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CHAPITRE XV

Vampires de toutes sortes, femmes, hommes et auvergnats. — L'invasion du samedi. — Inondation de commandes. — Signons toujours. — Nous sommes plumés. — C’est bien fait. — Ils nous plument. — C'est leur devoir. — Aventure de Blanchet. — Il y perd des bijoux de mille francs. — Terrible exemple. — Morale : Tant qu’il y aura des écoles militaires, il y aura des fournisseurs que nous maudirons toujours. — Tous y passent.

E sont des vampires, altérés de billets de banque, qui viennent, par nuées, sucer des commandes fantastiques aux jeunes gens des Ecoles militaires.

Toujours à l'affût, ils relancent leurs victimes jusque dans les recoins les plus reculés, se faufilant partout, s’introduisant à la cantine, fi Squentant les cafés, les hôtels.

Habiles diplomates, ils partagent les plaisirs de leurs futurs clients, dînent avec eux à table d’hôte, étalent à leurs veux des marchandises &e toutes sortes, des bijoux, des armes, des habits, des tenues, ne parlant jamais de paiement ni de prix.

Ils se contentent d'une signature, et nous savons tous que nous signons toujours.

Les trains du samedi soir vomissent sur les quais de la gare toute une troupe de ces bandits rapaces, qui happent le lendemain, jour de sortie, les bénévoles guerriers, insouciants de l'avenir, et leur arrachent des achats de toutes sortes.

Maudits brigands! buveurs de sueur militaire! Qu'il serait doux au gousset plat du futur officier de vous voir un jour disparaître des Ecoles militaires! Qu’une bonne mesure, vous interdisant l’accès de ces établissements, serait bien reçue de tous! Que les dieux infernaux vous confondent, vous, vos marchandises et vos billets!

Halte-là, cependant! Il ne faut pas se laisser emporter par un lyrisme tragique, qui frise l’injustice.

Reconnaissons tous que si les fournisseurs sont des vampires, nous sommes de bien confiants ni-

gauds.

Ils sont logiques, ces braves gens dans leur besogne, et nous, nous sommes de fieffés imbéciles.

Ce ne sont pas les bons avis qui nous manquent, ni les exemples non plus.

Mais il est écrit que tant que la +lu des achats sera étalée à nos yeux, nous continuerons à nous y empêtrer jusqu’au cou.

Les conseils n’y feront rien.

[l faut que chacun paie cher une fâcheus expérience que l'avenir lui fera trouver bien amère.

Parmi les objets de luxe qu'étalent aux yeux éblouis les fournisseurs, vienne, t, en première ligne, les bijoux : bagues, chaînes et montres.

Il fait si bon voir une belle breloque dorée pendiller au dehors d’un gousset garni d’une excellente montre.

Excellente, mais très chère.

Un chronomètre, coté deux cents francs sur un marché sérieux, est très bien vendu au taux de cinq cents à long terme.

Ainsi en est-il pour les chaînes, bagues et autres.

Et puis un nécessiteux aux abois éprouve plus tard le besoin de réaliser une certaine somme. Sûr d’avoir quelques centaines de francs à sa nomination, il escompte le présent en plaçant quelque part pour cent francs une chaîne d’or qu’il paiera plus tard quatre cents,

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Avec de semblables moyens, inutile d'insister sur les conséquences défavorables d’une telle opération.

Blanchet portait depuis longtemps une élégante montre avec accessoires complets, dans les prix de mille francs.

Pendant ses vacances, il eut la fantaisie d'aller, avec trois louis dans sa poche — somme très suffisante — rendre visite à un de ses anciens copains, maréchal des logis chef dans les environs.

Celui-ci, heureux de l’aubaine qui amenait dans sa garnison un camarade cousu d’or, invite tous ses amis à dîner à l'hôtel, convie même des dames seules à ces agapes joyeuses, et tout cela au compte du visiteur, qui dormait tranquille, dans la paix d’une conscience sûre d’un départ prochain.

Les trois louis épuisés, sauf la somme du retour, Blanchet annonce son départ et demande sa note.

Des chiffres fantastiques flamboient sous so' nom, une addition fabuleuse en est le résultat, et, certain d’une erreur, il se présente à la caisse pour une rectification.

tour,

Le propriétaire de l’hôtel lui apprend que le note.

maréchal des logis chef vivait, lui, ses amis et amies, à ses dépens depuis son arrivée, et que toutes ces avances avaient été faites sur la bonne mine du visiteur.

Digne dans le malheur, la victime se retire avec calme, dédaigne de faire des reproches à son ami,

et après de nombreuses dépêches lancées sans résultat dans toutes les directions, il dut se dépouiller de ses’bijoux dans des conditions maigres.

Quelques mois plus tard, le fournisseur lançait ses traites, et en les payant, Blanchet se souvenait qu’il est onéreux parfois d’aller rendre visite à des maréchaux des logis chefs dans les environs.

Cette expérience bien acquise nous apprend qu'il .ne faut jamais, jamais, acheter quoi que ce soit aux fournisseurs qui grouillent par douzaines aux environs des Ecoles militaires, de crainte d’être forcé un jour de payer avec perte les noces d'anciens copains.

Méfions-nous et abstenons-nous.

Somme toute, peu importe; quand vous y serez passé, vous le direz aux autres, qui ne vous écouteront pas plus que vous ne nous écoutez en ce moment.

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