Consulter les plans de Saint-Malo, p. 08 et
construisit la belle batterie qui relie la tour Nord de la Grand' Porte à la porte Saint-Vincent et à La Générale. Ainsi fut gagné le Quartier Saint-Vincent : la place et la rue de ce nom, la rue Garangeau, partie de la rue Sainte-Barbe, la rue Sainte-Marguerite, la rue et la place Jacques-Cartier.
Alors, en bordure des nouvelles rues, commencèrent à s'élever ces magnifiques hôtels aux façades de granit, aux grands toits d'ardoises, aux cheminées monumentales, qui s'harmonisent si heureusement avec les remparts (1709-1715).
En 1714, eut lieu le deuxième accroissement. Il nous valut le Quartier de Dinan tout entier. Partant de La Hollande, comprenant le bastion Saint-Philippe et le bastion Saint-Louis jusqu'à l'Éperon, le nouveau mur d'enceinte alla rejoindre les vieux remparts au bas de la rue de La Mettriez On gagnait la rue Saint- Philippe, la rue d'Orléans, une très grande partie de la rue de Toulouse ainsi que les rues transversales de Vauborel, de Dinan, Feydeau et d'Asfeld, rues que des hôtels plus somptueux encore que les précédents ornèrent en quelques années (1716-1725).
Un troisième accroissement (1721) créa le Quartier de Chartres, A cette époque fut achevée la partie Est
1. Cette section de Tenceinte était provisoire et destinée à tomber lors du prociiain agrandissement. Ce qui advint en 1722. — Voir le plan, p. 58.
du bastion Saint-Louis et bâtie la courtine qui va se soucier à la tour Sud de la Grand' Porte. Sur remplacement de l'ancien rempart auquel s'adossait la rue des Cordiers, s'ouvrirent la rue de Chartres, la rue de l'Abbaye Saint-Jean et les prolongements des rues de La Mettrie et de Toulouse.
Quant au dernier accroissement, le quatrième, il date de 1737 et consista dans la construction d'une courtine, qui, reliant en ligne droite le Fort La Reine à la porte Saint-Thomas, conquit sur la grève les Travaux Saint-Thomas tt l'endos de la rue Chateaubriand.
Le terrain gagné par les troisième et quatrième agrandissements ne se couvrit point d'hôtels, comme dans les deux premiers quartiers. D'abord, les riches Malouins étaient déjà pourvus; ensuite la période d'opulence était passée. La paix régnait entre la France et l'Angleterre : la Course ne remplissait plus les coffres. Rue de Chartres et place des Travaux, on bâtit peu et de façon modeste.
Certains auteurs parlent d'un cinquième accroissement. Mérite-t-il bien ce titre r
Il y a quarante ans environ, la section du rempart comprise entre la tour de Bidouane et le Fort La Reine s'écroulait. En la reconstruisant, on rectifia la ligne, ce qui fit effectivement gagner quelques mètres et permit d'élargir la caserne de la Victoire.
Le cinquième accroissement, très véritable et très considérable, est celui qui s'opère tous les jours au d^là des remparts.
On lit dans les meilleurs Guides : Les remparts de Saint-Malo qui regardent la pleine-mer datent'du xii*" et du XVII® siècle ; le reste de Tenceinte a été construit par Vauban. Nous Tavons déjà en partie démontré, cette dernière phrase n'est pas rigoureusement exacte.
Vauban conçut, il est vrai, pour Saint-Malo un plan général de fortifications, fît bâtir, sous sa conduite, les forts de mer, le bastion du Fort La Reine (1689-1695) et prépara les devis de Taccroissement du Fief. Mais ni les remparts de l'Est et du Sud, — les Grands Murs, — ni, à plus forte raison, les murs Saint- Thomas, ne furent commencés de son vivant. L'ingénieur Garangeau réalisa l'idée du maître, tout en la modifiant quelquefois (1708-1737).
La Ville payant matériaux et main d'œuvre, et payant largement, rien ne fut épargné pour donner aux nouveaux remparts la solide magnificence qui les caractérise.
Ils consistent en une grande batterie et deux bastions pleins, reliés par des courtines. La muraille est un blocage revêtu de moellons équarris, reposant sur des assises de granit, orné de chaînes et de cordons en granit taillé. Également en granit taillé, sont les consoles de^ mâchicoulis, les joues des embrasures, le
dallage des courtines et des bastions ^ Épaisse de plusieurs mètres, cette maçonnerie était à Tépreuve de tous les projectiles alors en usage ^.
. Voilà une rapide vue d'ensemble de Tenceinte moderne ; mais les vieux remparts méritent bien d'être connus ; et les nouveaux, d'être étudiés en détail. Prenons donc l'escalier intérieur qui même sur la porte Saint-Vincent et faisons, comme on dit à Saint-Malo, le « tour des murs ».
Ceci est la Grande Batterie Saint- Vincent, la partie la plus ancienne de la nouvelle enceinte, car elle remonte à l'accroissement du Fief ou premier agrandissement. Pour sa construction, la municipalité avait alloué cent mille livres. Vauban, qui savait les ressources de la ville et voulait faire beau, n'hésita pas à porter ses devis au triple de la somme. Il eut soin toutefois de ménager, sous le terre-plein, des magasins et un étage de chambres ^ dont la location paya, avec
1. Les parties des remparts directement battues par la mer, telles que la courtine Saint-Thomas et la courtine entre Saint- Philippe et La Hollande sont entièrement revêtues en granit taillé.
2. Une expérience récente en a prouvé la solidité. Lorsqu'en 1874, on perça la porte Saint- Louis, les ouvriers renoncèrent à entamer par le fer les murs de la courtine. Les pics étincelaient, s'émoussaient, se brisaient sur la pierre et sur un ciment plus dur encore. Il fallut employer la dynamite.
3. Chambres et magasins n'ont pas cessé d'être occupés. On dit de leurs locataires qu'ils demeurent « sous les murs )^.
le temps, les frais de la muraille. La Grande Batterie va^ de La Générale à la GrandTorte. Dix-huit embrasures dentellent ses parapets : sept enfilaient le Sillon, onze battaient la Petite Grève et les Talards. Dans ces embrasures, s'allongeaient les pièces de i2, de 6 et de 8 qui armèrent les remparts de TEst et du Sud jusqu'à la Révolution.
De la Grand' Porte, une courtine rejoint le bastion Sam/-LoM/s2. Ainsi nommé en l'honneur de Louis XIV, cet ouvrage fut élevé à deux époques différentes : la partie Sud, lors du deuxième agrandissement (1714); la partie Est, lors du troisième (1721). C'est un bastion triangulaire, à faces inégales : celle du Sud, la plus étendue, ouvrant dix embrasures sur la pointe du Naye et l'entrée du port; celle de l'Est,' cinq embrasures sur le port lui-même et les Talards. Au flanc Sud-Est, une couleuvrine balayait les abords de la Grand' Porte ; au flanc Sud-Ouest, deux pièces, croisant leur feu avec les pièces de flanc du bastion Saint-Philippe, défendaient la porte de Dinan.
La longue et belle courtine Sud ^ conduit du bastion Saint- Louis au bastion Saint- Philippe.
1. Ou plutôt allait; car, depuis 1880, la grille donnant sur le square la sépare de la tour et du Château.