BoUand, Aot SS. ad diem IX ootobris
2. Oe fait même que saint Savin, malgré la noblesse de sa naissance, acœpta la charge.de précepteur de.son jeûne cousin, détermine 'approximativement l'époque où il vivait Ce ne peut être que la fin du iv** ou le commencement du Vf siècle, comme Vont conjecturé les Bollandistes (ZîpV?. ci^.)
parent. Il le comblait de marques d estime, lui attinbuait de riches honoraires et l'entourait de toute sa considération.
De son côté , Savin remplissait ses fonctions avec un soin religieux. Il s'efforçaitd'enseigner àsonélève les voies de la sagesse divine, autant et plus que les subtilités de la dialectique et les habiletés de l'éloquence humaine. Qui dira les exemples de vertus donnés par notre saint à la ville de Poitiers, pendant les huit ou dix ans peut-être qu'il cultiva, comme une plante aimée du ciel, l'esprit et le cœur de son jeune cousin? A part un vêtement fort simple et tout au plus une modeste monture, dit son historien, il ne gardait rien pour lui des richesses et des présents qu'on lui prodiquait. Les pauvres en avaient seuls le bénéfice. Il aurait cru commettre un vol s'il s'était réservé quelque chose des fruits de son dévouement : le gain à ses yeux en était tout céleste.
A une pareille école, le disciple ne tarda pas à sentir dans son âme un irrésistible attrait pour la vie religieuse et le dépouillement de toutes les vanités de la terre. Sans aucun doute, le maître et le disciple, dans les promenades qu'ils faisaient à cheval dans les environs de la ville de Poitiers , avaient souvent dirigé leur course du côté du monastère de Saint* Martin de Ligugé. Peut-être même avaient-ils vu le saint thaumaturge encore à la tête de cette fervente communauté. Du moins avaient-ils respiré le parfum de ses vertus , dont le souvenir était encore vivant dans les âmes instruites à son école. Le jeune élève de Savin avait été fortement impressionné par les exemples de renoncement, de silence, d'bumilité et
do charité qu'il admirait dans ces solitaires, dont un grand nombre avaient rempli des charges honorables dans l'État.
Un jour donc il quitta secrètement son père et sa mère, et courut se réfugier dans la solitude après laquelle il aspirait depuis longtenxps. Cette détermination jeta la consternation dans sa famille ; sa mère,, mourant de douleur, conjura Savin d'aller lui-même au monastère de Ligugé essayer de persuader à son jeune disciple de revenir sous le toit paternel, d'où son départ avait banni le bonheur. Savin accepta volontiers la mission , mais dans un sens tout différent de celui qu'on voulait lui imposer. Il résolut d'aller, lui aussi, expérimenter les charmes surnaturels renfermés dans l'obéissance et l'abnégation de soi-même. Il partit, il fit l'expérience , et il fut subjugué. Au lieu du maître, ce fut le disciple qui triompha dans cette lutte inégale.
Savin demeura trois ans entiers sous le joug de la discipline religieuse dans le monastère de Ligugé; et tels furent ses progrès dans la sainte observance, qu'il devint, en peu de temps, un modèle et un guide.
Mais lorsque le parfum de sa vertu eut embaumé pour de longs siècles la riante vallée du Clain, Dieu lui inspira de chercher ailleurs quelque retraite plus profonde et plus ignorée des hommes.
Dans ces commencements de la vie monastique on voit souvent les saints abandonner leur cloître pour aller chercher ailleurs le repos ou l'oubli des hommes. On serait tenté parfois de condamner leur inconstance. Et cependant, lorsqu'on étudie de plus près les loii de la Providence dans l'œuvi^e de la vie
religieuse, on ne tarde pas à reconnaître que ces saints n'étaient que les instruments d'un plan formé par la sagesse divine. Dans les premiers âges du monde, Dieu inspirait aux hommes la pensée de se répandre dans les contrées encore inhabitées. Il en devait être ainsi dans les premiers âges de la vie monastique. Les hommes voués à la prière se sentirent poussés par le même Esprit de diffusion universelle. Ce phénomène s'était manifesté au lendemain de la Pentecôte, et il se manifestera au berceau de toutes les grandes œuvres de l'Esprit de charité, dont l'essence même est de se communiquer et de se répandre avec effusion.
Donc saint Savin fut inspiré, lui aussi, de quitter sa cellule de Ligugé, et d'aller porter jusque dans les montagnes des Pyrénées le germe fécond et salutaire delà vie qu'il avait puisée, à la source même, dans le monastère de Saint-Martin. L'amour de la patrie, pris dans le sens le plus élevé, n'était peutêtre pas étranger à cette résolution. Notre saint partit et s'arrêta dans le diocèse de Tarbes *, auprès d'un abbé d'un petit monastère , nommé Fronimius *, qu'il connaissait déjà, ce semble , et qui peut-être avait été envoyé du monastère de Ligugé dans ces contrées sauvages par saint Martin lui-même.
