‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 80 sur 153 · D. Font. XXXIX {loc. Ht · texte numérisé non relu

D. Font. XXXIX {loc. Ht

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sédait presque certainement depuis plus d un an au moins, probablement par le même moyen. C'est que le nom de prieur d'un monastère n'était plus assez honorable, à cette époque, aux yeux des hommes du siècle, pour être admis dans TénumératioQ des qualifications dont ils pouvaient se glorifier. Les prieurés, même conventuels, n'étaient plus que des fermes ecclésiastiques rapportant un revenu plus ou moins considérable.

Il faut pourtant le dire à la louange de Geoifroi d'Ëstissac : à ses yeux, les bénéfices dont il fut pourvu n'étaient pas seulement un produit dont il tirait le plus de parti possible ; c'étaient encore des propriétés sacrées, qu'il se plut à embellir et à restaurer. Prieurés, abbayes, évêché, maison épiscopale, transmirent à la postérité le souvenir de sa générosité et de ses bienfaits.

Malheureusement , homme du monde et homme de son siècle avant tout, bien que d'une conduite irréprochable, sa pensée ne s'éleva guère plus haut que les intérêts matériels et la prospérité temporelle des maisons et des domaines qu'il fut chargé d'administrer. Il appartenait à ce commencement du XVI® siècle qu'on est convenu d'appeler l'époque de la Renaissance , mais qui, au point de vue moral et religieux, mériterait beaucoup mieux d'être qualifiée d'époque de la décadence. Certes, on ne peut le nier, notre France se couvrit alors de monuments gracieux , dont le style, emprunté à l'Italie, se combina élégamment avec les souvenirs de l'art ogival ; et, dans un autre genre, la passion du beau antique et de la littérature profane, s'emparant de tous les esprits distingués, enfanta des chefs-d'œuvre. Mais.

au-dessous de cette vie superficielle, la société, nonseulement ne fit aucun progrès dans la voie de la vraie civilisation, mais elle s'affaissa de plus en plus dans la boue accumulée pendant les deux siècles précédents. Il fallut le cataclysme de la révolution religieuse pour réveiller les esprits et leur faire apercevoir l'abîme qui les menaçait.

Geoff*roi d'Estissac, malgré tout son bon vouloir, ne put donc créer que des œuvres humaines et en rapport avec ses idées. Esprit cultivé, amateur de la littérature profane, possédant une fortune personnelle considérable , auginentée déjà par deux riches bénéfices, auxquels devaient bientôt se joindre d'autres plus importants, passionné pour la solitude et les champs, à la manière classique d'Homère et de Virgile , assez épris de la vie monastique, considérée comme souveûir, pour apprécier les grands hommes qu'elle avait produits dans le passé, il prit en affection son prieuré de Saint- Martin de Ligugé, oii il trouvait à la fois et les charmes de la solitude, et les beautés de la nature la plus variée , et le berceau de la plus féconde dés institutions catholiques. Il commença par mettre en ordre les titres concernant les propriétés du prieuré ; puis il s'occupa des bâtiments et de l'église.

Nous l'avons dit plus haut, notre monastère de Saint-Martin avait été détruit de fond en comble par la double action dévastatrice des Anglais et des habitants des villages environnants. Les religieux qui revinrent demander un abri à ces ruines, ne . purent guère songer à les reconstruire d'une façon convenable, pendant la durée de la guerre de Cent

Ans. Ils se contentèrent d'utiliser ce qui restait habitable; et lorsque la France et surtout nos provinces de rOuest commencèrent à respirer et à ne plus redouter les ravages des ennemis du dehors, les agitations du dedans furent encore, pendant de longues années, un obstacle à une restauration régulière.

Enfin, vers Tannée 1475 *, un grand seigneur, qui fut en même temps un grand esprit, fut élevé sur le siège épiscopal de Maillezais : nous voulons dire Jean d'Amboise, deTillustre maison de ce nom, frère de Pierre d'Amboise, évêque de Poitiers, et du fameux cardinal Georges d'Amboise, qui joua un rôle si important sous le règne de Louis XII, dont il fut le ministre tout-puissant, autant et plus que Richelieu sous Louis XIII. Or, ce prélat entreprit de rebâtir la basilique de Saint-Martin, et il aurait sans doute achevé son pieux dessein, s'il fût deujeuré plus longtemps à Maillezais (1475-1481) * ; mais ce siège était tiop obscur pour un membre delà famille d'Amboise; il fut transféré sur celui de Langres.

1. D. Font. XXXIX, 460. En mars 1475, il recevait déjà les serments de foi et d'hommage des vassaux de l'évêché.

2. D. Estiennot dit dans ses notes manuscrites (D. Font. LXiv, 146) : « Basilica (de Ligugé) olim ampla a ducentis annis restaurata satis elegans, inqua extabantduo veltria cœnotaphia quae ah annis non multis periere. Sarta tecta fecit pleraque domus diôi^cmJohannesd^Amboise, ante annum MCDLXXIX episcopus Malleacensis, aut eadem, ipso sedente, constructa fueie. Gentile qnippe stemma hujus an tistitis passim ibidem visitur : Pallé d'or et de gueuliez de six pièces, seu potius Goffridi d'Estissac. Basilicam restauravit, ut tradunt , Goffridtt^ d^Eëtissac Malleacensis epiècopus, cvjtis fessera gentilis ibidem extat : d/a/zur à trois pals d^ argent. »

La gloire de cette œuvre de restauration monastique était réservée à Geoffroi d'Estissac. Ce dentier entreprit courageusement d'achever ou de perfectionner ce que Jean d'Amboise n'avait fait qu'ébaucher.

Mais c'est ici le lieu de se demander si cette recondtructiou du monastère et de la basilique de Saint-Martin se fit absolument aux lieu et place occupés par l'antique monument qui existait encore au xivc siècle. Nous ne le pensons pas, du moins pour ce qui concerne Thabitation des religieux ou des chapelains qui leur succédèrent, les lieux réguliers devant toujours former le carré traditionnel, avec l'église, du côté du nord ou du midi. La basilique fut certainement diminuée dans sa longueur et sans doute aussi dans sa largeur. Il en résulta « un édifice plutôt élégant que majestueux, mais remarquable par la grâce et la légèreté qui caractérisent les monuments de cette époque * ».

Malgré les ravages du temps et des révolutions successives, il reste encore de cette œuvre de Jean d'Amboise et de Geoffroi d'Estissac , trois belles voûtes, dont les nervures s appuient sur des demipiliers de forme prismatique, portant à leurs clefs des armoiries impossibles aujourd'hui à déterminer. Déjà, au xvii^ siècle, on hésitait à y voir le blason de la maison d'Amboise, et l'on se demandait, avec D. Estiennot, s'il ne fallait pas y reconnaître, comme partout ailleurs, les armes de Geoffroi d'Estissac.

Celui-ci laissa-t-il inachevé ce monument? ou y ajouta-t-il une abside analogue à celle qjui le décore-

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