyrien s'en moquera probablement.

Et tous deux auront tort.

Pour nous, nous essayons de nous dégager de

tout esprit de coterie, de tout parti pes enraciné, en disant hautement :

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