Afgg. Blhlwt. natûm. F. lat. 17041, fol
2. Lacnrie, Hût de Jfaill^àis,^. 292, 293. Grand Gavtier, fol. 77 v«, Ms. de la r.iblîot. pnbl. de Poitiers.
ment, nous l'avons déjà dit, que sur Tantique coutume qui avait établi entre les deux maisons religieuses les plus intimes relations, et sur le pèlerinage de Saint-Martin. Peut-être aussi la sujétion momentanée à laquelle , au ix^ siècle , notre monastère fut condamné vis-à-vis de l'Église de Saint-Hilaire , avait-elle donné lieu à cette prétention des chanoines.
Quoi qu'il en soit , ces sortes de disputes n'étaient un signe que trop manifeste de la diminution de la charité. Les chanoines de Saint-Hilaire prétendaient donc avoir droit, le jour de. la Saint-Marc, après la station qu'ils venaient faire à Ligugé, d'entrer dans le prieuré, à leur guise , de manger et boire selon le bon plaisir de tous ceux qui les accompagnaient ; et par le compromis qui eut lieu à la suite des réclamations des moines, on voit que l'appétit de leurs gens était eifrayant. En effet, par cet accord. Philippe, grand-chantre de Saint-Hilaire . et maîtres André de Boiiiot et J. Savari. chanoines de la même Église, choisis pour arbitres par les vénérables Trésorier, doyen et Chapitre de Saint-Hilaire d'une part, et Thomas, prieur de Ligugé , et son convent d'autre part, statuent que les chanoines qui viendront ce jour-là , en procession en l'église de SaintiMartin de Ligugé, aussitôt la cérémonie terminée, entreront dans le réfectoire des moines avec leurs clercs, leur porte-croix et l'huissier du bourg de Saint-Hilaire , les porte-bannières et bénitiers se tenant à l'entrée du réfectoire, sous le cloître ; qu'il leur sera servi un repas convenable, qu'ils iront chercher dans la cave du monastère le meilleur vin qu'ils pourront trouver, et en apporteront sur la
table tout autant qu'il leur sera nécessaire
(août 1242) ».
Mais cet arrangement n'ayant pas obvié , paraitil, à tous les abus , au mois de juillet suivant, les deux parties s'accordèrent à supprimer cette, station annuelle. Par l'intervention de l'abbé de Saint-Michel-en-l'Herm et de plusieurs amis, le même prieur de Ligugé, Thomas, au nom de sa communauté, en présence et du consentement de l'abbé deMaillezais, s'engage à payer annuellement, à Poitiers, au Chapitre de Saint-Hilaire-le-Grand, la somme de 50 sous tournois, la veille de la Saint-Marc ; moyennant quoi, les moines de Ligugé sont en même temps exemptés de l'obligation vraie ou prétendue de se rendre chaque année processionnellement dans l'église de Saint-Hilaire, le lundi qui précède l'Ascension.
€ Et, ajoute le prieur, nous , prieur et moines a susdits , nous remettons audit Chapitre et aux a clercs de la même église de Saint-Hilaire toutes « les injures et tous les dommages qui nous ont été « faits à l'occasion de ladite procuration, » Puis ils promettent d'être fidèles à cet accord, sous peine d'encourir les censures ecclésiastiques; et l'évêque de Poitiers, Jean de Melun, à leur prière, appose à l'acte son sceau à côté de celui du prieur *.
On avouera pourtant que le prieur et les moines de Ligugé ont donné une grande preuve de leur amour de la concorde, en consentant à payer une redevance aussi considérable pour un droit aussi
1. Mgr Cousseau, Notice stir Ligugé, Notes jvêtificativet^ n» 3.
2. Cet acte, dont l'original existe encore dans les Archives de la Vienne, a été publié par M. Rédet {Mèm. Soe. des Antiq. de rOut^At. 1S47, p. 2r>5-l>68).
incertain, tandis qu'ils auraient pu revendiquer au moins quelques compensations pour dommages et intérêts.
Dieu, qui est la justice même, ne tarda pas à les récompenser de leur abnégation. Le Poitou avait alors pour comte le frère de saint Louis , Alphonse, prince intelligent et sage, qui, bien que partisan un peu excessif de la puissance séculière, se faisait néanmoins un devoir de concéder aux Églises et aux monastères tous les droits qu*il croyait justes et compatibles avec sa dignité. Au mois de février de Tan 1267, ou 1268 selon notre manière de compter, il renonça généreusement à toutes les prétentions qu'il pouvait avoir sur les hommages et autres devoirs de plusieurs fiefs dépendants de Tabbaye de Maillezais , dans les diocèses de Saintes et de Poitiers.
