Village, près de Paramé
2. Dans la seconde moitié du xvi" siècle et au xvii«, c'était l'usage, à Saint-Malo, de placer le nom de terre devant le nom patronymique : La Barblnais-Troiiin, Bcaiivais-Lc Fer, La Citc- JDanycan, Belle-Isle-Pépin, Duclos-Pinof.
Trouin fut admis, dès 1C97, dans la marine royale. Mais, capitaine de frégate ou capitaine de vaisseau, il resta corsaire, et les navires qu'il commanda, même les vaisseaux du roi ^ furent toujours armés aux frais et risques des particuliers.
Trop célèbres et trop nombreux sont les exploits de Duguay-Trouin pour être racontés ici. Une phrase des Lettres de noblesse par lui reçues, en 1709, les résume éloquemmént : « Depuis qu'il s'est adonné à la marine, il a pris plus de trois cents navires marchands et vingt vaisseaux de guerre ou corsaires ennemis. » Rappelons que, deux ans après, il prenait une capitale, la capitale du Brésil portugais.
Chef d'escadre (1715), membre du Conseil des Indes (1723), lieutenant général des armées navales et commandeur de Saint-Louis(1728), Duguay-Trouin couvert d'honneur, mais aussi d'infirmités, se renferma, dès 1731, dans une vie digne et tranquille, tantôt à son petit manoir de la Haute Flourie 2, tantôt à Paris, où il venait plaider la cause de ses anciens officiers.
Il y mourut presque pauvre, le 27 septembre 1736, ne laissant d'autre postérité que ses victoires.
1. Sur la location aux corsaires des vaisseaux du roi,V. Intrcdu et ion, p. 14.
2. Près de l'anse de T'rociin, en Saint-Servan. Cette propriété, qui existe encore, est appelée aujourd'hui Duguay- Trouin. — Robert Surcouf l'habita quelque temps avant de s'installer à Riancourt.
Maison de Ducuay-Trouin
DUGUAY-TROUIN (pLACE). 2^7
DUGUAY-TROUIN. (Place)
Ancien jardin de Tévôché. Le palais épiscopal étant devenu propriété de la ville (iTOl), partie de ses jardins fut transformée en place publique, sablée et plantée de deux doubles rangées d'arbres. La place reçut le nom de Commune ou de Grande Commune pour la distinguer de la Petite Commune, aujourd'hui Place de l Hôtel- de-Ville, autrefois cour de Tévêché.
En 1809, une communication fut établie entre la rue du Boyer ou du Bey et la Commune, alors appelée Place d'Armes.
Sans monument central, la Commune semblait vide. Dès 1798, la municipalité s'était avisée d'y remédier. Par ses ordres, la belle statue de la Foi, arrachée à Tautel du couvent Saint- Benoît, fut érigée en statue de la Liberté, sur le piédestal de la Croix de Mission, transporté du Sillon à cet endroit. Énormité dont le bon sens et la piété populaire firent promptement justice.
Plus tard, des édiles mieux inspirés proposèrent d'élever au milieu de cette place la statue de Duguay- Trouin. Une souscription s'ouvrit. Le roi Charles X voulut s'inscrire en tête de la liste et fournit le bloc de Carrare que tailla, plus ou moins heureusement.
2>n LA VILLE MUNICIPALE.
le ciseau de Molchnecht. L'inauguration eut lieu le 10 février 1829.
Depuis ce jour, la Place d'Armes est officiellement nommée Place Duguay-Troidn. Mais les vieillards parlent encore de la Commune,
Il y a quelque vingt ans, la place a été convertie en square.
FOSSE (rue de LA\ 2^1
FOSSE .'Rue de la)
Cette rue finissait jadis près du n" 10 actuel, à l'enceinte de Jean de Châtillon, dont un pan de mur et une échauguette subsistent en ce mOme endroit. Au pied du rempart, s'ouvrait, ancienne carrière ou effondrement du rocher, une fosse profonde et béante. De là, le nom de rue de la Fosse, qui resta même après que la fosse eut été comblée et la voie prolongée jusqu'à la rue de Toulouse, lors du deuxième accroissement ;1714). Cela s'explique fort bien.
Que de conjectures, au contraire, ont fait naître la maison portant le n" 10 et le fameux escalier de pierre qui, du seuil, monte à l'étage supérieur.
L'escalier commençait dans la fosse; on s'accorde à le croire. Menait-il aux remparts, et la porte qu'on découvre, à droite, soutenue par deux robustes piliers était-elle une poterne de la ville ? Fut-il construit pour desservir la maison susdite, qui, en ir»2<>, ^,'éleva sur les murs r Autant d'hypothèses. L'une et l'autre sont vraisemblables si, au fond de la fosse, existait une issue donnant accès à la grève.
Et cette maison r En vertu de quelle licence vintelle ainsi chevaucher le rempart ? On l'appelle dans le quartier Maison du Gouverneur, Certes, son aspect est imposant, l'intérieur offre des traces de dorures :
peut-ûtre un gouverneur Ta-t-il habitée. Le fait, malheureusement, n'en dirait pas l'origine, carie premier gouverneur qui, depuis 1578, résida hors du Château, fut Malo-Hercule de Coetquen, vers 1717. Sur tous les points, incertitudes.
Elles deviendront certitudes un jour. Le chercheur trouve parce qu'il doute.
GOUIN DE BEAUCHÊNE (rU.e) 2^^
GOUIN DE BEAUCHÊNE (Rue)
Petite et vieille rue où se rencontraient encore il y a quelques années de pittoresques maisons en bois semblables à celles de la rue du Boyer, sa voisine. Elle était nommée, avant 1831), rue de la Lancclle attendu que, tout jadis, y demeurait un chirurgien fameux qui traitait ses clients par de fréquentes saignées et, sans doute, les guérissait.
Son nom actuel est celui d'un illustre navigateur malouin.
Jacques Gouin de Beauchêne, plus exactement Beauchesne-Gouin, reçut, à la fin du xv!!'* siècle, le commandement d'une expédition envoyée reconnaître la route du Pérou par le cap Horn^. Parti de La Rochelle en 1698, Gouin franchit le détroit de Magellan, longea les côtes du Chili, puis, au retour, doubla le cap Horn, le premier après celui qui Tavait découvert (19 janvier 1701), et rentra, cette môme année, à La Rochelle.
Nous retrouvons ensuite Gouin de Beauchêne sénéchal de Saint-Malo et capitaine général des côtes ; mais la date de sa mort reste incertaine, comme celle de sa naissance.
i. On sait que Saint-Malo faisait alors avec le Pérou un immense et très proliiable commerce.