‹ Saint-Malo historiqueChapitre 118 sur 123 · Il invoquait un canon du concile de Valence ['M'i · texte numérisé non relu

Il invoquait un canon du concile de Valence ['M'i

du pape Eugène III, il congédia les moines (llo2), agrandit Tcglise, devenue sa cathédrale, et entoura la ville d'une muraille continue, modeste commencement des enceintes futures. Jean de Châtillon est le véritable fondateur de Saint-Malo.

Manants, bourgeois et princes pleurèrent la mort du grand évoque (l" février 1163). Son corps fut inhumé dans le nouveau chœur de la cathédrale, du côté de r Évangile, en un tombeau protégé par une grille de fer contre les pieux larcins des fidèles, circonstance qui valut à Jean de Châtillon le nom, mieux connu chez nous, de Jean de la Grille. La voix populaire en faisait un saint; TÉglise Ta mis au nombre des bienheureux. Ses reliques ont été récemment déposées dans un caveau de marbre, sous le maîtreautel du chœur (août 1000).

Dès 1839, Tancienne rue de Ici Corne de Cerf^ fut appelée rue Jean de Châtillon, Elle va de La Croix du Fief à la rue Chateaubriand.

On y voit, au n° 2, la maison de Duguay-Trouin.

Plus loin, exista un couvent du xii*" siècle, dit Coupent des Moines rouges, surnom que le peuple donnait aux Templiers à cause des larges croix rouges qu'ils portaient sur la poitrine et sur le côté gauche

i. Ainsi nommée à cause d'une auberge dont renseigne portait une tôte de cerf avec sa ramure.

JEAN DE CHATILLON (rUE). 2J}

du manteau ^ Ce couvent, qui occupait sans doute un espace considérable, est, en grande partie, disparu. On croit en retrouver de curieux vestiges dans et derrière la maison du n" 12 : des caves servant aujourd'hui d'écuries, de hautes murailles percées de fenêtres grillées, des passages pratiques dans Tcpaisseur des murs. L'immeuble est désigné sur Tacte de vente, Château des Moines rouges,

1. Certains auteurs attribuent ce nom de Moines routes aux moines de Noirmoutiers, qui portaient aussi une croix rouge sur l'habit.

LA METTRIE (Rue de)

Avant le troisième accroissement, elle se terminait rue des Cordiers aux vieux remparts de TEst. Depuis 172i, elle se prolonge jusqu'à la rue de Chartres ^

Julien Offray de La Mettrie, qui lui a donné son nom, fut un bon médecin et un mauvais philosophe.

Une Histoire naturelle de l'âme, ouvrage matérialiste, publié en 1745, lui fit perdre sa place de médecin aux gardes françaises avec Testime des gens religieux et sensés. La Politique du médecin Machiavel, satire atroce contre ses confrères, lui valut des haines implacables. Obligé de s'enfuir à Leyde pour éviter la Bastille (1746), il vint, de là, s'établir en Prusse, où l'appelait son compatriote Maupertuis. Frédéric II fit de La Mettrie son lecteur, son médecin et son ami.

Né à Saint-Malo le 25 décembre 1709, La Mettrie mourut à Berlin le 11 novembre 1751. Par bonheur, au dernier moment, sa foi malouine se réveilla, et le philosophe impie mourut en chrétien.

1. Toutes les rues ouvertes le long des remparts, lors du second et du troisième agrandissement, tirèrent leur nom de la famille d'Orléans : rue Saint-Philippe et rue d'Orléans, en l'honneur de Philippe, duc d'Orléans, régent de France ; rue de Chartres en Thonneur de son fils, Louis I", duc de Chartres.

MAHÉ DE LA BOURDONNAIS (rUE). 27>

MAHÉ DE LA BOURDONNAIS (Rue)

Réunissant sous une même appellation les anciennes rues du Gras-Mollet et du Cheval-Blanc, la rue Mahé de La Bourdonnais commence rue de la Victoire et finit au Fort la Reine.

Son nom actuel lui a été donné en souvenir du célèbre et infortuné rival de Dupleix.

Bertrand-François Mahé de La Bourdonnais naquit à Saint-Malo, le 1 1 février 1690, dans la rue du Gras- Mollet, dit-on. Entré fort jeune au service de la Compagnie française des Indes, il se signala au point d'être nommé, à trente-cinq ans, gouverneur des îles de France et de Bourbon. Le roman de Paul cl Virginie n'a pas exagéré les bienfaits dont son administration combla ces colonies : elle y créa tout.

Lorsqu'en 1743 la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, Mahé de La Bourdonnais, avec une flotte improvisée, vint secourir Dupleix, gouverneur des Indes pour la Compagnie. Mahé prit Madras aux Anglais (1746). Ce fut à cette occasion que s'éleva le malheureux conflit. Dupleix ordonna de raser Madras ; La Bourdonnais permit à la ville de se racheter moyennant 10 millions. Dupleix désavoua La Bourdonnais ; celui-ci emmena ses vaisseaux. Lequel eut tort } Tous deux eurent le tort de ne pas s'entendre ;

mais tous deux pouvaient être de bonne foi. Tous deux avaient une politique et des instructions différentes; tous deux se considéraient chefs indépendants et suprêmes, Tun dans les Indes, l'autre dans les îles africaines et sur les mers. Ce n'est pas seulement au XYiii*" siècle qu'on a vu pareilles mésintelligences.

