‹ Saint-Maixent [microforme]Chapitre 7 sur 35 · RE · texte numérisé non relu

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Pantalon court, tunique serrée et prétention personnelle très apparente, sautant aux yeux et aux oreilles. Les claquements continuels de sa langue, le son dogmatique de sa voix auraient pu justifier toutes nos préventions en ce sens; mais ne bafouillons pas dans les jugements téméraires.

Si la cote était assez élevée, elle ne nous récompensait guère, car nous piochions ce cours à fond.

L'art militaire n'était pas assez récompensé.

Le médecin était un artiste en interrogations comme en conférences. Et nous verrons plus loin qu’il ne perdait aucune de ses qualités à la visite.

Aux conférences, il nous instruisait en nous faisant rire; aux interrogations, il nous cotait haut en regardant les images.

Le docteur regardant les images nous laissait froids, mais le docteur qui nous donnait 19 avait toutes nos sympathies.

Nous comprenions qu'une colle, si bien sentie qu’elle soit, ennuie assez un médecin habitué aux régions éthérées de la clinique. Un tas de jeunes gens, qui défilent devant lui pour décrire les propriétés du gluten dans le blé, peuvent difficilement retenir l'attention d'un hygiéniste qui vient de prescrire une purgation à un ventre délabré.

Aussi, était-ce avec un parfait détachement de tout intérêt que le docteur nous voyait arriver, et il manquait de conviction en nous demandant ce à quoi nous reconnaissions la bonne de la mauvaise viande.

La bibliothèque de l'Ecole, meublée de beaux livres illustrés sur toutes les faces, lui fournissait d’amples aliments pour chacune des deux heures de colle.

Son lorgnon, bien scellé sur le nez, fouillait consciencieusement les gravures d’un journal à images, pendant que l’un de nous était aux abois.

Cela ne nous impressionnait guère cependant, puisque nous sortions toujours accompagnés d’un 18, sinon d’un 20. Le docteur n'aimait pas les écueils des 7 et des 8; il naviguait toujours dans les eaux profondes de la haute cote, ce qui lui procura une renommée sympathique dans son cabinet d’interrogation.

On devient célèbre comme on peut.

Quoiqu'il en soit, le docteur a fait à l'Ecole un cours d'hygiène vraiment remarquable, dont nous avons tous sérieusement profité, et qui est resté jusqu’à ce jour un modèle du genre.

Notre adjoint en histoire et en géographie était extrêmement calé.

Ses conférences et ses interrogations étaient toujours suivies avec un grand intérêt. Il s’exprimait en bon langage, trouvait toujours le mot juste, et connaissait à fond tous les petits dessous des faits et des lieux.

Il nous semblait cependant qu'il notait un peu trop bien ceux qui lui donnaient des détails en dehors du cours professé, et qu'il paraissait savoir un peu trop qu’il savait quelque chose.

Toujours ce diable de jugement téméraire.

La manière de se présenter aux colles est envisagée sous divers aspects. Là, comme partout, le hasard est pour beaucoup. Mais chacun chatouille le hasard comme il l'entend.

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Un entreprenant jeune homme se figure éblouir l'interrogateur par la volubilité de sa faconde.

Il parlera de tout, enroulera son homme dans des phrases filarndreuses, interminables et vides. Il côtoiera continuellement la question sans s’y arrêter, par la bonne raison qu'il n’en sait pas un mot.

L'essentiel, pour lui, est de ne pas rester muet. Il lui faut, coûte que coûte, dégoiser quelque chose,

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L'étonnant, c'est qu'il réussit souvent à jeter une certaine indécision chez l’interrogateur, comme l’avocat défendant une mauvaise cause bouleverse l'esprit d’un juge blasé.

Une enfilade de mots ronflants, entortillés, influent un peu la justice et la porte à juger mal de crainte de juger bien.

Ce torrent impétueux de sons, de paroles qui dégringolent sans interruption finissent par creuser dans le jugement du colleur un petit sillon d’où sort une bonne note.

Le silence est d'or, mais la parole est irrésistible. L'expérience le prouve et heureux celui qui, aux colles, parle longtemps pour ne rien dire.

Les taciturnes sont toujours enfoncés.

Une question ardue est posée à un élève conscien-: cieux. Il réfléchit avant d'y répondre. C'est déjà un signe de faiblesse que l'on saisit de suite, car le savoir réel n'hésite jamais.

Cette première mauvaise impression notée = amène une seconde.

