ROMAINE
Au nord-est de Tancienne province de Pannonie, dans celte partie de la Hongrie moderne qui est située à l'ouest du Danube, sur le territoire du comitat de Raab ou Gyor, à la base occidentale d'une colline nommée le Mont-Sacré de Pannonie , s'élève un bourg où Ton compte environ 1,600 habitants. Non loin du village , au milieu de la vallée , coule une source vive, qui, se mêlant à d'autres cours d'eau , forme un ruisseau appelé d'abord Pannosa, et depuis Pansa, Cette source était connue jadis sous le nom de Fontaine deSabarie^ et ce bourg, qui se glorifie aujourd'hui du nom de Szent-Marton ou de Saint-Martin, portait autrefois celui de Sabaria.
C'est là , sur ce coin de terre béni du Ciel, que naquit Martin, cet homme vraiment prodigieux, dont le monde chrétien tout entier devait célébrer , pendant tant de siècles , les vertus admi-
rables et Téclatante sainteté. C'était en l'année 316, au moment où la religion de Jésus-Christ, victorieuse des Césars, saluait l'aurore d'une paix inconnue jusqu'alors, mais qui, hélas ! devait être de peu de durée.
La Pannonie , où il vint au monde, était, par la bravoure de ses habitants , une des provinces les plus illustres de l'empire romain. Elle avait mérité le titre de berceau deé Chtirs à cause des nombreux empereurs auxquîâls eiteiâvtûit donné le jour. Dans son sein en effet citaient nés les empereurs Âurélien et Probus , et de ses frontières étaient sortis Claude le Gothique et Constance- Chlore, père de Constantin.
Le père de notre saint était un soldat courageux , qui par son mérite s'était élevé jusqu'au grade de tribun d'une légion, grade que Ton égale à celui de colonel, mais qui, chez les Romains, avait une importance plus grande encore.
Ce fut donc au milieu des camps que se passa l'enfance de saint Martin. Et l'on sait quelle licence régnait alors parmi les soldats romains , presque tous païens, d'origine barbare pour la plupart. Mais Dieu , qui veillait sur l'âme de cet enfant de prédilection, écarta le péril , au moment où il eût pu lui devenir funeste. Son père, ayant achevé sa carrière militaire, reçut en bénéfice des terres près de Pavie,* et il vint s'établir dans cette ville avec sa femme et son enfant. Celui-ci pouvait être âgé de sept ou huit ans *. Nous ne savons pas d'une manière certaine si, dans son pays natal, notre jeune prédestiné avait eu quelque connaissance de la religion chrétienne; mais, transporté par la main de la Provi-
1. Il est difficile de dire à quelle occasion et en quelle année
dence sur cette terre d^Italie , au centre de laquelle s*élève le Siège Apostolique, foyer de la vérité divine, il ne put échapper longtemps à son influence. Deux ou trois ans s'étaient à peine écoulés que déjà Martin , ouvrant son âme aux inspirations d'en haut et aux conseils salutaires qu'il reçut sans doute de quelques amis de sa famille, comprit et goûta les beautés du christianisme. Un jour donc, vers l'âge de dix ans, selon son historien, il se rendit à l'église des chrétiens et pria l'évêque de l'inscrire sur le registre des catéchumènes ou aspirants au baptême. On se demandera peut-être pourquoi cet enfant si bien disposé ne fut pas promptement admis à la grâce du baptême ; pourquoi il resta jusqu'à l'âge de trente-cinq ans et plus, selon nous, avant de recourir à cette source de régénération spirituelle. Nous répondrons d'abord que l'Église, au iv^ siècle, était encore obligée d'agir avec une grande circonspection quand il s'agissait de conférer le baptême aux enfants, même parfaitement disposés ,* des familles païennes. Elle était dans la même situation qu'aujourd'hui vis-à-vis des enfants des familles
]e père de saint Martin prit son congé et vint s*établii en Italie. Toutefois, en étudiant attentivement rhistoire de ce temps-là, on troareque Constantin, dans la joie de la victoire qu*il venait de remporter snr Liçinins, à Andrinople, le 3 juillet 323 ou 324 (TiUemont, Hist, des Emjper,, lY, 643), donna congé à un grand nombre de ses vétérans (Tillemont, ihib. 190). Comme le père de saint Martin combattait sous ses drapeaux, en qualité de Pannonien, et que d^ailleurs, idolâtre obstiné, comme nous le verrons bientôt, il devait voir avec un certain dépit le triomphe définitif du christianisme, il est très-probable que ce fut à cette occasion qu'il obtint son congé et des terres en Italie. Or en 324 saint Martin avait huU a/ta*
juives ou protestantes. Le chef du pouvoir , bien que chrétien, n'avait pu encore transformer la législation romaine antipathique au christianisme. D'autre part , les familles même chrétiennes, profitant de cet état de choses, avaient contracté la malheureuse habitude, contre laquelle ne cessèrent de protester les Pères de l'Église, de ne faire baptiser leurs enfants, du moins leurs fils , que dans la maturité de l'âge.
Cette observation était nécessaire pour expliquer une partie assez notable de la vie de saint Martin.
Quoi qu'il en soit, le saint enfant montra d'autant plus de courage par cette démarche auprès de saint Anastase , alors évêque de Pavie * , qu'il s'exposait aux rigueurs de son père , adorateur forcené de ses faux dieux. Quelques précautions qu'il eût prises pour garder le secret, il ne put longtemps laisser ignorer ses prédilection s pour la religion chrétienne. Ce fut pour lui une source d'ennuis domestiques. Mais son grand cœur , désormais affermi contre les contradictions de la terre , s'éleva promptement audessus de ces obstacles. L'évêque de Pavie, qui admirait en lui les dons de la nature et de la grâce , se plut, sans aucun doute, à cultiver avec une prédilection marquée les pieuses dispositions de son néophyte. Notre bienheureux en profita pour se pénétrer des plus hautes pensées de la perfection chrétienne. Il semblait que dès lors, à un âge où les autres enfants ont à peine conscience de leurs actes , le jeune Martin avait reçu de Dieu l'intelligence des plus sublimes élans que puisse inspirer TEsprit- Saint à un chrétien consommé en vertus.