‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 2 sur 153 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Tout le salut nous vient de la croix et se perfectionne par la croix. Le salut de l'Église, comme le salut des fidèles, n'a pas d'autre fondement, ni de plus précieuse couronne.

Pendant trois cents ans, le sacrifice du Calvaire s'est perpétué par le sang des martyrs, qui, mêlé au sang du Rédempteur, a fécondé le « monde romain et les pays barbares assez heureux pour recevoir la semence divine.

Mais à côté de ce sacrifice du sang, le Sau- .

veur en a institué et produit un autre non moins salutaire, et destiné à compléter l'œuvre de la régénération humaine. Ce sacrifice non sanglant est l'État religieux, dans lequel l'homme s'immole tout entier dans le but de mériter la sanctification de son âme et de son prochain.

D'abord semblable au grain de sénevé, semé par Jésus-Christ lui-même dans le champ de la sainte Église, il grandit peu à peu, sur le sol arrosé par le sang des héros chrétiens. Puis, lorsque la persécution cessa de frapper ses innocentes victimes, il prit aussitôt des pro-

portions immenses, et bientôt tous les peuples du monde catholique s'abritèrent sous ses rameaux protecteurs.

Au moment où Diociétien et tous les Césars de sa création sévissaient avec le plus de fureur contre le christianisme, qu'ils croyaient pouvoir anéantir, Dieu suscitait dans les solitudes d'Egypte saint Pacôme et saint Antoine, qui préparaient à l'Église cette milice nouvelle pour les combats futurs. Ces deux grands maîtres de la vie monastique acquirent en peu de temps une renommée universelle ; de toutes parts on répéta leurs noms vénérés.

Le désert se peupla de monastères formés par leurs mains ou leur influence ; et à peine l'Église avait-elle joui depuis quelques années de la paix de Constantin, que la bonne semence répandue par eux couvrait tout l'Orient. La Palestine, la Syrie, la Mésopotamie, l'Asie mineure accueillirent avec enthousiasme la nouvelle institution.

Toutes les intelligences élevées et les cœurs généreux se firent un devoir d'entrer dans cette voie de perfection et s'en constituèrent les courageux défenseurs. Saint Éphrem, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Épiphane, saint Jérôme, saint Jean Chrystôme, c'est-àdire, tous les génies chrétiens qui illustrèrent rOrient,après avoir été des moines admirables, devinrent les champions dévoués de l'Ordre mo-

nastique, en même temps que les flambeaux de rÉglise universelle. Que le lecteur nous pardonne de citer quelques paroles du plus éloquent de ces grands Docteurs de TÉglise» de saint Jean Ghrysostôme : c Les monastères , s'écrie-t-il dans sa première homélie sur l'épltre à Timotbée, les monastè'res i ce sont des ports tranquilles, ce sont des phares sublimes, destinés à éclairer ceux qui en approchent. Assis sans crainte dans leur port assuré, les moines communiquent la paix qu'ils possèdent à quiconque les aborde; pleins de là lumière divine, ils dissipent les ténèbres de ceux qui les contemplent de près. Oh I recevez-les avec amour, baisez leurs pieds sacrés, car ils sont saints, leurs pieds, tout vils qu'ils paraissent. La tête même d'un profane est indigne de respect ; mais les pieds des saints contiennent une puissance divine, puisque la poussière qui s'en échappe attire la colère de Dieu. Va donc, dirige tes pas vers les demeures des saints. Aller dans le monastère habité par un saint moine, c'est faire le voyage de la terre au ciel. >

Il faudrait citer tout le traité de cet incomparable Docteur contre les détracteurs de la vie mcH nastique pour avoir une idée des pages éloquentes que lui dicta son zèle en faveur de la vie religieuse.

Mais que dévenait TOccident en face de ce grand mouvement de TOrient tout entier ?

Demeura-t-il indifférent, lui qui, depuis sadnt Pierre, est devenu le centre de l'unité catholique et le foyer de toutes les lumières et de toutes les inspirations chrétiennes? Dieu ne le permit pas. •

Nous avons dit que le germe de la perfection religieuse avait été déposé par Jésus-Christ luimême dans le champ de son Église. L'Occident a donc dû produire , de bonne heure, aussi bien que TOrient, ses plantes et ses fruits d'ascétisme chrétien. Nous en verrons bientôt la preuve dans la vie de saint Martin.

Toutefois c'est à l'Orient que le monachisme d'Occident empruntera sa forme et ses constitutions définitives. Pour réaliser cette mission, Dieu suscitera surtout deux hommes destinés à propager et à. couvrir de l'autorité de leurs noms l'œuvre de saint Pacôme et de saint Antoine. Ces deux hommes sont saint Athanase et saint Hilaire, les deux champions de la Consubstantialité du Verbe ; comme pour nous apprendre que l'amour du Fils de Dieu produit infailliblement l'amour de l'état religieux, qui en est la plus haute expression.

Qui ne connaît saint Athanase, cette colonne inébranlable de la foi catholique, contre laquelle, pendant plus de trente ans, vinrent se briser toutes les fureurs de l'hérésie arienne?

Mais comment cet homme admirable pourra-t-il remplir son rôle providentiel ? Dieu y pourvoit* Il permet à satan de susciter contre lui la plus violente tempête. L'empereur Constantin luimême» trompé par les calomnies des ariens, condamne à l'exil cet intrépide défenseur de la vérité et le relègue à l'extrémité de l'empire, dans la ville de Trêves, sur les bords du Rhin (an 336). MaisDieu, qui, à côté de la tribulation, ne manque jamais de placer le contrepoids de la consolation, avait préparé au saint exilé un cœur dévoué, digne de le comprendre. Cet ami, qui lui restera fidèle jusqu'à la mort, c'est l'archevêque Maximin , le plus illustre prélat que possédât alors l'Église des Gaules et l'une des plus belles gloires du Poitou, sa patrie. Jeune encore, Maximin avait quitté son pays et sa famille ', comme nous l'avons raconté ailleurs *, pour aller se consacrer à Dieu près de son compatriote saint Agritius ', archevêque de Trêves, dont il devint le successeur.Par l'influence de sa sainteté et la renommée de sa doctrine, il avait attiré autour de lui toute une phalange de glorieux enfants du Poitou. C'est d'abord saint Paulin *, qui, élevé à son tour

Page 1