Rapaillon.— D. Font, xxxv
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Que devenait cependant i^tre monastère, pendant que son prieur consumait son temps dans les débats de la justice et les agitations de la ville et de la cour? Hélas! il s'affaissait de plus en plus dans une ruine complète.
Les esprits en France avaient éprouvé une commotion violente sous le souffle empoisonné des prédications de Calvin et de ses sectaires. Le Poitou était devenu l'un des foyers les plus ardents de cette grande hérésie révolutionnaire, et allait subir des ravages et des dévastations plus cruelles et plus acharnées que celles de la guerre de Cent Ans.
Nous ferons connaître ailleurs les diverses phases que traversa l'erreur avant d'arriver à l'égalité, puis à la tyrannie dans notre province; nous énuraérerons les villes et les monuments principaux qui furent les victimes des dévastateurs. Ici contentons-nous de dire que le prieuré de Ligugé devint, comme tant d'autres, la proie de leur haine aveugle.
Dans cette guerre à mort, déclarée à tous les grands souvenirs historiques, la basilique de Saint- Martin ne devait pas subir un autre sort que celle de Saint-Hilaire de Poitiers, sa sœur, qui fut pillée et dévastée par les sectaires, le 27 mai 166i *. Nous ignorons la date précise de la dévastation de notre monastère ; mais nous savons qu'il devint, comme pendant l'invasion étrangère, un lieu fortifié, entouré de fossés creusés pour la défense , et dans lequel, tour à tour , catholiques et protestants , accumulèrent ruines sur ruines.
Ces fortifications furent peut-être l'œuvre de
1^ Mém. Soc, Antiq, (hieit., 1862, p. 229.
Florentin du Ruau, marchand de Poitiers, personnage d'une honnêteté assez douteuse, mais qui, par son habileté et ses intrigues, parvint à Téchevinage de Poitiers et aux privilèges de la noblesse. En 1562, on le voit parmi les gens suspects de la ville de Poitiers qui achètent les reliquaires d'or et d'argent enlevés par les hérétiques à la basilique de Saint- Hilaire-le-Grand ' , ce qui lui permit sans doute de monter sa maison à peu de frais. Deux ans après, le 31 août de Tan 1564, « messire Arnaud d'Estissac, dùctetir en droit et abbé de Celles^ on nom et comme ayant charge de noble messire Jehan d'Estissac^ doyen et chanoyne en f église de Saint Hillayre-le-Grand de Poictiers et Prieur sieur du prieuré de Ligugé, son frère ^ affermait à ce même Florentin du Ruau tout le revenu, seigneurie et temporel du prieuré, ensemble le prieuré de Saint-Remi-sur- Creuse, près la Haye en Touraine, avec les appartenances et dépendances desdits prieurés^ en quelque part qu'ils soient situez..,, pour la somme annuelle de dix-huit cents livres tournois payables par les quatre quartiers de lan, à la charge pour ledit preneur de bailler audit sieur Prieur, par chacun an,, deux charettes de foin et six de pailles et trente boeceaux (sic^ iavoynes qu'il laissera audit prieuré pour les chevaux dudit sieur Prieur quand il yra à Ligugé, Et outre, a réservé et réserve pour ledit sieur Prieur un des corps de logis dudit prieuré avecq une estable pour ses chevaux, quand il yra audit lieu de Ligugé, ou gens pour luy. avecq puissance de faire prendre es jardrins dudit prieuré des herbages pour la provision dudit Prieur.