De Miraeia. 8, Martmiy lib. IV, c
l'on dit rfu'il rendit la vie à un trépassé. J'y mêlai mes larmes avec mes prières . j y célébrai solennellement la messe, puis je m'informai auprès de l'abbé si Dieu n'avait pas opéré dans ce même oratoire quelques miracles. L'abbé m'affirma devant les moines réunis que souvent les aveugles y recouvraient la vue et les malades la santé. Mais, Seigneur, ajouta-t-il, puisque ces prodiges paraissent vous intéresser , je vais vous raconter ce qui est arrivé tout récemment. Une femme des environs de ce lieu, frappée de paralysie, vivait complètement perdu l'usage de tous ses membres.
Placée sur unecharette, elle allait, traînée par des bœufs, visitant çà et là les maisons des riches pour subvenir aux besoins de son indigence.
Transportée ainsi jusqu'en cet oratoire, elle se prosterne sur le pavé , puis s'avançant avec de lents efforts, elle baise dévotement le voile qui couvrait la sainte balustrade, en disant: « bienheureux confesseur, je crois que vous êtes ici présent, je confesse que vous avez ici ressuscité un mort. J'ai confiance que , si vous le voulez, vous pouvez'me rendre la santé comme autrefois vous avez rendu l'âme au trépassé en brisant les portes de l'enfer. » En prononçant ces paroles, elle arrosait ses joues de larmes abondantes. Or voici (jue, sa prière étant à peine achevée, la puissance du bienheureux pontife réintégra tout ce qui était desséché, tout ce qui était contracté , tout ce qui était paralysé dans le corps de cette femme, a Pareillement, un autre paralytique, étant venu a à ce monastère, n'eut pas plus tôt touché le voile a de cette balustrade qu'il fut délivré de toute infir-
i mité et se retira plein de santé. Ainsi parla l'abbé « de Ligugé. a
Après avoir accompli son pèlerinage , le saint évêque de Tours poursuivit sa route et se rendit jusque dans le diocèse de Saintes, où les habitants lui racontèrent le miracle opéré dans cette contrée par Martin et que nous avons précédemment rapporté *.
Mais si Ligugé doit se glorifier d'avoir donné rhospitalité au saint évéque de Tours, à qui la reconnaissance a fait décerner le titre deP^r^ de notre histoire nationale, le même monastère ne doit pas être moins fier de la sympathique amitié qui unit pendant plusieurs années Tun de ses abbés à Tun des plus grands et des plus illustres martyrs de TÉglise (le France. Saint Léger, qui touchait par sa parenté à la race royale des Francs, et qui par sa naissance appartenait peut-être au Poitou, avait été confié tout enfant aux soins de son oncle Didon, évêque de Poitiers. Celui-ci le plaça sous la direction d'un prêtre aussi instruit que prudent, qui lui fit faire, en peu d'années, ded progrès rapides dans la science et dans la vertu. Comme saint Savin, le précepteur du futur évêque d'Autun conduisait souvent son élève sur les bords du Clain, jusqu'à Ligugé, où les moines se livraient avec zèle à l'étude. Parmi ces moines s'en trouvait un surtout, remarquable par son éducation et ses connaissances. II se nommait Ursinus, Le pieux. jeune homme se lia avec lui d'une sainte amitié, et lorsqu'il devint plus tard archidiacre du diocèse, il aimait à venir puiser dans la solitude de Ligugé les