‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 113 sur 153 · TiUem. Hùt. ecclés,, x · texte numérisé non relu

TiUem. Hùt. ecclés,, x

2. Exinde (après son congé obtenu), relicta militia, sanctum 'HUarinm Pwtava episcopum eivitatiSf eu jus tune in Dei rébus

speetata et cognitafideshabebatur, expetivit, (Sulpie. Sev., Vita S. Martiniy c. 6.)

D'autre part, lorsque les Poitevins et les Tourangeaux se disputèrent la possession du corps de saint Martin, ceux-ci objectèrent aux Poitevins que, avant d*avoir été moine à Ligugé, saint Martin avait fondé un monastère à Milan ; mais ils n^alléguèrent aucun autre lieu oii il eût mené la vie monastique.

Au contraire, Baronius et Gervaise, auteur de la Vie la plus complète de saint Martin, admettent tous les détails de l'expédition de Worms rapportés par Sulpice-Sévère. Après avoir proposé diverses corrections dans les chiffres relatifs à l'âge de saint Martin au moment de son enrôlement et de son baptême, et au nombre des années pendant lesquelles il porta les armes, ces deux écrivains s'accordent sur ce point, que ce fut sous Julien l'Apostat et à Worms que notre saint obtint son congé, et qu'il vint aussitôt à Poitiers trouver saint Hilaire.

Mais contre cette opinion se dresse une impossibilité historique. Julien l'Apostat fut créé César le 6 novembre 355, et Constance lui donna pour son département les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Parti de Milan le l®"* décembre, le nouveau César arriva avant la fin de l'année à Vienne, où il employa le reste de l'hiver à réunir des forces contre les barbares, qui s'étaient avancés jusqu'à Autun.

Le 24 juin 356, Julien était à Autun. Après quelques escarmouches contre les barbares, il se dirigea sur Troyes. et atteignit enfin la ville de Reims, où toute son armée avait reçu Tordre de l'attendre.

Encouragés par la promesse d'une forte récom-

pense, les Romains battirent les Allemands à Brocomagus en Alsace, au mois d'aotlt ou de septembre de la même année 356 , et s'avancèrent jusqu'à Cologne. Tous ces faits sont tirés des auteurs contemporains, et en particulier d'Ammien Marcellin, témoin oculaire. Ainsi Julien n'a pu se rendre à Worms (si jamais il y est allé) avant le mois de septembre 356, et par conséquent saint Martin , d'après Gervaise , n'a pu quitter l'armée et venir se placer sous la direction de saint Hilaire à Poitiers, avant le mois d'octobre 356.

Étudions maintenant les événements concernant saint Hilâire, à la même époque.

Ce saint docteur nous apprend lui-même, au début de son Livre de Synodis *, qu'au moment où il écrivait cet ouvrage, à la fin de l'an 358, il y avait trois ans entiers qu'il s'était séparé de la communion de l'hérétique Saturnin, évêque d'Arles. D'autre part, dans son libelle contre Constance, composé, sinon publié, incontestablement pendant son exil *, et du vivant de Constance, c'est-à-dire en 360, il nous dit que cette excommunication portée contre Saturnin a eu lieu pendant l'année que furent exilés saint Eusèbe de Verceil et saint Denis de Milan *, et cinq

1. s. Hilarii llb. de Synod, n. 2 : d Negata ipsi (Satumino) Tisquehoc tempus, toto jam tbiennio, communione. d La date de la composition de cet ouvrage ressort surtout du n» 8. (Cf. Tillemont, Hût. ecclé., vi, 443 ; vii, 749.)

2. Atque exinde, toto hoc tempore in exsïlw detejitns (Llh. contra Consiantitmi^n. 2).

3. 8, HUar, lÀh, contra Gmstantium, ïï9 2 : Post sanctorum ▼irorum ezilia Eusebîi, Luciferi, Dionisii, quinto abhmc anno, a Saturnini et Ursatii et Valentis commv/nione wc, cum Oallica* nis ep%8C0;pi8y separavi.

ans avant l'époque où il écrivait, et partant au commencement de l'année 355. Or l'excommunication de Saturnin ayant été la cause de l'exil du saint évêque de Poitiers, en excitant contre ce dernier la haine de l'éveque excommunié *, il faut que cet exil ait suivi d'assez près la sentence d'excommunication. On ne peut donc reculer plus loin que le mois de mai ou de juin de l'an 356 * la date du décret qui reléguait en Phrygie notre saint défenseur de la foi catholique.

Cette date résulte, non-seutement de ce que nous venons de dire, mais encore de l'affirmation formelle de Sulpice- Sévère dans son Histoire ecclésiastique. Cet écrivain nous dit en effet ' que, lors de la réunion du concile de Séleucie par ordre de Constance, saint Hilaire était déjà dans la quatrième année de son exiL Or tout le monde convient que le concile de Séleucie s'ouvrit le 27 septembre 359 *.

Saint Hilaire avait donc été exilé avant le 27 septembre 356 : autrement, au moment ôii s'ouvrit le concile, il n'aurait pas été dans la quatrième année de son bannissement.

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