‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 70 sur 153 · Archw, de la Vienne, G. 3, lia'Bse · texte numérisé non relu

Archw, de la Vienne, G. 3, lia'Bse

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que notre abbaye, dès son origine, âvâït été une école catéchîstique •, et avait joui du privilège, partagé du reste par presque tous les monastères de rOrient et de l'Occident, de posséder des fonts baptismaux.

D'autre part , personne n'ignore que le baptême s'administrait alors et pendant tout le moyen âge, dans une chapelle particulière invariablement dédiée à saint Jean-Baptiste *. Formant un édifice à part , mais le plus souvent contigu à la basilique, parfois sous le narthex , cette chapelle était décorée avec une grande magnificence de peintures, de mosaïques, de sculptures, représentant le baptême de Notre- Seigneur dans le Jourdain ou quelque auti*e particularité de la vie du saint précurseur '.

Or toutes ces conditions paraissent avoir été réunies dans le soubassement du clocher actuel de notre église. Des découvertes récentes y ont mis à nu des peintures murales qui , d'après M. de Longuemar, juge fort compétent en cette matière , remontent à la fin du xi® ou au commencement du xn® siècle. Les traces de ces fresques sont encore

1. Cf. Mabillon, AnnaL Bened. lib. 1, 21. — BuUet. Soc. Antiq. de V Ouest, 1872, p. 205.

2. Sulpice-Sévère, sur les mure du baptistère qu'il avait bâti entre deux basiliques également construites à ses frais dans son domaine (nouvelle preuve des fonts baptismaux dans les monastères dès le iv® siècle), avait représenté saint Martin, son maître incomparable, et son illustreami saint Paulin de Nôle ; mais ce n'était là qu'une exception inventée par le pieux excès d'une sainte affection. (Oper. S. Paulini, epist. XXXII.)

3. Martigny, J)ictionnaire des antiquités cJirétiennes. Bap- TiSTiiBE ; n**« 3, 6 et 7. Nous citons de préférence cet ouvrage, parce qu'il est, selon nous, le plus savant résumé qui ait été composé de nos jours sur cette matière.

apparentes sur toutes les parois du soubassement, qui dans sa physionomie primitive, masquée en plusieurs endroits par des reprises plus modernes , accuse une construction romane du xi® siècle. Mais ce qu'il nous importe surtout de faire observer, c'est que cet édicule était manifestement dédié en riîonneur de saint Jean-Baptiste.

Les deux seuls tableaux échappés aux injures des temps, parmi ces décorations , le prouvent assez. Ils représentent évidemment les deux principales scènes du martyre du saint Précurseur. Dans la partie supérieure de l'un des côtés du monument, qui affectait au xi« siècle * la forme carrée, le roi Hérode est assis à table, le diadème sur la tête, au milieu des principaux de sa cour, parmi lesquels semblent figurer deux femmes, dont Tune élève vers le roi une coupe remplie de vin. C'est le festin de l'anniversaire de la naissance d'Hérode, à la fin duquel Hérodiade obtint l'arrêt de mort contre saint Jean- Baptiste. Aussi, au-dessous de ce tableau encore vivant et sur la paroi du même côté de la muraille, deux personnages sont en présence : Tun , avec les habillements courts et serrés des valets, se précipite sur Tautre, enveloppé dans une tunique dont le clave empourpré dénote un lévite ou un personnage de distinction. Qui ne reconnaîtrait à ces traits le sicaire coupant la tête du fils de Zacharie ? Or . répétons-le , un édifice attenant à Téglise et décoré avec une telle magnificence , de fresques

1. Je dis'au xi^ siècle, parce que les quatre ou cinq arcatures qui se voient encore dans les murailles poun*aient peut-être indiquer une forme plus ancienne.

représentant les faits les plus saillants de la vie du Précurseur de Jésus-Christ, — car les autres parois étaient pareillement ornées de peintures semblables, — ne peut avoir été qu'un baptistère, d'après toutes les données de l'archéologie religieuse. C'est donc là que, pendant plus de huit cents ans, furent régénérées des milliers d'âmes. C'est là que, chaciuc année, selon l'usage antique , conservé dans l'abbaye de Saint-Savin de Lavedan jusqu'au xn« siècle. toutes les paroisses environnantes, dépendantes de notre monastère, apportaient leurs enfants pour y recevoir le baptême.

