‹ Saint-Malo historiqueChapitre 64 sur 123 · SECONDE JJESCEA'TE DE 17 3S · texte numérisé non relu

SECONDE JJESCEA'TE DE 17 3S

Avec la ténacité qui fait une partie de leur force, les Anglais, cette même année, tentèrent une seconde descente près de Saint-Malo. Le 4 septembre 1758, la flotte de Tamiral Howe débarqua 8,000 hommes, dont deux bataillons des gardes et 400 dragons montés, au lieu dit La Garde-Guérin, entre Saint-Lunaire et Saint-Briac. Le général Bligh et le major général Dury commandaient ces forces ; un petit-fils du roi Georges II, le jeune duc d'York, Edouard-Auguste, accompagnait Texpédition. Les Anglais établirent leur quartier général à Saint-Lunaire.

Le choix de cette base d'opérations contre Saint- Malo a toujours paru inexplicable; et Ton- s'est demandé souvent s'il fallait prendre au sérieux le plan des Anglais consistant à canonner des hauteurs de Dinard, les remparts et la ville, puis à y pénétrer en traversant l'estuaire de la Rance.

Ce plan reçut pourtant un commencement d'exécution.

En effet, l'ennemi occupa Dinard et construisit des batteries près de l'Écluse, au Moulinet et à La Vicomte (5 septembre).

Mais les Malouins ne dormaient pas. On veillait aux bastions et aux forts : à Saint-Philippe, à La Hollande, au Petit Bey, à File Harbour. La frégate du roi \di Renoncule et six corsaires s'étaient embossés

devant Dinard : quand la fumée des pièces anglaises eut révélé leur emplacement, une grôle de boulets et de bombes les culbuta.

Renonçant à prendre Saint-Malo de cette façon, Bligh regagna Saint-Lunaire, le 7 septembre. Là, des espions lui signalèrent de nombreux mouvements de troupes vers Lamballe et Dinan. Il ne songea, dès lors, qu'à rejoindre sa flotte, qui était allée s'abriter dans la baie de Saint-Cast. Par Saint-Briac, par Ploubalay, il dirigea Tarmée sur Saint-Jacut, où elle campa.

Les espions disaient vrai. Le duc d'Aiguillon, commandant la province, venait d'arriver de Brest à Lamballe et y concentrait les garnisons voisines ; le tocsin sonnait dans toutes les paroisses appelant aux armes les milices bretonnes; le gouverneur de Saint- Malo, M. de La Châtre, avec Boulonnais, la noblesse volontaire, le bataillon de Fontenay-le-Comte, deux bataillons de garde-côtes, passait à Dinard et prenait la route de Ploubalay; le comte d'Aubigny, parti de Lamballe, avec le régiment de Brie, un bataillon de volontaires, le bataillon de Marande et les dragons de Marbeuf, couvrait Dinan, occupait Plouer, poussait jusqu'à Pleurtuit (8 septembre).

Or, toute cette journée du 8, par une fusillade meurtrière, les quatre-vingts paysans du brave Rioust de Villes-Audrains empêchaient les Anglais de franchir l'Arguenon au gué du Guildo. Le lendemain, un

traître 1 leur indiquait le passage de Quatre-Vaux ; mais c'était vingt-quatre heures de perdues pour eux, vingt-quatre heures de gagnées pour nous. D'Aubigny et La Châtre se rejoignaient au Guildo ; le duc d'Aiguillon et les réserves approchaient de Saint-Potan : le cercle se fermait.

Le 10 septembre, les Anglais, en sortant de Matignon, échangeaient des coups de feu avec nos éclaireurs; le 11 au matin, ils travaillaient à se rembarquer dans la baie de Saint-Cast, lorsque les forces françaises, — régiments de ligne, volontaires nobles et milices, — accourant au pas de charge, parurent de tous côtés.

Il ne restait sur la grève qu'une arrière-garde composée de 3,000 soldats d'élite. En un clin d'œil, malgré les frégates, qui tiraient à boulet et à mitraille, elle eut 2,000 hommes hors de combat : on fit quartier aux autres. « Clémence d'autant plus remarquable, dit rhistorien anglais Smollet, que durant l'expédition à terre, les troupes anglaises s'étaient honteusement souillées par le maraudage, le pillage, l'incendie et cent autres excès. »

Ainsi se termina par une défaite militaire et morale la seconde descente des Anglais sur les côtes malouines.

Depuis 17o8, Saint-Malo n'a pas été assiégé.

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