Et, ce qui nous intéresse plus que toute autre chose, il concéda au prieuré de Ligugé toute la haute et la basse justice, ainsi que le plein domaine sur le bourg de Liguge\ et sur les villages et lieux qui en dépendaient alors, ne se réservant que le droit de la levée en masse, en cas de guerre, de la chevauchée et de la subvention volontaire, lorsque cette subvention serait imposée aux habitants de Poitiers. « Encore , ajoutait-il , devra-t-elle être levée et « perçue, non par nous, ni par nos agents, mais « uniquement par le prieur. Et nous remettons aux- « dits abbés et couvent la procuration de six pièces « de viande, de six mesures de vin et de six pains « que ledit prieuré de Ligugé nous doit chaque « année, en la fête de Saint-Martin d'hiver, ainsi « que le boisseau de noix, les cent boisseaux d'oi-
« gnon et autant d ail que nous recevions annuelle- « ment du même monastère à la mi-carême; « autorisons ledit prieuré à percevoir treize pains et « treize mesures de vins des crieurs publics de « Poitiers ; et confirmons les six livres tournois de (c rente annuelle que notre fidèle et noble Hugues, a comte de la Marche, a léguées audit monastère.... « Donné à Long-Champ Tan Iî2i67 , au mois de « février. »
Après la mort d'Alphonse, le comté de Poitou étant rentré dans le domaine de la couronne, le roi Philippe le Hardi (août 1275) confirma.par un acte daté de Pïiris.les concessions renfermées dans le diplôme que nous venons d'analyser *.
Ce xui^ siècle, encore si chrétien, n'était pourtant pas exempt de violences contre l'Église,
Notre petite histoire locale va nous en fournir de curieux exemples, que nous corroborerons amplement lorsque nous écrirons les annales ecclésiastiques de notre province. Presque en face de la petite église de Mézeaux, au sud, s'étend, comme un ruban de verdure, une longue et fraîche vallée, au milieu de laquelle, à quelque distance l'un de l'autre, sont assis sur les flancs des rochers qui bordent le vallon à gauche, deux manoirs autrefois puissants : la Reynière et le Cimau. Ce dernier surtout a joui, au moyen âge, d'une importance exceptionnelle. Nous avons déjà parlé plus d'une
1. Dom Font, i, 277. Cette confirmation réduit à néant le principal argument du prieur de Saint-Nicolas de Poitiers contre les Jésuites, possesseurs du prieuré de Ligugé, dans un procès curieux, dont nous parierons en son temps.
fois de ses propriétaires au point de vue de leur libéralité envers l'Église ; nous avons présentement à raconter leurs méfaits. Les temps étaient changés ; et déjà, comme nous venons de le dire, la réaction antichrétienne commençait. Un mot d'abord sur Torigine de ce fief du Cimau , ou mieux Simals,
Construit alors , selon toute apparence , sur le plateau qui domine la maison actuelle, œuvre assez pauvre de la fin du xvii« siècle environ, le castellum féodal du Cimau devait remonter à une époque fort ancienne. Là en efTet, sous la domination romaine,, avait été le point de départ, la source principale de Tun des trois grands aqueducs chargés d'approvisionner d'eau la ville entière de Poitiers ; et, avant la construction du chemin de fer de Niort, on pouvait encore étudier . en face du moulin, « le château d'eau de l'aqueduc , consistant en un « bâtiment carré , divisé en deux étages par une
< cloisQn percée au centre, (^e canal du Cimau
< débouchait dans la partie inférieure, celui du « 6ué-aux-Rats dans la capacité supérieure *. »
Or on sait avec quelle sollicitude l'administration romaine veillait sur ces sortes de monuments publics. On peut donc croire que, dès lors, à la garde de chacun des aqueducs veillait , sinon un poste militaire, du moingf un préposé quelconque. On doit probablement appliquer cette observation au castellum de la Reynière. Il est certain du moins, comme nous l'avons vu plus haut*. que,au début du
1. Mém. de la Société des Antiq. de V Otiestf 1854, p. 57-62.