Mais quelle fut la destinée dernière de ce monument si précieux par ses souvenirs ? Les documents de l'histoire générale de l'Église peuvent seuls nous fournir quelques renseignements sur ce point.

Nous avons vu les moines, dès le iv« siècle, en possession de catéchiser et de baptiser. Ce privilège persévéra à travers les cataclysmes des v« , vm« et ix^ siècles. Pendant la période barbare du x^' au xi® siècle, grâce à l'influence régénératrice de Cluny. la considération dont jouissaient les bénédictins n'ayant fait que grandir, presque toutes les paroisses rurales furent placées sous leur dépendance. Mais, à la fin du xi® siècle, une réaction commença. Soutenue par le saint pape Urbain II et ses successeurs, la cause des religieux triompha ; mais moins d'un siècle après , la réaction antimonastique finit par l'emporter à son tour, et le 22 décembre 118S. le pape Urbain III rendit un décret qui obligeait tous les mpines, chargés jusqu'alors de l'administration des sacrements dans les paroisses rurales, de taire remplir ces fonctions sacrées par un prêtre

séculier, avec lequel ils partageraieut les revenus du béuéiice. Cette décision opéra une immense transformation dans toute l'Eglise. Dans les centres les plus importants de la vie religieuse, à côté de réglise abbatiale ou priorale , on bâtit une petite église paroissiale, et on y transporta les fonts baptismaux. Là où ils ne purent élever ce nouvel autel, les enfants de saint Benoît cédèrent la place aux prêtres séculiers, ne conservant sur les paroisses qu'ils abandonnaient que le titre de curé primitif ou de collateur *.

Quelques-uns même des prieurés les plus importanis furent donnés aux chanoines réguliers : c'est probablement ainsi que la petite église de Mézeaux passa des mains des moines de Saint-Cyprien de Poitiers en celles des chanoines de Fontaine-le-Comte, au xni^ siècle '.

Ligugé était trop vénérable par les souvenirs qui s'y rattachent, et d'ailleurs la vie monastique y était encore trop florissante pour que l'abbé de Maillezais en retirât ses religieux. Le monastère continua donc à subsister; mais on construisit à quelque distance, sur le coteau qui le domine h l'ouest, une église pa-

1. En retraçant ainsi à grands traits l'historique des églises paroissiales, nous ne voulons pas dire que les curés séculiers, connus alors sous le nom de aacerdos , capellanus, loicarius , ne datent que du xui« siècle ; nous constatons: seulement qu'à cette époque les moines furent écartés définitivement de l'administration des paroisses par une mesure générale.

2. Dans le Grand-Gautier elle figure comme étant à la collation de l'abbe de Fontaine-le-Comtc : et d'autre part elle appartenait encore à Saint-Cypricn vers ll:iO : donc ce fut dans le xili« siècle qu'elle passa sous la dépendance des chanoines.

roissîale sous le vocable de l'apôtre saint Paul ^ , et on y transféra, selon le décret de Urbain III, Jes fonts baptismaux.

A quelle époque précise eut lieu cette translation ? Nous ne saurions le dire : car l'exécution du décret pontifical n'ayant pas été immédiate, comme le prouvent plusieurs documents historiques, il serait difficile d'en déterminer la date pour Ligugé ".

Quoi qu'il en soit, ce nouvel état de choses produisit les conséquences les plus funestes relativement à la chapelle de Saint-Jean-Baptiste , ornée avec tant de soins par les artistes contemporains de Gervais et de Rainaud, abbés de Saint-Savin. Cet antique sanctuaire fut nécessairement négligé et tomba peu à peu en ruines; et ce fut, croyons-nous, pour conserver dans l'église du monastère un monument en l'honneur de saint Jean-Baptiste, son patron, dont le culte s'oblitérait de jour en jour, par suite du délabrement de l'ancien baptistère, que le prieur Jean de Curzai fit construire la chapelle, aujourd'hui dédiée à Notre-Dame, mais qui porta si longtemps le nom de son pieux fondateur.

