CARACTERISTIQUE ET PATRONAGES
Il n'est personne qui ne reconnaisse tout d'abord saint Martin en voyant un cavalier tranchant son manteau de l'épée. et près de lui un mendiant, souvent estropié, quelquefois cul-de-jatte. Aucun saint n'a été caractérisé par les artistes d'une manière plus constante.
Aucun autre peut- être n'a été plus invoqué. Aucun patronage n'a été plus recherché. Les militaires, les cavaliers, les sergents se sont toujours réclamés de lui : la raison en est évidente. Les chasseurs mêmes, à certaines époques, l'ont préféré à saint Eustache et à saint Hubert. Si à Liège les tailleurs d'habits s'étaient mis sous sa protection, c est sans doute parce que. aux portes d'Amiens, dune seule pièce d'étoffe il fit deux manteaux. On ne voit pas aussi clairement le motif qui fît adopter son patronage par les hôteliers, les cabaret iers et erieurs de vin. Il semble toutefois que les banquets qui se faisaient, presque dans toute la chrétienté, à la tète de saint Martin, le 11 novembre, ont dû contribuer à rabaisser l'ascète deLigugé et de Marmoutier et à le transformer, dans 1 esprit populaire, en une sorte de dieu des bombances. A ces festins, qui coïncidaient avec la fin des travaux agricoles et les belles journées tardives dites Y Eté de la Saint- Martin, on mangeait copieusement, on buvait de même : et les malaises, suite naturelle des plantureuses agapes, se nommaient couramment le Mal de saint Martin. Le plat de résistance en était d'ordinaire une oie rôtie. Peut-être est-ce là ce qui a incité certains peintres et certains sculpteurs à placer un oison auprès du saint. Mais ces figurations exceptionnelles sont rares, et saint Martin pour les artistes a toujours été et est encore le cavalier charitable.