Qui n'a pas de faconde n'a pas d'éloquencé, trouve difficilement le mot juste; ânonne un peu pour dire des choses sensées, prédispose l'interro-

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gateur contre lui et se retire mal coté, tout en connaissant à fond son sujet.

N’allons pas croire par là que la blague surnage toujours. Le bon sens et le jugement ont aussi leurs bons moments.

Mais, disons-le en vérité, d’après une expérience productive, il est préférable d'avoir la parole tacile aux interrogations et peu de savoir, que de se parer de profondes connaissances qu'un mauvais langage ne peut faire valoir.

Il est bién entendu que ces deux qualités réunies forment un maximum d’idéal que nous chercherons longtemps.

Certains professeurs se laissent difficilement démonter et réduisent à néant la rhétorique du blagueur par un mot dur et sec.

Mais tous sont consciencieux, hésitent avant d'interrompre, espérant trouver chez l’interrogé, à travers le fouillis de paroles, quelques expressions topiques qui dénotent une certaine connaissance du sujet.

Ils l’écoutent jusqu'au bout, et, finalement, ils ne peuvent s'empêcher de iui donner le bénéfice des circonstances atténuantes.

De là sauvetage du #zn1 pour le coupable.

Le fumiste connaît son sujet, mais il cherche à prouver qu’il en sait beaucoup plus que ce qu'on lui demande.

Sa question épuisée, il entame de suite des dissertations à côté, cite des faits étrangers au cours, quoique s’y rattachant par une fibre quelconque, et amène des conclusions subversives.

S'agit-il d'un problème? Il en cherchera la solution par tout autre procédé que celui enseigné à l'Ecole. Une question d'histoire? [ly répondra selon un ouvrage quelconque.

Pour tout, c’est ainsi,

Il nous faut aimer les fumistes, car ce sont tous des garçons intelligents. Un grand courage, une forte audace et d’autres qualités sérieuses sont nécessaires pour faire un bon fumiste. N'est pas fumiste qui veut.

Méprisons donc les fumistes bêtes, mais il n’y en a pas.

Le timide est un malheureux. C’est habituellement une victime de la pompe, qu'un sort inclément poursuit.

Il pioche ses cours, hume ses théories à fond, se désosse le tempérament dans tout ce qu'il fait.

Résultat invariablement négatif.

Il arrive aux colles, et de suite son savoir sombre comme le mal de dent en entrant dans le cabinet du dentiste.

Le tableau noir, le professeur, tout l’ameublement dansent devant ses yeux, jettent un trouble profond dans son esprit et amènent un marasme brumeux.

A la première question, il balbutie, bafou.lle à côté, répond grec quand on lui parle latin, et ne peut seulement pas distinguer le fusil français des armes étrangères.

Oui, ce fusil, il l'a eu cinq ans entre les mains. Il l'a manié en tous sens, a obtenu des prix de tir avec; il l’a nettoyé, démonté et porté des centaines de kilonètres; il a même couché avec.

Inutile, quand on lui dit de prendre le fusil Gras parmi les autres; un nuage ohscurcit sa vue, les armes sautillent, ses oreilles tintent, et le malheureux prend, triomphant, le fusil Mauser. On lui colle un zéro et quatre jours.

C'est un timide.

Il n'y a ici exagération aucune, car l’'Offctel nous a appris que le roi des timides, dont il est question, vient de passer lieutenant au choix.

La timidité mène au choix.

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L'audacieux ne sait rien et le fait valoir. Il répond quand même à toute question, qu'il ne connaît pas plus que la lune.

Un aplomb imperturbable, une tenue imposante, une voix élevée, autant d'atouts qu'il met dans un mauvais jeu. |

C'est regrettable, car l'audace est utile.

Le veinard ne sait jamais qu’une seule chose, et on la lui demande toujours :

— Ah! mon cher, dit-il à un camarade, je ne connaissais pas un traître mot de la question. J'ouvre au hasard mon cours, j'y lis le chapitre des chemins de fer, et juste on m'interroge là-dessus. Quelle veine!

Méfions-nous de ces veinards. Ce sont les plus vilains fumistes qui cachent leur jeu.

Ïls connaissent très bien leur affaire, mais leur caractère les porte à la dissimulation. Ils manquent de franchise pour des bagatelles quand ils sont jeunes, plus tard, ils seront fourbes dans les luttes pour la vie, ce qui sera plus grave.

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