Mgr Cousseau, Notice »ur Lignçé, p
aujourd'hui, ainsi que le demandaient les rè^es de Tart ? Nous ne pourrions rien affirmer à cet é^rd. Nous savons seulement que , à la fin du xvi*' siècle . l'abside, si elle avait existé, avait disparu. Mais s'il négligea de terminer la basilique du côté de l'orient, Geoffroi d'Estissac se plut, au contraire, à Torner de toutes les grâces de la Renaissance , du côté de l'occident.
c Le portail, en eifet, véritable prodige de délica- « tesse dans son ensemble et dans tous ses détails, « me paraît difficile à décrire. Le dessin ne saurait « donner une idée à ceux qui ne l'ont point vu , de « cette élégante torsade et de cette dentelle légère « qui en suivent tous les contours ; et ceux même « qui le voient aujourd'hui, défiguré par la mutila- « tion de ces sculptures si fines et si délicates, par « l'ignoble maçonnerie qui ferme une partie des « vitraux , et par la triste statue si peu digne du « riche dais qui la couronne, ont peine à se le « figurer tel qu'il devait être dans la pureté et la < belle harmonie de son dessin primitif. »
Au moment où M. l'abbé Cousseau , aujourd'hui le savant et vénérable Mgr Cousseau, évêque d'Angoulême. écrivait ces lignes, aucune restauration de ce portail n'avait été tentée. Aujourd'hui , grâce à des dons généreux que nous ferons connaître, deux beaux vitraux, représentant, l'un saint Martin en habit de moine, l'autre, saint Hilaire foulant aux pieds le dragon de l'hérésie ^, ont fait oublier f ignoble maçonnerie qui fermait la partie supérieure de ce
1. Ces deux vitraux sont couronnés par un double médaillon ; dans Tun, saint Martin distribue son manteau à un pauvre ; dans l'auti-e. Jésus- Clirist lui apparaît en songe.
portail. Quant à la statut dont se plaint le savant prélat, elle sera remplacée, nous l'espérons , par un saint Martin à cheval, ou en habit de moine, ainsi que rexige le monument.
Cependant GeoflFroi d'Estîssac, tout en perfectionnant la maison de Dieu , ne négligeait pas sa propre demeure. Par ses soins une maison régulière s'éleva au sud-ouest de la basilique, probablement à la place de l'ancien logis des prieurs. Un cloître élégant courut autour de l'enceinte intérieure, au milieu de laquelle une fontaine jaillissante rafraîchissait la verdure du préau. Au midi, un corps de bâtiment, flanqué de quatre tours de formes diverses, dont trois subsistent encore, était réservé aux religieux ou aux chapelains du prieuré. Au nord, à l'extrémité du cloître, s'élevait la tour octogone du clocher, coquettement assise sur les ruines de l'ancien baptistère, et montrant au loin sa galerie ciselée et sa flèche * svelte et gracieuse, qui s'échappe de ses flancs consolidés par quatre contreforts. Toujours au nord , mais du côté de l'ouest , un donjon , à la forme circulaire, gardait l'entrée du monastère. Ce donjon, depuis plusieurs siècles, est découronné et délabré comme une ruine. Et il convenait que ce sort lui advînt ; car c'est là, dit-on, que le caustique
1. Nous n'ignorons pas que, lors de la restauration de l'église de Saint-Martin au xix« siècle , le clocher ne se terminait point par une flèche, comme aujourd'hui, mais par une calotte ronde ; mais nous croyons que cette dernière forme lui avait été imposée parles Pères Jésuites, pendant le temps de leur administration ; la flèche primitive, exigée par le style du commencement du xvi« siècle, aura été brisée pendant les guerres de religion ou par quelque accident.
et graveleux Rabelais vint reposer son humeur vagabonde et composer quelques-uns de ses indignes libelles ^ Plusieurs élégants escaliers, dont un seul a résisté aux injures des siècles, reliaient entre elles les parties de cette maison habilement construite. Enfin à Touest, à l'extrémité d'une cour d'honneur, Geoffroi d'Ëstissac eut grand soin de construire de vastes servitudes pour ses chevaux et ses voitures. Ainsi le voulaient les usages du temps. Mais le torrent des révolutions a emporté, comme il le devait, ce superflu de ia grandeur mondaine.
