PREMIÈRE DESCEXTE DE 17SS
Pendant la fatale guerre de Sept-Ans, les flottes britanniques, maîtresses de la Manche, insultaient librement les côtes de Bretagne et de Normandie. Elles venaient de ruiner Cherbourg; elles n'oublièrent pas Saint-Malo, la vieille ennemie. Par deux fois, en Tannée 1 758, les armées anglaises prirent pied sur nos rivages ; avec des succès divers, il est vrai.
Leur première descente se fît à Cancale. Le 5 juin 1758, cent quinze vaisseaux, flûtes ou frégates débarquèrent, au port de La Houle, 15,000 hommes et quelques pièces de campagne. L'amiral Howe commandait la flotte, lord Marlborough ^ commandait les troupes de terre.
Marlborough assura d'abord ses communications en occupant Saint-Méloir, Saint-Coulomb et Paramé ; puis, le mercredi 7 juin, se dirigea vers Saint-Servan à la tête de 12,000 fantassins et cavaliers. Il s'empara de ce faubourg, sans coup férir, y logea ses troupes et, tantôt de la place du Naye, tantôt du promontoire de La Cité, se mit à étudier Saint-Malo et ses défenses. Cette étude faillit lui coûter cher. Les canonniers des bastions Saint-Louis et Saint-Philippe, qui épiaient les mouvements de l'ennemi, faisaient feu dès que
1. Charles duc de Marlborough, descendant, par les femmes, du fameux Marlborough, héritier du nom et du titre.
paraissaient les habits rouges. Le duc eut un dragon d'escorte tué à ses côtés. II put constater d'ailleurs que la ville était sur ses gardes : les bourgeois aux remparts, le régiment de Boulonnais en bataille sur les quais, des canons à Tentrée du Sillon. Voyant qu'un assaut serait très chanceux et qu'un siège, avec les pièces de 4 qu'il avait amenées, serait impossible; apprenant que des renforts accouraient de Normandie, Marlboroughse contenta de «faire le dégât alentour». Par son ordre, on incendia les magasins de la marine, les corderies du Talard, tous les navires mouillés en Solidor, au port Trichet, dans les grèves de Chasles et du Val (7 et 8 juin). Les pertes s'élevèrent à plusieurs millions.
Effroyables « brûleries » dont la marine royale, la marine corsaire, le commerce de Saint-Malo, se ressentirent longtemps. Mais « toutes ces fumées » ne donnaient pas la ville aux Anglais. Après avoir évacué Saint-Servan, Paramé, Saint-Méloir, ils se rembarquèrent, à Cancale, en si belle ordonnance que ni Boulonnais, ni les gentilshommes volontaires, ni les dragons de Marbeuf, qui les avaient suivis pour les harceler, n'osèrent troubler leur retraite (12-13 juin IT'iS).
Trois mois plus tard , les choses se passèrent autrement.
158 LA YILLE MILITAIRE.