‹ Saint-Malo historiqueChapitre 44 sur 123 · Voici la légende de ce nom bizarre · texte numérisé non relu

Voici la légende de ce nom bizarre

Anne de Bretagne visitait son Château et se trouvait sur la tour Nord-Ouest. Une députation de chanoines et de bourgeois étant venue Vy supplier de cesser des constructions si menaçantes pour la ville, l'impérieuse duchesse-reine se contenta de répondre : « Quic en groigne, ainsi sera; c'est mon plaisir ! » paroles qu'elle fit graver sur la muraille extérieure de la susdite tour. — Cette tour porta depuis le nom de Quic-en-groigne.

2. Cette reconstitution de la partie Ouest du Château est due à M. Charles Maigné.

3. La Galère n'apparaît pas sur les gravures du temps avant le commencement du xvii* siècle. D'ailleurs, le mur et le fossé qui la séparent du Château indiquent un ouvrage rapporté.

Une tradition veut que la duchesse Anne ait fait du Château i( un carrosse à son goût » : les quatre tours figurant les quatre roues; le Gros Donjon, la caisse; et La Galère, le timon de

Sud-Est, le pied du Château. Au Nord, la mer d'abord,, puis, après le prolongement de la Chaussée (1589), une douve profonde le défendaient. A TOuest, la courtine de la duchesse Anne et les tours étaient isolées de la ville par de très larges douves, pleines d'eau de mer, que franchissait une chaussée sur arches, coupée de pont-levis^ Quand o|i construisit les quais, des douves, que remplissait aussi la mer, longèrent les murs du Sud- Est. C'est dans ces douves, comblées en 1880, que fut créé le Square du Château 2.

Inexpugnable en apparence, le Château fut pourtant pris une fois... par les Malouins.

C'était en 1590. Honorât de Bueil, comte de Fontaine, gouverneur pour le. roi Henri HI de la ville et du Château, parlait d'y accueillir Henri IV, le nouveau roi. Les Malouins n'aimaient guère la Ligue ; mais ils ne voulaient pas d'un roi huguenot. Chez l'un des capitaines généraux. Protêt, sieur de La Landelle,

la voiture. Le malheur est que La Galère n'ayant été bâtie que longtemps après le Château, le carrosse serait resté plus d'un siècle sans timon.

1. Ces douves de l'Ouest étaient creusées à l'endroit ou s'étend maintenant la place du Château. Successivement rétrécies, elles ont disparu ainsi que la courtine de la duchesse Anne, les ponts-levis et l'avant-cour. — V. p. 80, note.

2. Le Square est bien joli, et les douves étaient infectes; mais elles donnaient au Château plus de cachet en laissant paraître toute la hauteur de ses tours, maintenant au tiers enterrées.

une conspiration s'ourdit. Dans la nuit du 1 1 mars, cinquante-cinq jeunes gens d'élite, conduits par le capitaine Protêt de La Bardelière, se laissaient glisser le long d'un cordage, des murs de la ville ^ au bas de La Générale : la marée basse en permettait Taccôs, et les chiens du guet erraient au loin. Par une échelle de corde que deux complices attachèrent à la volée d'une couleuvrine, la tour est en un clin d'œil escaladée, le corps de garde entevé, la garnison refoulée au Donjon. En môme temps, du côté de la ville, La Landelle se faisait, abaisser les ponts-levis. Vivement pressée, la garnison se ren^Jit. Le comte de Fontaine avait été tué d'une arquebusade.

Bien que depuis cette échauffourée, tous les rois se soient appliqués à ne donner aux habitants que des gouverneurs agréables, ce Château, plein d'armes et de soldats, resta pour la population un objet de méfiance. Sans doute, les canons de ses tours aidaient à repousser les attaques anglaises; mais les Malouins persistaient à voir en lui une bastille tournée contre la ville, plutôt qu'un fort tourné contre l'ennemi. L'emprisonnement qu'y subit La Chalotais^ (l76o-1766)

1. Chaque soir, les clefs des portes étaient remises au gouverneur.

2. Il aurait été enfermé au Petit Donjon, qui, pour cette cause, est parfois désigné sous le nom de tour La Chalotais, Nous donnons cette tradition sous réserves.

aviva encore les rancunes. Aussi lorsque la Révolution laissa chacun courir à sa haine, le Château ne fut point épargné. Le 15 novembre 1792, la foule combla les douves de la première porte et martela sur La Quic-engroigne la fameuse inscription de la duchesse Anne. Le 24 janvier 1793, on démolit la première courtine^ ; on ouvrit dans la seconde ^ une large brèche. L'année suivante, ordre vint de raser les embrasures ayant vues sur la ville et de les remplacer par une main courante en fer (1794). Le peuple souverain n'avait plus rien à craindre du Château monarchique.

