LE MONASTÈRE DE LIGUGÉ PENDANT LA SECONDE MOITIÉ
DU XVie SIÈCLE.
Avant de mourir, Geoifroid'Estissac avait euassez de créditpourtransmettre àsesneveux ses principaux bénéfices ecclésiastiques. Arnaud d'Estissac s'empara de Fabbaye de Notre-Dame de Celles (26 août 1542), et peut-être même del'évêché de Maillezais*; mais il rencontra une forte concurrence dans les d'Escoubleau-Sourdis , dont la puissance commençait] à poindre, et qui finirent par s'établir sur le siège de Maillezais et dans l'abbaye de Cadouin. Arnaud dut donc se contenter de l'abbaye poitevine de Celles. Son frère Jean fut plus heureux: il se fit pourvoir à la fois du doyenné de Saint-Hilaire-le-Grand (27 juin 1542) et du prieuré de Saint-Martin de Ligugé, ou plutôt son père s'en empara pour lui. Car le procès criminel qui lui avait été intenté dès la fin de l'année 1540 se poursuivait avec persévérance. La police parvint même à se saisir de sa personne dans la ville de Paris, où il s'était réfugié, et il futenfermé dans les prisons de la conciergerie du Palais.
Mais cette aff*aire, qui semble avoir été fort exagérée, sinon inventée entièrement parles ennemis de la famille d'Estissac, se termina, après bien des humiliations, à l'avantage de l'inculpé. Faute de
l,JBihlwt, nation. CaMnet des titres, Estissac,
preuves suffisantes et jusqu'à meilleure information, Jean d'Ëstissac fut mis en liberté provisoire, par arrêt du parlement, avec défense toutefois de sortir de la ville et des faubourgs de Paris *.
Cependant le Chapitre de Saint-Hilaire s'était ému de ces poursuites, et avait obtenu que la cause fût jugée par une délégation de ses membres et par une commission prise dans le sein du parlement. Au mois de juillet 15^3 , elle était encore pendante; mais enfin, Tannée suivafite, Jean d'Estissac put revenir à Poitiers et à Ligugé se reposer de tant d'outrages. Au mois d'avril lë4ë, il était député par le Chapitre de Saint- Hilaire pour aller offrir au nouveau gouverneur du Poitou, Jean de Daillon, comte du Lude, frère de sa belle-sœur, les quelques pipes de vins que présentait d'ordinaire ledit Chapitre aux représentants de l'autorité royale, lors de leur joyeux avènement ; et le 24 janvier et le 2 mars 1551 (n. s.), on le voit siéger comme juge, en qualité de conservateur des privilèges de Montierneuf, dans un procès intenté contre le sacristain de l'abbaye, par Frère Jehan de Péréflxe, vicaire général du cardinal de Guise, abbé de ce monastère *.
Il était donc complètement réhabilité aux yeux de l'opinion publique, et sa détention n'avait laissé aucune trace de défaveur dans l'estime générale, il parait même qu'il fut député par les chanoines de Saint-Hilaire pour les représenter aux fameux États de Blois de 1576-1577 \