D. Bouquet , vi
toire de Saint-Martin furent confiés aux soins de quelques clercs séculiers , comme à Saint-Maur-sur- Loire, ou furent remis entre les mains des moines de Saint-Hilaire-le-Grand , qui ne tardèrent pas à réparer les dommages causés par Tincendie * à leur
majestueux sanctuaire.
Nous ne dirons donc rien des ruines accumulées sur notre sol poitevin, cent ans plus tard, par les barbares du Nord. Ce nouveau fléau ne put qu'achever une destruction déjà presque complète. Et si les bâtiments de Tabbaye , avec la magnifique égalise qui en faisait l'ornement, disparurent sous tant de dévastations réitérées, ses possessions et ses revenus ne furent pas plus épargnés. Nous savons, par les documents du temps, que le monastère de Saint- Maixent fut livré en proie à la rapacité des hommes d'armes qui avaient triomphé des Sarrasins avec Charles Martel , mais qui tirent payer si cher à l'Église leur utile victoire. Ligugé dut subir le même sort, comme presque tous les biens ecclésiastiques. Et si le fils de Charlemagne se reconnaissait impuissant à faire restituer à l'illustre abbaye de Saint- Maixent ce qui lui avait appartenu, on peut croire (ju'il en fut de même relativement à celle de Ligugé.
1. Cette hypothèse n'est pas dénuée de fondement. Elle expli- «[uerait la prétention des chanoines de Saint-Hilaire, au xvi« siècle, d'avoir eu autrefois sous leur dépendance les abbayes de fHaint-Hilaire de la Celle, de Saint-Martin de Ligngé, etc. C'est icussile sentiment de D. Estiennot {Antiquitates Benedict, chap. I, § Ti) . Mais cette sujétion dura peu, selon toute apparence, et dut cesser lorsque Saint-Hilaire fut ruiné denouveaii, au IX® siècle, et devint la proie des comtes du Poitou, qui y établirent des chanoines, au x» siècle.
Cette dernière paraît être tombée plus tard entre les mains du comte même du Poitou *, qui en distribua les domaines à ses vassaux les plus iidèles.Quoi qu'il en soit, un événement important vint tout à coup redonner à notre monastère une partie de sa vie d'autrefois.
1. On arrive à cette conclusion historique en voyant les redevances particulières que devait notre monastère au comte de Poitou. (Cf HUt. de Maillezaù par Lacurie, p. 324.)