‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 38 sur 153 · DE LA RÈGLE DE SAINT BENOÎT A LIGUGÉ · texte numérisé non relu

DE LA RÈGLE DE SAINT BENOÎT A LIGUGÉ

Les deux monuments littéraires élevés par la science et la piété de Tabbé Ursinus et de son disciple Défensor^ viennent de nous montrer avec quelle religieuse fidélité les moines de Ligugé avaient coHservé, jusqu'à la fin du vu« siècle, sur l'importance de la culture de Tintelligence, les paternels enseignements de saint Martin et de saint Hilaire, leurs illustres fondateurs. Mais les autres règlements transmis par ces deux grands hommes n'avaient-ils également subi aucun changement depuis le iv« siècle?

Pendant deux cents ans les monastères des Gaules avaient vécu des traditions apportées de l'Orient par saint Athanase, saint Eusèbe de Yerceil et saint Hilaire, perfectionnées, vivifiées parles lt,?Ciis et les exemples de notre admirable saint Martin. Mais, au vie siècle, saint Benoît parut, et, sous l'inspiration du Saint-Esprit, rédigea sa Règle, chef-d'œuvre de discrétion et de sagesse eu toutes choses, véritable constitution modèle de tout gouvernement solide et durable. C'était le fruit de l'expérience et de ce tact romain qui a subjugué le monde. Toutefois, afin de montrer que son œuvre n'était pas une innovation , mais une restauration basée sur les assises posées par les

grands maîtres qui l'avaient précédé , le saint législateur eut soin de rappeler à ses disciples que son enseignement n'était que l'écho de celui de saint Basile et des saints Pères ; et pour graver cette pensée plus profondément dans leur esprit, il voulut que les oratoires du Mont-Cassin fussent dédiésj'un à saint Jean-Baptiste, lautre à notre admirable saint Martin, le grand propagateur de la vie religieuse en Occident.

Cette belle pensée de relier le passé à l'avenir, en le rattachant à la puissante protection de saint Martin, fut fidèlement suivie par saint Maur, son disciple chéri, lorsffu'il vint établir le monastère de Glanfeuil, aujourd hui Saint-Maur-sur-Loire en Anjou : l'un des quatre oratoires qu'il y bâtit fut également consacré à notre saint Martin.

Ce n'est point le lieu de raconter l'histoire de cet établissement des enfants de saint Benoît, en France et aux portes du Poitou. Mais ce que nous devons dire, c'est que, l'abbaye de Glanfeuil à peine fondée, l'opinion générale des esprits se déclara en faveur de l'observance qu'on y pratiquait. L'abbaye de Saint-Martin de Tours fut une des premières à l'embrasser • ; et cet exemple donné pat* une maison bâtie par saint Martin lui-même, exerça, une grande influence sur les autres monastères dont les origines se rattachaient à l'action plus ou moins directe du même pontife. Dans le pays d'Herbauges, l'abbaye de Saint-Martin de Vcrtou. et dans le Haut-Poitou celle de Saint-Jouin-

1. Mabillon Prefac. ad Aot. 88. O. S. B ssec. il, no XXVI et S8BC. III part. 2», nis XLII, XUII.

de Marnes *, ne tardèrent pas à suivre la même voie; et saint Junien, l'ami de sainte Radcgonde, réunissant à Maire, vers 560, les disciples qui s'étaient placés sous sa conduite , leur donnait pour règle celle de Glanfeuil •.

Cinquante ans plus tard cette révolution monastique n'était pas seulement partielle; elle était complète. Saint Filbert l'avait opérée dans les principaux centres de la vie religieuse de notre province, notamment à quelques pas de Ligugé , à Saint- Benoit de Quinçay3 ; et l'abbaye de Saint-Maixent l'avait acceptée tout au moins du temps de saint Léger, son abbé *.

Placée au milieu de ce mouvement général de rénovation monastique, l'abbaye de Ligugé y auraitelle seule résisté ? Il est difficile de le croire. Les liens d'amitié qui, comme nous l'avons vu, existaient entre les deux maisons de Saint-Maixent et de Ligugé , corroborent encore cette induction historique.

Nous pouvons donc affirmer, sans crainte de nous tromper , que notre monastère était habité par des bénédictins, lorsque l'abbé Ursinus et son disciple Défensor se rendirent célèbres par leur science et leurs vertus. Défensor élevé dès sa jeunesse dans le

1. s. Achard, au commencement du viP siècle, y trouva établie la règle bénédictine:

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