‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 40 sur 153 · Dom ï*itra, Vie de saint Léger, p · texte numérisé non relu

Dom ï*itra, Vie de saint Léger, p

cloître de Ligugé rappelle naturellement le souvenir de saint Maur et de saint Placide, qui, eux aussi, furent confiés, dès leur enfance, aux soins paternels de saint Benoît.

Mais qui peut sonder les secrets impénétrables de la Providence? L'histoire est pleine de cataclysmes imprévus dont l'éternité seule pourra nous découvrir les mystères. Saint Benoît , du haut du Mont- Cassin, remplit le monde de la renommée de ses éminentes vertus, du bruit de ses miracles. Il y fonde une œuvre qui possède, ce semble, tous les caractères de l'immortalité. Et pourtant, de son vivant môme. Dieu lui révèle que son monastère va être livré aux barbares, qui le réduiront en cendres; et c'est à peine s'il peut obtenir du Ciel la vie sauve pouf ceux de ses disciples qui devront être témoins de cette désolation. Saint Maur, sonbien-aimé disciple, vient fonder à Glanfeuil une communauté florissante. Or , avant de mourir , il apprend que presque tous ses enfants doivent le précéder dans la tombe, frappés par l'ange ennemi de tout bien; et cette catastrophe réduit désormais à des proportions minimes l'existence de cette abbaye-mère, jusqu'au jour où elle s'écroule sous la main destructrice d'un indigne abbé commendataire.

Ligugé, créé par saint Martin, subit aussi cette loi de l'abaissement, après le départ^et surtout après le décès de son illustre fondateur. Toutefois , nous l'avons vu. vers le milieu du vii^ siècle, une vie nouvelle semble le replacer sur le chandelier de l'histoire. Son abbé est Tami des plus saints personnages du Poitou , et Tun de ses moines rend son école célèbre. Mais ces deux hommes, qui ont

fait sa gloire , sont à peine sortis de ce monde , que les barbares s'abattent sur nos contrées, et détruisent le monastère de fond en comble.

De ces faits et de tant d'autres , il semble résulter que Dieu veut d'ordinaire que la mort domine plus ou moins sur le berceau de tout ce qui est grand et fécond. Voyez le tombeau dii Christ lui-même, véritable berceau de la vie chrétienne. L'humiliation fut son partage pendant plusieurs siècles , en attendant qu'il redevînt glorieux sous l'empire de Constantin, et aujourd'hui encore les infidèles en sont lesmaîtrefs. Le monastère de Ligugé, berceau, en Occident, de la plus belle et de la plus féconde des institutions chrétiennes, de la vie monastique, devait subir cette grande loi de l'humiliation du Calvaire.

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