Quoi qu'il en soit, Dupleix se plaignit de La Bourdonnais, et Dupleix, puissant alors, fut écouté.

Mandé à la Cour pour répondre aux' accusations portées contre lui, jeté à la Bastille, sans avoir pu plaider sa cause, Mahé de La Bourdonnais, après quatre années d'agonie, parvint à se justifier i. Il ne

1. Un point restait obscur. Accusé, dans son procès, d'avoir reçu Madras à rançon, moyennant un cadeau secret de 100,000 pagodes, — un million, — La Bourdonnais se disculpa et fut acquitté sur ce chef, comme sur tous les autres.

Mais voici que, récemment, un ouvrage du colonel anglais Malleson, — Les Français dans les Indes, H 874, — annonça qu'il existait aux archives de VIndia house, Law case^ n* 3!, des pièces contenant promesse à Mahé de La Bourdonnais d'un million en or, s'il consentait au rançonnement de Madras. Un fait nouveau venait-il de se produire? Beaucoup d'historiens le crurent, et des meilleurs. Puis, réflexion vint que le colonel Malleson ne publiait pas les pièces. Il fallait recourir aux documents originaux; chose malaisée car VIndia Iiouse ne s'ouvre pas à tout le monde.

Cependant, grAce aux actives et patientes démarches du Président de la Société historique de Saint-Malo, M. l'avocat Herpin, qui achève en ce moment un travail très documenté sur Mahé de La Bourdonnais, le dossier est enfin sorti des

MAHÉ DE LA BOURDONNAIS (rUE).

jouit pas longtemps de la liberté qui lui fut rendue.et mourut quelques mois plus tard, de « cœur brisé » (I7i>3).

cartons (avril 1002). Or, de son étude approfondie, que M. Hcrpin a bien voulu nous communiquer, il résulte :

1* Que les pièces constituant la Lan' cjsc, n° :;i, datées du 3 mars 17.")'2, ont figuré dans le procès instruit contre Mahé de La Bourdonnais. Il n'y a donc pas de f\nf ncurcju.

2" Que s/, d'après la déposition d'un certain Mr. Manson, le Conseil de Madras convint de payer une somme de loi),(i(iii pagodes à Mahé de La Bourdonnais, cette scmmc, d'après la iTJcme déposition, n\iï>jit pjs ctc exigée par ce dernier ccmiue condition du rjnçonnement de /j ."///*:. Phrase qui aura sans doute échappé au colonel Malicst)n.

3" Que, du reste, cette déposition de Manson n'a jamais été ratifiée par le Conseil de Madras et qu'elle a été éncrgiquement contestée par Mahé de La Bourdonnais dans son procès de Paris.

4° Qu'enfin, des pièces de ce procès, il semble clairement ressortir que Mahé ne voulut point toucher les ImijioO pagodes, car il s'embarqua quelques heures avant le dîner où il savait qu'on devait les lui verser, d'où son acquittement.

L'honneur de notre compatriote est vengé.

MAUPERTUIS (Rue).

Le 17 juillet i698, naquit à Saint-Malo Pierre- Louis Moreaude Mauperluis. Ce futur mathématicien et philosophe servit d'abord dans les mousquetaires gris, puis acheta une compagnie au régiment de La Roche-Guyon. Mais il quitta bientôt l'armée pour s'adonner exclusivement aux mathématiques et fut élu, à vingt-cinq ans, membre de l'Académie des Sciences.

Chargé par le ministre Maurepas d'une mission destinée à déterminer la figure de la terre, Maupertuis répondit avec modestie « qu'il n'était point très sûr de mesurer exactement sa chambre ». Il n'en mesura pas moins un degré du méridien entre Torneo et Kittis, près du cercle polaire arctique (173G). Ce qui lui valut ce quatrain de Voltaire, alors son ami :

Ce globe mal connu, qu'il osa mesurer, Devient un monument où sa gloire se fonde. Son sort est de fixer la figure du monde, De lui plaire et de Téclairer.

Honoré de l'amitié de Frédéric II, qui l'attira près de lui, réorganisateur et président de l'Académie de Berlin (1740), membre de l'Académie française (1743), Maupertuis ne put supporter les railleries de Voltaire avec lequel il s'était brouillé. La Diatribe du docteur

MAUPERTUIS (rue), 279

Akakia lui rendit intolérable le séjour de Berlin et abrégea sa vie.

Il s'éteignit à Bâle, chez son ami Bernoulli, le 27 juillet 1759, rachetant par une mort chrétienne ses jours d'incrédulité.

La rue Maupertuis est une impasse, fermée à rOuest par un bâtiment de T Hôtel-Dieu. Avant le second accroissement et l'ouverture de la rue d'Estrées, elle touchait presque aux remparts du Sud. On ignore le nom qu'elle portait à cette époque. Son unique souvenir du passé est l'ancienne Maison de la Providence des pauvres ^

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