Quoi qu'il en soit, Fronimius se laissa persuader
1. Vigorritanam civitàtem viator ingi*editur ( Vita S. Saviuif Uc. oit. n* 2): Le mot aivitag aux rv« et ▼• siècles, avait la signiflcation de territoire.
2. Quo in loco JB'ronimuvm abbatem pavais o^im nwnaohis reperit (ibid) On volt ici la confirmation de ce que nous disions plus haut, qu'à cette époque primitive les supérieurs, même 4es plus petites communautés, portaient le titre d'abbé.
par son ami, et tous deux abaudoniièreiit la vallée de l'Adour pour s'enfoncer dans les profondeurs des montagnes. Ils y rencontrèrent une grotte solitaire , dans un lieu de difficile accès, et d*ou s'échappait un petit filet d'eau, qui pouvait suffire à étancher la soif. C'est là que Savin s'établit pour le reste de ses jours. L'abbé Fronimius, voulant seconder son pieux dessein, lui envoya son diacre Julianus, sans doute pour le servir dans la célébration des saints mystères, que, selon la coutume de ce temps , les anachorètes pouvaient offrir dans le lieu de leur habitation ou sur un rocher de leur caverne. Le diacre Julianus étant tombé malade, l'abbé Fronimius s'empressa d'envoyer au saint ermite un autre de ses disciples, le diacre Silvanus. Ainsi fut constituée une sorte de petite communauté dont saint Savin était le chef.
Malgré son éloignement, notre saint ne put empêcher les fidèles de venir, jusque dans son rocher, lui demander le secours de ses prières et implorer sa puissante intervention auprès de Dieu ; et l'on raconte que bien souvent leur foi fut récompensée par des miracles.
Ainsi vécut, pendant treize ans encore, notre pieux ermite. Après sa mort, qui arriva le 9 octobre, le monastère bâti autour de son sépulcre prit des accroissements de plus en plus considérables. Au ix*" siècle, il fut détruit par les Normands ; mais, rétabli cent ans après, il a persévéré jusqu'à la Révolution française, sous la règle de Saint-Benoît, et le patronage de son vénérable fondateur. Au xie siècle , l'abbé Bernard y fit construire une église en l'honneur de gaint Martin , sans'doute en
mémoire du séjoui\ que' saint Saviii avait fait à Ligugé.
Quant aux restes précieux du [corps de saint Savin, ils ont heureusement échappé à la destruction. Ils reposent encore dans l'église de l'antique abbaye de Lavedan. Mais les moines ne sont plus autour de son tombeau pour chanter les louanges de Dieu. Un bourg s'est formé sous le nom du saint solitaire, et l'église du monastère est devenue Téglise du village , situé àl peu de distance d'Angelis , et à quelques lieuesS de jfiagnères , dans le diocèse de Tarbes. Monseigneur Pie , évéque de Poitiers, dont réloge appartient plus à la postérité qu'à la génération contemporaine, s'occupait depuis quelque temps, avec un zèle digne de saint Hilaire, de ressusciter l'antique monastère de Saint-Martin de Ligugé, lorsque, se trouvant à Bagnères, il se sentit pressé de visiter ce sanctuaire de Saint-Savin de Lavedan. Ce fut le 3 jjuillet . 185â qu'il accomplit ce pieux pèlerinage. Le successeur de saint Hilaire venait, après quinze siècles, rendre ses hommages à l'un des plus illustres disciples de saint Martin; mais l'émineut prélat ne voulut pas quitter les reliques du bienheureux sans emporter du moins avec lui l'espoir d'enrichir bientôt son futur monastère de Ligugé de quelque portion notable de ce riche trésor. N'était-il ; jpas juste que le ^ saint solitaire vîntj prêter l'appui de sa présence à la restauration du monastère qu'il avait aimé et sanctifié pendant sa vie ? Aussi Monseigneur l'évéque de Tarbes s'empressat-il de faire droit à la requête de son illustre collègue.
Nous raconterons plus loin comment cette pré-
cieuse relique fut reçue par les nouveaux moines de Ligagé. Disons seulement ici que depuis lors, chaque année, le 11 octobre, la fête du bienheureux Savin est célébrée avec une grande dévotion par la communauté de' Saint-Martin de Ligugé, qui se fait un devoir d'unir aux sentiments de gratitude qu'elle doit au digne successeur de saint Hilaire, le culte des souvenirs de son passé.