Ces dispendieuses constructions ne s'effectuèrent évidemment qu'au prix de plusieurs années de travail. Si nous en avons donné une vue d ensemble, c'est qu'elles forment un tout complet, et qu'elles inaugurent ce qu'on pourrait appeler 1ère moderne du prieufé de Saint-Martin. La physionomie que lui a imprimée Geoffroi d'Ëstissac, il l'a conservée assez fidèlement jusqu'à nos jours pour qu'on puisse dire ([ue le monastère et la basilique de Saint-Martin sont l'œuvre du savant prélat du commencement du XVI® siècle. Quant à la vie monastique, on ne peut en dire autant. Sans doute, dans la pensée du généreux prieur, cette reconstruction de bâtiments réguliers avait pour but de conserver la vie religieuse dans ce lieu sanctifié par la présence de saint Martin, et encore si vénéré des fidèles. Mais, malgré son bon vouloir, il ne pouvait faire revivre un cadavre. Or, sous le rapport de la vie monastique, l'abbaye de
1. « Tiirrim quoque Rabelai nomine denota^ere ; quippein ea dictus Rabelais libres conscripsit nugacium calculos multi faciendos. » (D. Estiennot, loc. cit.)
Maillezais ne renfermait plus aucune de ces sources d'eau surnaturelle qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle. Il y aura donc encore à Ligugé un semblant de communauté jusqu'au commencement du xvu® siècle: Tabbaye-mère enA^erra même, pendant trente ou (juarante ans peut-être, deux ou trois de ses moines transformés en chanoines; mais ce ne sera plus que dans un but d'hygiène. Ils y viendront respirer l'air si pur et si parfumé de la vallée du Clain , pour y retrouver une santé perdue dans les marais du Bas- Poitou. D'autres visiteurs y afflueront aussi, mais nous dirons tout à l'heure dans quel but.
Cependant la fortune préparait au doyen de Saint- Hilaire et prieur de Ligugé un avenir brillant et de plus nches domaines.
Nous avons vu. par la lettre de cachet de Louis Xll, en (juelle haute considération lui et son frère Bertrand étaient à la cour. Mais elle s'accrut encore le jour où Bertrand d'Estissac s'allia à l'une des premières maisons de la France et même de l'Europe. Le 5 juillet de l'année 1506, devant deux notaires royaux à Saint-Jean-d'Angély . et du consentement de Charles Chabot, seigneur, baron de Jarnac, il signait son contrat de mariage avec Catherine Chabot, sœur de ce dernier, et fille de Jacques Chabot et de Madeleine de Luxembourg *. Par cette alliance,
1. Bibliot. liai, F. Dupuy^ vol. 425, fol. 84. Entre les témoins qui assistaient à la rédaction de ce contrat , on peut remarquer Gernutm de Bonneval, chevalier, seigneur dudit lieu et gouverneur du Limousin ; Messire Jacques du Fou, chevalier, seigneur dudit lieu ; Martin de SuÀnt-Gelaù^ sieur de Saint- Se vérin. — On peut voir dans le V. xVnselme combien était illustre la famille de Luxembourg Anselme; m, 73ôi. Cf. au6si Dom Pioliu, Hist. de VEgll-ic du ManSy V. 173.
Bertrand devenait le neveu du cardinal Philippe de Luxembourg, évêque de Térouanne et du Mans, etc., si puissant à la cour des rois Charles VIII et Louis XII. C'était pour lui le chemin des honneurs, et pour son frère Geoffroi, une porte ouverte aux faveurs et à de nouvelles provisions de bénéfices ecclésiastiques. Ni les uns ni les autres ne manquèrent aux deux nobles frères. Bertrand, non-seulement devint conseiller du roi en tous ses conseils, et sou chambellan ordinaire, mais il fut nommé lieutenant général pour Sa Majesté en ses pays et duché de Guienne , maire et gouverneur de Bordeaux. Quant à Geoifroi., les abbayes de Cadouîn en Périgord et de Notre-Darae-de-Celles lui furent octroyées (1515); et trois ans après, le 22 mars 1518, il montait sur le siège épiscopal de Maillezais. Par là, il acquérait un double droit sur le prieuré de Ligugé, qu'il eut soin de conserver jusqu'à sa mort, comme formant l'une des plus riches portions de sa fortune ecclésiastique.