Est-ce à dire que notre ancien baptistère iie subsistait plus , au commencement du xiv« siècle ? Nous ne le pensons pas. Ce qui reste aujourd'hui des voûtes romanes de cet édicule démon-

1. Le premier titre certain qui fa^se mention de l'église de Saint-Paul de Ligugè ne remonte qu'à l'an 1323. De cette église aujourd'hui détruite, il ne reste plus qu'un pan de mur , qui foi-me un côté du bâtiment de l'école des Sœurs.

2. Le Fouillé, connu sous le nom de Grand- Gautier, fait, il est vrai, mention de la paroisse de Ligugé ; mais commu il n'indique pas le titulaire de l'église, on ne peut savoir si elle était distincte de celle du prieuré.

tre assez que, même à la fin du xv^^ siècle, époque où fut élevée la tour du clocher, elles étaient en partie debout. Mais les peintures murales avaient dès lors perdu toute leur beauté et n'étaient plus considérées que comme des vestiges informes d'un autre âge. Aussi les brisa-t-on sans scrupule pour ouvrir des portes dans le style du temps, soit sur le préau, soit sur le jardin' du monastère. On crut même faire grand honneur à ce vénérable monument en lui assignant le rôle de soubassement à l'élégante tour dont on voulait décorer la nouvelle et gracieuse église de Saint-Martin, comme nous le dirons bientôt. Saluons donc une dernière fois ce baptistère antique, qui rappelait d'une manière si touchante les premières conquêtes de saint Martin sur les populations encore infidèles de notre Poitou ; et retournons avec notre récit au commencement du xiv® siècle.

A cette époque, avons-nous dit, notre monastère, sous l'intelligente administration de Jean de Curzai, jouissait d'une certaine considération. Cette estime méritée se manifesta plus d'une fois par des dons offerts au prieuré. Mais les détails intéressants en ont tous péri dans les dévastations réitérées de nos archives. Un seul monument a survécu à la destruction générale.

Dans le chapitre xvii'', on s'en souvient, nous avons jeté un coup d'œil rétrospectif sur les origines du Cimeau et de laReynière, deux manoirs assis dans la riante vallée de Mézeaux. Or, en l'année 1323, le dernier de ces deux fiefs était habité par un noble seigneur nommé Pierre Belet, chevalier. Il était probablement fils de Girard Belet, aussi chevalier, vassal du sire de Vivône, qui l'avait pourvu d'un

assez beau domaine dans la paroisse de Champagne- Saint-Hilaire ^ au détriment des chanoines de Saint- Hiiaire-le-6rand.

Pierre Belet était un de ces hommes généreux, comme il s'en rencontrait encore alors, qui plaçaient au premier rang les intérêts de leur âme. II avait épousé Hilaria, de la famille des Forges {de Forgis) 2, maison illustre que nous rencontrons dès le milieu du xi9 siècle, dans l'histoire de notre province. Elle parait avoir pris son origine dans le Bas-Poitou ; car nous voyons un Âiraud de Forgis ' donnant sur son lit de mort aux chanoines de Mauléon la dime de Rortais qu'il possédait, vers l'an 1090 *. Mais vers la même époque, au commencement du xn« siècle, un de ses membres lui acquit un titre de gloire plus durable encore.

Guillaume des Forges était chanoine de l'abbaye de Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, lorsque parurent les deux hommes apostoliques appelés par la Providence à régénérer l'esprit monastique en Poitou : nous voulons dire Robert d'Arbrissel et son disciple Géraud de Sales. Déjà pressé par l'onction de la gi'âce.et les attraits de sa piété, Guillaume des Forges résolut d'imiter le genre de vie de ces nouveaux apôtres de la pénitence. Il sollicita et obtint de ses confrères un lieu de retraite dans une solitude profonde, non loin de Poitiers, appartenant à

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