Cifllect. D. Font. VI, 631 (vers l'an
Anna, dite la Blanche. Ils avaient eu trois filles : Àitildis, Raingardis et Abelina. C'étaient des gens craignant Dieu, et qui voulaient sans doute restituer, sinon à ses anciens possesseurs, du moins à une fervente abbaye, un bien exclusivement ecclésiastique et monastiijue à son origine. Outre Téglise elle-même de Saint-Vincent de Mézeaux, Gautier et sa femme donnèrent à Saint-Cyprien de Poitiers * tout le fief presbytéral qui y était uni, avec la dîme entière du vin , et les trois quarts de la dîme de toute la paroisse, qui se prenait sur les redevances, les légumes, le lin, le chanvre, etc.
Cette donation fut ratifiée par Hugues dit k Blanc, sire de Lusignan, du fief duquel relevait ladite église ; par le donateur et sa femme; par Guillaume le Grand , duc d'Aquitaine et comte de Poitou, accompagné de ses deux fils Guillaume et Odon ; par Gislebert, évêque de Poitiers, et le prêtre desservant Téglise de Mézeaux , nommé Tescelin ; par Theudelin, abbé de Maillezais, dont nous parlerons bientôt ; par Beliardis, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers, qui paraît avoir joué un rôle considérable dans les affaires ecclésiastiques de son temps ; par Geoffroy , Trésorier ' de Saint-Hilaire-le-Grand ; par un certain Petronus, qui se qualifie de Docteur
1. Dans une autre charte, Gamier, sa femme et ses trois filles donnent à la même abbaye de Saint-Cyprien leur aleu de Mont-Gandoin avec ses vignes, ses terres, ses bois, ses fermes, etc. Ce qui suppose qu'ils possédaient une assez grande fortune. (D. Font. VI, 641.)
2. Le Trésorier de Saint-Hilaire-le-Grand était le principal dignitaire de ce Chapitre, à défaut de l'abbé, dont les comtes de Poitou et ducs d'Aquitaine, puis les rois d'Angleterre ot enfin ceux de France se réservèrent le titre.
ès-lois (legis doctor), et enfin par Ébulon, l'un des seigneurs de la cour du comte de Poitou.
Cet acte important, passé en la ville de Poitiers, doit se rapporter à l'an 1009 ou 1010. Comme on le voit, Guillaume, à qui nos annales provinciales décernent à si juste titre le nom de Grand, gouvernait alors l'Aquitaine et le Poitou. C'était un prince aussi religieux que brave, qui n'avait rien de plus à cœur que la gloire de l'Église. Il semblait avoir pris Charlemagne pour modèle. Chrétien fervent et fils dévoué du Saint-Siège, il s'était fait un devoir d'accomplir, chaque année, le pèlerinage de Rome , ou tout au moins celui de Saint-Jacques de Compostelle, d'encourager la piété de ses sujets envers Dieu et envers les saints honorés dans ses vastes États. Protecteur zélé de l'Ordre monastique , il aimait à s'entourer des prélats et des abbés qui pouvaient l'aider dans l'œuvre de régénération sociale qu'il méditait. Nous avons déjà dit dans quel état d'abaissement les églises et les monastères avaient été plongés par la féodalité, surtout depuis l'invasion normande. Le généreux prince d'Aquitaine entreprit de faire refleurir la vie religieuse dans son duché comme au temps des meilleurs jours.
Environ cinquante ans auparavant, sa mère, la comtesse Kmma , avait fait bâtir une magnifique église en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul, à l'extrémité du Bas-Poitou, dans un terrain qui formait alors uue île, mais qui aujourd'hui se trouve à une assez grande distance de l'Océan. Cette île ('tait celle de Maillezais , appelée à jouer un rôle important dans l'histoire du pays. Par le conseil de sa femme, Guillaume Fier*à-Bras, duc d'Aquitaine,
avait élevé contre les pirates du Nord une puissante forteresse, à la pointe de cette île, près d'un ancien mauoir de ses prédécesseurs. Mais la pieuse Emma , excitée par la découverte d'une antique église, non loin de ce manoir, avait persuadé à son mari de bâtir sur ces ruines un temple splendide, une forteresse spirituelle, qui protégerait la première contre les (^mbûches de l'ennemi ; et alin de compléter son œuvre , elle avait ol)tenu d'y établir douze moines avec un prieur à leur tête, en attendant le jour où la maison serait assez richement dotée pour être érigée en abbaye.
Or, parmi les monastères de France réformés par le grand saint Odon, abbé de Cluny, celui de Saint- Julien de Tours avait eu le privilège insigne de recevoir, non-seulement ses enseignements, mais encore son dernier soupir et sa dépouitle mortelle. Depuis cette époque, cette abbaye était devenue l'un des centres les plus vénérés de la vie religieuse dans nos contrées. C'était aussi l'un des plus illustres monastères de la grande Réforme dont le foyer était h Cluny. Ce fut là ([u'Emnia alla chercher les treizi^ moines qu'elle destinait à peupler son prieuré do Maillezais. Un autre motif l'avait aidée à déterminer son choix. Gauzbert, qui gouvernait alors le monastère de Saint-Julien, était à la fois Son proche pareni et l'un des hommes les plus recommandables de son temps. Le vénérable abbé s'empressa de seconder le pieux dessein de sa cousine , et lui envoya douze moines, à la tête desquels il établit pour prieur Theudelin ou Theudoa,que nous avons vu signer la charte de Mézeaux.
Nous ne raconterons point ici commeût une.sépa-
ration deux fois répétée, entre Emma et son mari, renversa pendant plusieurs années une fondation si pieusement inaugurée. Mais à peine Guillaume Fier-à-Bras eut-il fermé les yeux sous la coule bénédictine dansTabbayedeSaint-Maixent (998 ou 999)', que son fils Guillaume le Grand se hâta de réparer les suites funestes de ces discordes domestiques.
Son père n'avait pas seulement renvoyé à Tours la colonie monastique appelée à Maillezais par la comtesse Emma, mais il avait encore réuni le nouveau prieuré avec tous ses biens, à l'abbaye de Saint- Cyprien, où il se retira lui-même pendant (juelque temps. Guillaume le Grand commença par rappeler les moines exilés, et tit casser l'union du prieuré à l'abbaye de Saint-Cyprien. Puis l'abbé Gauzbert, accompagné du prieur Theudelin , vint à Poitiers pour cimenter par un accord cet acte de réparation. L'abbaye de Samt-Cyprien , en compensation, reçut du prince toute la forêt deDeil en Aunis * (en 1003).
Mais ce n'était là qu'un incident de l'œuvre de régénération morale dont nous avons parlé , et que le jeune prince avait inaugurée dès le commencement de son règne. Dans ce but, il avait appelé à son aide l'un des plus grands serviteurs de Dieu de cette époque, saint Odilon, abbé de Cluny; et par lui et avec lui, il avait fait adopter les observances en usage dans cette illustre abbaye par presque tous les monastères de l'Aquitaine et du Poitou : Nouaîllé, Saint-Savin , Saint-Jean-d'Angely , Saint-Cyprien ,
1. On fait généralement mourir ce prince en 994, mais à tort, comme nous lo prouyetonA dans notre Histoire ecoU^iaeêfqjte du PoHoH,