On sait peu de choses sur les bâtiments Intérieurs du Château pendant les premiers siècles de son existence. Il n'en subsiste qu'un corps de garde, étrangement placé près du Petit Donjon, et le local, dit Petit Office, qui domine la porte d'entrée. Les salles du Donjon, les étages des tours, suffisaient sans doute à loger le gouverneur et ses gardes. Deux citernes

1. La courtine Ouest, bâtie par la duchesse Anne. Deux tronçons laissés debout en indiquent bien la place. Un rebouchage très apparent en a fait ces deux petites tours carrées, au parapet percé de meurtrières, qui, sur la place du Château, se soudent, Tune à La Générale, l'autre à La Quic-en-groigne.

2. L'ancienne muraille de la ville. On reconnaît facilement à l'appareil de la maçonnerie l'étendue de cette brèche, depuis réparée (1824).

Ainsi les douves, les ponts-levis, l'avant-cour située entre les deux courtines, ont disparu; et la vieille porte Saint-Thomas, seconde entrée du Château, en est devenue l'entrée principale.

fournissaient Teau; les moulins établis sur la tour Sud-Est donnaient la farine nécessaire; le pain cuisait dans les fours de La Quic-en-groigne. A côté de la Grande Citerne, une petite chapelle assurait le service religieux.

Plus tard, au xvii* siècle, lorsque la garnison comprit de 150 à 180 soldats, on construisit la caserne qui s'adosse à la courtine Nord, du Petit Donjon à la tour des Dames; puis Vauban fit élever, au fond de la Grande Cour, une autre caserne, destinée ensuite à rÉtat-Major.

Une chapelle assez vaste, située entre le Donjon et La Générale, remplaça l'ancienne (1G96). Elle était destinée au lieutenant du Roy, à sa famille, à ses officiers et surtout aux soldats de la garnison à qui les franchises de la ville et du Chapitre interdisaient la Cathédrale. Dans Tavant-cour, à Tangle de La Générale, une porte permettait aux étrangers d'entrer à la chapelle, sans pénétrer à l'intérieur du Château. Cette chapelle, très luxueuse, renfermait des ornements précieux et de véritables richesses artistiques, malheureusement saccagées en 1792. Échappèrent au pillage, la Descente de Croix, du peintre Santerre, et le magnifique Christ en ivoire, attribués depuis à la Cathédrale.

Tel qu'il est aujourd'hui, le Château sert de magasins, de bureaux et de caserne d'infanterie.

Le bâtiment du fond de la cour est occupé, au rezde-chaussée, à droite, par les bureaux de rartillerie; à gauche, par ceux du génie. Le premier étage contient la salle d'honneur, et la bibliothèque. L'ancienne caserne reste affectée à cet usage; de plus, les cinq étages du Donjon, plusieurs étages des tours et la chapelle ont été convertis en chambrées.

Désarmé depuis longtemps, le Château fut, en 1870, remis en état de défense, et Ton rétrécit quelques embrasures de ses tours pour y placer des pièces de campagne.

Du xii** au xviii* siècle, la cité malouine se serra, s'entassa, s'entêta, sur les trente-trois journaux de rocher qu'enfermaient ses premiers remparts. Elle avait plus d'une fois renforcé son corselet de pierre, elle ne l'avait pas élargi. Mais, vers la fin du règne de Louis XIV, écoutant la voix de Vauban, elle sortit du « terrain haut » et descendit à la mer par quatre grands pas.

Ce furent les quatre accroissemcnls ou agrandissements successifs de Saint-Malo.

Les trois premiers ajouteront à la ville trois quartiers plus ou moins considérables ; le quatrième, une place seulement.

Projeté et dessiné par Vauban dès 1701, le premier accroissement, dit accroisscmenl du Fief, ne fut entrepris que sept ans plus tard, en 1708, après la mort du maréchal. Son sous-ingénieur, le chevalier de Garangeau, dirigea, suivant le plan tracé, l'exécution des travaux. Ils durèrent deux années (1708-1710).

On démolit le mur de la Beurrerie, la tour de la Poissonnerie, la poterne de La Croix du Fief, en un mot la partie de l'enceinte qui contournait l'anse de Mer bonne ^ ; on combla cet ancien port et l'on

Page 1