Cette haute position ne changea rien à ses goûts pour les arts, la littérature et les charmes de la campagne; elle lui permit seulement d'élargir le cercle de ses prodigalités et de se former, nouveau Mécène, une petite cour de beaux esprits , dans le sens profane, dont la capitale était sa charmante maison de Ligugé.
Les Bouchet, les Brisson , les Rabelais venaient, tour à tour ou à la fois, y étaler la variété de leur savoir classique ; etdans leur naïveté, ils se croyaient transportés au siècle d'Auguste et de Virgile. Le prélat ne déHaigriait pas de cultiver lui-même son jardin, (|u'il avait rendu aussi spleudide que recoud,
et l'odieux Rabelais, voulant conserver ses bonnes grâces, s'empressait de favoriser sa passion champêtre. « Monseigneur, lui écrivait-il de Rome en « 1636 *, touchant les graines que vous ay envoyées, « je vous puis bien assurer que ce sont des meilleures « de Naples, et desquelles le Saint-Père fait semer en « son jardin secret de Belueder. D'autres sortes de tt salades ne ont-ils par de çà, fors de Nasidord et t d'Arrousse ; mais celles de Legugé me semblent bien « aussi bonnes^ et quelque peu plus douces et amia- « blés à l'estomach^ m^smément de votre personne, cnr a celles de Naples me semblent trop ardentes et trop « dures. Au regard de la saison et semailles, il faudra « advertir vos jardiniers qu'ils ne les sèment du tout
« si tost comme on fait par de çà Ils ne pour-
« ront faillir de semer vos salades deux fois Tan, « scavoir est, en Caresme et en novembre, et les € cardes ils pourront semer en aoust et septem- « bre, etc. »
On le voit, notre prélat était amateur de beaux légumes et de bonnes salades. C'était innocent, et d'autant qu'il les aimait plus pour ses amis que pour lui-même. Mais sans l'entretenir plus longtemps de cette petite académie littéraire, où les membres n'avaient pas tous des goûts aussi simples que le président, le lecteur nous permettra du moins de lui citer une description curieuse que nous en a laissée le consciencieux auteur des Annales d'Aquitaines Jean Bouchet. Il avait la passion des rimes comme
1. Les IJpùù'âS de Maistre François Rabelais , docteur en médecine^ écrites pendant son voyage en Italie. Paris, chez Ch. de Sercy. 1661. Lettre xii, p. 48-49..
tous les gens lettrés de ce temps-là; il faut donc l'écouter en ce style *.
Car si n'estoit le labeur de pratique
(Auquel poursuivre il faut que je m'applique).
De trois jours l'un irais veoir Ligugé ;
Et pour m'induire à ce, maints arguz je :
Le premier est le lieu tant délectable,
De toutes parts aux Nymphes très-sortable.
Après y sont par les arbres et boys Aultres qui font resonner haut leurs voix
Et qui voudra prier Dieu (ce que prise)
On trouvera la très-plaisante église
Où saint Martin feit habitation ,
Far certain temps en contempiacion,
Et où deux morts, par fureur et tempeste.
Ressuscitez furent à sa requeste.
Après, y sont les bons fruits, les bons vins
Que bien aimons, entre nous Poitevins.
Et le parfait qu'il ne faut qu'on resecque [écarter ,
(Vest la bonté du révérend évesque \tairé\.
De Maillezais, seigneur de ce beau lieu,
Partout avmé des hommes et de Dieu ;
Prélat dévot, de bonne conscience ,
Et fort savant en divine science,
En canonique et en humanité.
Non ignorant celle mondanité
Qu'on doit avoir entre les roys et princes.
Pour gouverner villes, citez, provinces.
A ce moyen, il a y me gens lettrez
En grec, latin et français bien estrez
A diviser (sic) d'histoire ou théologie.
1. Epistreê morales et familières du Traverseur (Jean Bouchet), Poitiers, 1646, petit in-folio. Epist. XLix.
Aussi est-il de noble sang venu.
