CHAPITRE XIV
COUP d'oeil sur les dévastations barbares au viii« siècle, — destruction de l'abbaye de ligugé.
Au moment où le moine Défensor descendait en paix dans la tombe, la première race de nos rois penchait vers sa ruine. Au Nord, ses derniers représentants étaient contraints de céder le pouvoir-au fils de Pépin d'Héristal, Charles Martel ; au Midi, le prince Eudes, duc ou roi de l'Aquitaine, se débattait contre les incursions incessantes des Sarrasins, qui, maîtres de l'Espagne, convoitaient la possession de l'ancienne Gaule. Déjà toute la Gascogne était tombée en leur puissance. En vain le duc d'Aquitaine s' efforce d'arrêter ce torrent, en s'alliant à l'un des chefs arabes révoltés contre l'autorité du kalift. Abdérame, envoyé contre le rebelle, n'eut pas de peine à l'écraser ; et alors, débarrassée de tout obstacle, l'armée des infidèles couvrit de ses innombrables phalanges, comme une nuée de sauterelles, les campagnes désolées de notre pays. Bordeaux, Périgueux, Saintes, Poitiers virent successivement avec terreur ces hordes de barbares. Toutes les églises, tous les monastères, tout ce qui appartenait au culte chrétien s'affaissait sous leurs coups destructeurs. L'église de Saint-Hilaire de Poitiers, notamment, est signalée par tous les annalistes contemporains comme ayant
été la proie des flammes, allumées par ces infidèles ^ Dieu les arrêta, au moment oii ils se mettaient en marche pour aller réduire en cendres la célèbre basilique de Saint-Hartin à Tours , qu'ils savaient être Fun des sanctuaires les plus vénérés des chrétiens '. Charles Martel accourut avec ses Francs indomptables, et non loin de Poitiers, dans une lutte gigantesque qui dura sept jours entiers, il anéantit pour toujours la puissance musulmane dans nos contrées.
Au milieu de cette invasion , de ces incendies , de ces dévastations, de ces armées ennemies, que devint ranti({ue abbaye de Ligugé ? Il est très-probable qu'elle tomba, comme tant d'autres, victime de ce fléau épouvantable. La haine que les infidèles manifestaient hautement contre le principal sanctuaire de saint Martin nous fait présumer qu'ils n'épargnèrent pas le monastère qui , après celui de Tours, était le plus vivant souvenir de ce grand Pontife. Nous venons d'ailleurs de remarquer que la basilique de Saint-Hilaire avait été également l'objet de leur fureur. Hilaire et Martin étaient en eff'et les deux grands protecteurs de la France.
Une preuve encore que notre monastère fut détruit à cette époque, c'est qu'il ne figure pas dans le cadastre dressé sous Louis le Débonnaire '.
Mais quel fut le sort de ces ruines depuis l'an 732 jusqu'au milieu du xi® siècle , ou le nom de Ligugé reparaît dans l'histoire? Il est probable que la basilique et le pèlerinage de l'ora-