CHAPITRE XVII
LES CHANOINES DE SAINT - HILAIRE - LE - GRAND. — ALPHONSE, FRÈRE DE SAINT LOUIS. — LES SEIGNEURS DU GIMEAU.
L'histoire , pendant le xiii® siècle , fournit à notre monastère quelques matériaux intéressants qui nous permettront de continuer le petit édifice offert à la curiosité de nos lecteurs.
Notre prieuré n'était pas riche, et il avait besoin de toutes ses ressources pour subsister. Aussi, avant d'ouvrir la série des événements du xiii® siècle, devons-nous signaler, en passant, l'échange que lit, au profit du monastère, le prieur Girard *. et que confirma son successeur , nommé Hilaire , à la fin de l'année 1197 ou au début de l'an 1198 2. Le prieur possédait à Poitiers, près de l'église de Saint-Pierre-
1 . Au mois de février de cette année 1872, par suite de certains travaux de restauration dans la cuisine actuelle de notre abbaye, la pierre sépulcrale de ce prieur nous est apparue avec cette inscription : Ihc [sic) JAcet gibabd(V8) en belle écriture du XII® siècle. Malheureusement cette pierre a été brisée par les ouvriers.
2. D Font., XXIII, 117. Cette charte porte la date de 111)8; mais comme elle est dite faite sous le pontificat de Célestin III, mort le 8 janvier 1198, il faut que le scribe ait employé le calcul pisan.
le-Puellier^ une maison avec un jardin ; mais le tout tombait en ruines, etpouvaitêtre à peine affermé cinq deniers. De plus, cette propriété, étant grevée d'une redevance de six deniers envers les dianoines de Saint-Pierre-le-Puellier à chaque mutation d'abbés de Maillezais et d'abbesses de la Trinité de Poitiers , elle était plus préjudiciable qu'utile au prieur. Un boa chanoine de Saint-Pierre- le-Puellier,Aimeri de Sèvres, voulut bien l'échanger contre un pré qu'il possédait à Ligugé près du Gué (prope vadum). Cet acte fut passé dans le chapitre du monastère de Ligugé ^^ et signé par tous les moines, au nombre de neuf, qui composaient alors la communauté , à savoir : le Prieur Hilaire, Guillaume, le chambrier du monastère , Guillaume le scribe ou secrétaire du chapitre, Jean de Dois, Maurice, Thibault, Raoul, Pierrot, et Jourdanel, tous moines. Le siège épiscopal était alors vacant. L'abbé de Maillezais nommé Clément, au nom de qui la charte est rédigée, était apparemment venu à Ligugé faire sa visite annuelle.
Maurice de Blaizon, qui monta sur le siège de saint Hilaire, après le court épiscopat du pieux Aderaard, ne tarda pas à montrer son esprit turbulent, si sévèrement réprimandé par le pape Lmocent III. Il voulut imposer à toutes les maisons dépendantes de l'abbaye de Maillezais des procurations vexatoires. contre lesquelles l'abbé Clément protesta et en appela
1. Factum est autem hoc in capUnlo Ligvglacensl , vident ibusetaudientibusistis : Priore Legugiacensi Hilario, Willelmo chamberlero, WiUelmo scriptore, Johanne de Dois, Mauricio, Teobaudo, Radulfo, Petrulo, Jordanulo vwjmcJiig,
au Saint-Siège. Le pape Innocent III (7 février 1199) chargea l'abbé de Bourg-Déol et R., archidiacre de Bourges, de faire une enquêtejuridique au sujet des prétentions de l'évêque *.
On finit enfin par s'entendre, et par conclure un concordat réglant les diverses redevances que le prélat prélèverait sur chaque prieuré. Celui de Ligugé y est traité sur le même pied que l'abbaye de Maillezais, c'est-à-dire qu'il est déclaré sujet à une seule procuration, par an * (1200). Ce n'est pas le lieu de parler des abus auxquels donna lieii cet impôt de procuration, prélevé sur le clergé séculier, et principalement sur les religieux. Lorsque l'évêque ou ses chefs subalternes du diocèse faisaient la visite dans une église ou un monastère, ils étaient une véritable charge pour ceux qui les recevaient, à cause de la multitude des gens et des chevaux dont ils étaient accompagnés. De là des réclamations, et, par suite, un règlement général, qui évaluait en argent la dépense présumée du visiteur, évêque, archidiacre ou archiprêtre, en tournée. Cette somme d'argent fut nommée procuration : c'était un grand privilège que de n'en subir qu'une seule chaque année.
L'évêque de Poitiers pouvait du moins établir son droit sur son autorité diocésaine; mais on ne voit pas au nom de quel principe les chanoines do Saint-Hilaire-le-6rand, quarante-deux ans après, revendiquaient les mêmes honneurs.
Ce prétendu droit ne reposait vraisemblable-