Ses pères ont (comme il est bien cogneu)
Très-bien servv jadis les rovs de France
En temps de paix, de guerre et de souffrance ;
Et tellement que leur nom de Stissac
On ne sçauroit par oubly mettre à sac. »
On aime à voir cet excellent homme parmi les protégés de notre noble prieur de Ligugé : car Jean Bouchet n'était pas un de ces esprits légers à qui la connaissance du grec et du latin avait persuadé qu'ils étaient infaillibles et que l'Église catholique n'était qu'un repaire d'ignorantins. Au lieu de vanter les prédications de Calvin dans les grottes de Saint-Benoît ou autres lieux secrets , Jean Bouchet arborait hautement le drapeau du catholicisme. C'est lui qui apprenait à son fils Gabriel, encore au collège , comment il devait acquérir science , en lui écrivant :
« Et si ne veulx a présent de toy rien,
« Fors préférer à tout bien terrien L'amour de Dieu pour obtenir sa grâce ; Car je sçay bien que celuy qui embrasse Dieu par amour, ne sçauroit avoir mal ; - C'est luy d'où vient notre bien principal.
Par ce au matin avant que faire auitre œuvre « Je veulx , mon filz, que ton chef se dequeuvre (( A Dieu , disant en mots substantieulx « Telle oraison de cœur dévotieux. »
Cette amitié de Geoffroi d'Estissac pour un si bon catholique nous vient en aide pour excuser la protection si mal placée accordée par le même prélat
au trop licencieux Rabelais, qui lui aussi . comme nous TavoDs observé , fut, pendant quelque temps. Tun des hôtes assidus de l'cvêque de Maillezais, à Ligugé. Du moins, pouvons-nous croire que plusieurs de ces favoris du nouveau Mécène aimaient, comme Jean Bouchet. à joindre la prière du pèlerin de saint Martin aux discussions philosophiques ou littéraires; et cette pensée est une consolation pour nous.
Cependant Geolfroi d'Estissac ne rencontrait pas que des fleurs sur le chemin de sa vie. Dieu y semait parfois les épines du chagrin et de la douleur. Son frère Bertrand, qu'il aimait tendrement et dont il était aimé, fut emporté par la mort' vers l'âge de soixante-quatre ou soixa'ïite-cinq ans '. r/ptait en l'année 15i6 environ. Il laissait de son mariage quatre enfants, trois fils et une fille. Louis, qui parait avoir été Taîné , était déjà un beau jeune homme, près d'entrer dans sa majorité ; Jean et François-Armand ou Arnaud n'étaient encore que des enfants de dix à douze ans peut-être ; mais, destinés à l'Ëglise , ils portaient déjà la tonsure cléricale : nous les retrouverons plus loin. Quant à la tille de Bertrand, nous ignorons son nom; mais
1. n devait avoir cet âge eu 1526, s'il avait environ 20 ans en 1482, comme c'est probable. Nous saisissons cette occasion pour relever une erreur accréditée par les éditeurs des œuvres de Rabelais. Dans les lettres de ce dernier, écrites en 1636, il est plusieurs fois question de Madame d'Estissac. Or cette dame ue peut être que la nièce de Geoffroij femme de Jttm nereii LoiiU. et non pas 8(i mère, qui était morte en 1482. Sa l>elle-sœur même. Catherine fhabol, «*tait morte avant le 5 juin 1526, puisque, à cette date, Geoffroy était tuteur de sou neveu.
nous la connaissons par son mari , le sieur de Bideran , dont nous parlerons tout à l'heure , et par ses fils , les deux Jean de Bideran, qui deviendront successivement prieurs de notre monastère de Ligugé. Geoifroi d'Estissac prit aussitôt en main l'administration des biens de son frère décédé ; et nous avons un acte du 5 juin de la même année 1526 *, par lequel lui, Geoifroi , évesque etseigneurdeMaillezais, en qualité a d'oncle curateur et légitime administrateur de la personne et biens de Loys d'Estissac son neveu^ seigneur baron dudit lieu, de Cahusac^ Monclar,, Saulcignac, et de plusieurs autres terres et seigneuries^ nomme le sieur de Byderan, capitaine de la chatellenie de Saulcignac, en reconnaissance, dit-il , des bons et agréables services qu'il a faictz aux affaires de feu messire Bertrand d'Estissac, chevalier, nostre frère, et de nostre dict neveu Loys. » L'acte sur parchemin est daté du château de Monclar, signé de sa main et scellé de son sceau.
