TESTAMENT DU SEIGNEUR DE LA REYNIÈRE
La paix après le tumulte donne un charme nouveau à la solitude. Les moines de Ligugé le ressentirent après le départ du pape Clément V. Ce n'est pas' sans douleur que, malgré toutes nos recherches, nous sommes réduits à des conjectures sur la situation morale et sur la prospérité matérielle de notre prieuré à répoijue où nous sommes parvenus : époque désastreuse en général pour les ordres religieux, époque de crise violente pour la société, au double point de vue de la religion et de la politique. épo(|ue de dissolution pour les institutions les mieux affermies. Le séjour de la cour pontificale dans notre monastère fut-il une occasion de relâchement dans la vie régulière? Nous ne pourrions l'affirmer. Néanmoins un document contemporain nous permet de dire que la communauté de Ligugé jouissait encore d'une certaine considération.
Autrefois , dans les beaux jours de la vie monastique , on vit des familles entières se consacrer, corps et biens , au service d'une maison pour laquelle elles avaient une estime, une vénération particulière. Or, à l'époque que nous étudions, ce fait se renouvela pour Saint-Martin de Ligugé. Un excellent homme, du faubourg de Montierneuf
à Poitiers, possédait une maison et une tannerie voisines de cette abbaye. Il se nommait Guillaume Claveroux. Un jour, mû de dévotion envers le sanctuaire de saint Martin, il abandonna sa petite propriété , et vint à Ligugé , se donner avec tous ses enfants au prieur Jean de Curzai, qui s'empressa d'accepter cette pieuse oblation et d'accorder à ces nouveaux frères tous les privilèges spirituels et temporels accoutumés en pareille circonstance ; et quelque temps après, le même prieur donna à bail emphytéotique la maison et la tannerie à un habitant de Poitiers, nommé Pierre Fonteneau • (1318).
Jean de Curzai était un homme distingué par sa naissance et par son mérite. Il appartenait, sans aucun doute, à la noble famille de Curzai, qui, pendant tout le moyen âge, et de nos jours encore, s'est distinguée constamment par des actes de munilicence envers l'Église.
Son administration ne fut point stérile. Au milieu de nombreuses difficultés , il sut créer des œuvres utiles et conserver intact le dépôt qui lui avait été confié. Il a laissé surtout son nom attaché à un monument qui subsiste encore dans notre monastère : nous voulons parler de la chapelle de Saint-Jean, qui depuis le xiv» siècle fut appelée: chapelle de Saint- Jean de CurzaL Mais ce généreux prieur fut-il le premier à doter notre église d'une chapelle sous le vocable de saint Jean-Baptiste? ou ne lit-il que transférer, dans une autre partie de la basilique, un titre déjà subsistant? C'est ce qui nous semble utile d'examiner.
Nous avons vu, au chapitre vi» de cette histoire.