‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 1 sur 153 · MESSEIGNEURS · texte numérisé non relu

MESSEIGNEURS

L'histoire de Tabbaye de Ligugé ne pouvait paraître que sous les auspices de Vos Gran- DEURS5 si étroitement unies par les liens d'une même affection pour ce berceau de la vie monastique en Occident.

Les moines de Saint-Martin de Ligugé n'oublieront jamais que s'ils habitent cette solitude vivifiée par le séjour et fécondée par la charité de l'incomparable Thaumaturge des Gaules,

c'est au nouvel Hilaire qu'ils doivent cet honneur et ce bonheur. Or si la reconnaissance est une obligation pour tous, c'est un devoir sacré pour les Bénédictins de Ligugé. Elle leur a été imposé par saint Martin luimême, qui leur a transmis, comme un héritage inaliénable , les sentiments d'amour filial et de respectueuse gratitude dont il était animé envers son Maître le grand Hilaire.

Les motifs sont d'ailleurs les mêmes. Hilaire donna à Martin sa propriété de Ligugé ; son successeur Ta enlevée aux mains séculières.

Hilaire fut, jusqu'à son dernier jour, le père et, probablement aussi, la Providence de saint Martin et de ses enfants ; avons-nous besoin de dire que son successeur a été et est aussi pour nous un père et une Providence?

Aussi bien , le monastère de Ligugé sans Hilaire n'eût pas existé; sans le nouvel Hilaire, il fut resté enseveli dans la mort. Or les fruits , surtout les premiers , appartiennent sans conteste à celui qui, par une grefife heureuse et féconde, a rendu la vie à l'arbre desséché.

D'autre part, la parole écrite, inspirée par

un grand amour , est une seconde paternité.

Elle fait revivre ce qui était mort dans le souvenir des hommes ; elle produit l'intérêt et la pensée de renouveler ce qui dépérissait, de reconstituer ce qui était détruit.

Ainsi fit le savant et pieux successeur de saint Ausonne, alors qu'il était placé à la tête des jeunes lévites du diocèse de Poitiers.Ligugé lui doit d'avoir été plus connu, plus aimé,mieux apprécié dans son passé et dans les espérances qu'il pouvait offrir. N'est-ce pas là une seconde naissance ?

En présence de ce double titre à notre gratitude, MfisSEiGNEURS, il m'a semblé que je ne pouvais séparer deux noms d'ailleurs si cordialement unis.

Daignez donc, Messëigneurs, accepter l'hommage de ce premier fruit de mes recherches et de mes veilles sur l'histoire de cette province du Poitou. Sans doute son peu de mérite littéraire le rend indigne de l'éloquence et de la science qui vous distinguent; mais saint Martin, qui forme comme le noyau succulent de tout ce récit, vous fera peut-être oublier ce que l'écorce lui enlève de beauté et de saveur.

C'est dans cet espoir que j'ose vous prier d'agréer ce faible témoignage de mon amour filial, et des sentiments de profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être,

Messeigneurs,

de Vos Grandeurs le très-humble et très-obéissant serviteur ,

Fr. François Ghamard,

Bénédictin de l'abbaye de Ligugé.

« Poitiers^ le ^ décembre 1872.

« Mon Révérend Père,

< Vous avez fait un acte de justice en dédiant

à mon vénérable frère d'Angoulême votre étude

sur saint Martin et son monastère de Ligugé. Si

naon nom^a pu m'^riter d'être associé au sien

dans votre dédicace , je le dois aux pages qu'il a écrites autrefois sur ce monastère. C'est

cette lecture qui m'a inspiré, tandis que je me préparais à la consécration épiscopale, le dessein de recouvrer cette antique abbaye, et de rendre aux fils de saint Benoît le berceau de l'Ordre monastique dans les Gaules.

€ Une étude plus détaillée vous a permis d'ajouter des particularités intéressantes à celles que la plume du docte prélat nous avait révélées. J'aime à bénir ce premier fruit de votre travail, et je l'agrée comme le gage de la publi-

cation, désormais prochaine, de vos savantes recherches sur V Histoire ecclésiastique du Poitou,

a Croyez, mon Révérend Père, à mon bien particulier dévouement.

« f Louis-Édouard, év, de Poitiers. >

« Angoulême^ le 8 décembre 4872.

« Mon Révérend et très-cher Père,

« Malgré mon état de soufifrance et d'infirmité , je me suis empressé de lire votre curieuse Histoire du monastère de Ligugé. J'ai admiré le parti que vous avez su tirer de vos savantes recherches pour éclaircir tant de points restés obscurs jusqu'à vous , dans cette longue suite de pillages et de dévastations. Je n'avais fait qu'effleurer ce sujet dans mon petit Mémoire rédigé, il y a plus de trente ans, pour attirer l'attention du gouvernement sur la charmante église de Saint- Martin. C'est pourtant à ce titre que je dois, je pense, l'honneur d'être associé, dans votre épître dédicatoire , à mon vénérable ami , Mgr l'Évéque de Poitiers, le vrai restaurateur de cet antique monastère. Parmi tant d'œuvres qui honorent son glorieux épiscopat,

celle-ci est certainement une des plus heureuses et des plus fécondes : elle était vraiment digne du successeur de saint Hilaire.

c L'antiquité ecclésiastique n'a rien de plus touchant que les origines de Ligugé, que les travaux réunis de saint Hilaire et de saint Martin, pour préparer la régénération de la société au monoent de la chute de l'Empire romain. Aujourd'hui, que cette même société est menacée de retomber sous l'empire de l'ancien paganisme, c'est la pensée des meilleurs esprits qu'elle ne pourrait être relevée, comme autrefois, que par le concours des travaux de l'épiscopat, du clergé séculier et de l'Ordre monastique.

.€ Mgr TEvêque de Poitiers a déjà beaucoup fait pour cette grande œuvre ; et vous, mon Révérend Père, vous l'y aidez puissamment par vos savants travaux. Votre Histoire de Ligugé nous donne un avant-goût de cette Histoire de VÉglise de Poitiers que vous nous avez promise, et qui doit contenir tant d'utiles enseignements. Je^ ne la lirai point : elle ne peut paraître désormais qu'après ma mort.

Mais ceux qui la liront ne pourront que bénir Dieu de vous avoir inspiré la pensée de con-

sacrer à un tel sujet votre science et vos talents. Je l'en bénis moi-même dès maintenant, et suis avec un tendre respect, mon Révérend et très-cher Père,

€ Votre très-humble et obéissant serviteur, a •{• Antoine-Charles, év. d'Angmlême.i^

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