Mais notre intelligent prélat ne se contenta pas de veiller sur la fortune de son neveu; il lui chercha
1. Ce document, qui m'a été communiqué, avec une bienveillance dont je ne saurais assez le. Remercier, par M. Rathery, Conservateur au département des imprimés de la Bibliothèque nationale, éditeur des œuvres de Rabelais et auteur d'une notice fort savante sur ce personnage, résout la question de savoir si le GeofiEroi qui paraît en 1482 est le même que l'évêque de Maillezais. Puisque le Geoffroi, évêqite et seigneur de Maillezaù, signataire de cet acte, se dit frère de Bertrand^ 2^ère de Lonù, il est nécessairement le même que le frère du même Bertrand, encore mineur en 1482. Ainsi se trouve détruite l'assertion de M. B. Fillon, qui, dans son album Poitou et Vendée, a prétendu que Geoffroi d'Estissac n'avait que 23 ans, lorsqu'il monta sur le siège de Maillezais. en 1518.
surtout une épouse digne de lui et de son rang. Il jeta les yeux sur Anne de Daillon, fille de Jacques de Daillon, baron du Lude, sénéchal d'Anjou *, etc., et de Madeleine dame d'Illiers, de l'illustre famille de ce nom, dans le pays Chartrain.
Ce mariage (1528) mit le jeune Louis d'Estissac sur le chemin des honneurs et de la fortune. Dieu le rendit fécond ; et cependant, même après un second mariage, le nom d'Estissac devait s'éteindre à jamais ; et tous les biens accumulés par la faveur des princes et des rois devaient aller s'engloutir dans l'immense fortune patrimoniale des seigneurs de la Rochefoucaud •. Ainsi s'évanouissent les plus belles espérances du siècle.
Louis d'Estissac. cœur reconnaissant autant que brave chevalier, aimait à venir passer la belle saison dans la maison de campagne préférée de son oncle Geoffroi, et à faire les honneurs de ce nouveau Tivoli aux hommes choisis qui y étaient admis. Aussi notre excellent Jean Bouchet, dans l'épître oii il nous a chanté si naïvement les qualités de l'oncle, n'épargne-t-il pas les louanges au neveu :
« Du sien nepveu les vertus et les mœurs « Augmenteront leurs immortels honneurs, « Car pour parler au vray de sa personne « One je n'en vys aux armes mieulx consonne,
1. La famille de Daillon ne datait, à proprement parler, que de Jean de Daillon, que Louis XI fit sortir de l'obscurité pour l'élever aux plus grands honneurs. A partir de cette époque, c'est-à-dire du xv« siècle, cette maison devint l'une des plus puissantes du royaume. Le fief de Daillon était situé dans la paroisse des Cerqueux-sous-Maulévrier.
2. Par le mariage de Claudia d'Estissac avec François IV, comte de la Rochefoucaud.
<( Parce qu'il est chevalier très-hardy, a De corps, de bras et jambes bien ourd} .
« Moien de corps et de la droicte taille « Que les vouloit César en sa bataille ; « En son aller il est tout tempéré, « En son parler et maintien modéré, ' « Tant bien ordre d'éloquence vulgaire, « Qu'il est partout estimé débonnaire.
w Et quant à moy encores suis honteux « Du bon accueil si franc et non douteux « Que ces seigneur3 me feirent de leur grâce ; « Presens plusieurs, voire en publique place.
La douceur et /' humilité que notre poëte attribue ensuite au jeune baron d'Estissac ne l'accompagnaient pas toujours au sortir du monastère de Saint-Martin de Ligugé , car nous apprenons qu'il se rendit odieux par ses violences dans le gouvernement de la Rochelle , que lui avait cédé son beau-frère Jean de Daillon «.
Aussi bien, ce vice, ou tout au moins ce défaut paraît avoir été commun dans cette famille. L*évêque de Maillezais lui-même n'en fut pas exempt, ou du moins se rendit complice trop complaisant de son neveu Jean d'Estissac , son successeur dans la dignité de doyen de Saint-Hilaire et dans la charge de prieur de Ligugé. Toujours est-il que. sur les dénonciations et les poursuites du procureur général Antoine de Michaels, le parlement de Paris lança contre l'oncle et le neveu un arrêt de prise de corps, avec ordre de les saisir, quelque part qu'ils pussent être trouvés, mesme en lieu sainte et de les amener prison-