‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 109 sur 266 · LE PANTHÉISME · texte numérisé non relu

LE PANTHÉISME

En effet, lliomme ou son âme est bien une œuvre de la pensée divine ; cela est de bon christianisme et de saine philosophie; mais elle n*est pas une pensée de Dieu. Une pensée de Dieu est de Dieu et reste à Dieu. Elle ne s'altère pas ; elle ne devient pas un homme, ni le vieil homme, ni le nouvel homme. Pris à la rigueur, le langage de Saint-Martin enseignerait réellement ce panthéisme mystique gu'on trouve chez tous ceux des théosophes de l'Orient et de l'Occident du moyen âge et du nôtre qui , à force de vouloir glorifier la Divinité en tout, la confondent avec tout. Mais ce n'est pas ainsi qu'il l'entend. L'homme est pour lui une création de la pensée divine et non pas une pensée de Dieu. Saint-Martin se lance parfois dans les voies de l'extase, mais il ne va pas jusqu'au panthéisme; il ne professe ni celui de la Kabbale ni celui de la Gnose , ni celui de Xénophane ni celui de Spinosa. Loin de là, il combat dans ce livre même le spinosisme, qui lui fait horreur comme à Malebranche. De nos jours soyons sobres en condamnations, le passé nous en dispense, il a fait œuvre pour deux. Nous aimons l'exactitude ; mais en pressant les termes, respectons la pensée. En développant nos dons d'investigation dans la voie des suspicions, nous finirions par voir du panthéisme dans bien des textes, même dans les plus apostoliques; et je crois vraiment, tant nous sommes devenus farouches, que nous ne permettrions plus à personne de parler comme saint Paul, qui dit aux épicuriens et aux stoïciens d'Athènes, sur les hauteurs de l'Aréopage, sur la place du Grand- Marché : « C'est en lui (Dieu) que nous sommes et que nous nous mouvons. »

SCHELUNG. m

Saint- Martin dit à la vérité des choses étranges, inacceptables pour les esprits critiques. Il affirme que Dieu même ne prend corps que par son opérer; que le Mikrothéos, Thomme, le petit Dieu, répond au Makrothéos, au grand Dieu; que Thomme est esprit divin; que la créature doit continuer, dans sa région à elle, la pensée, la parole et l'œuvi^e de Dieu. Il ne s'agirait que de l'interpréter, dans des textes de ce genre, avec un peu de bonne volonté pour le trouver tout à fait schellingien. Par exemple, il dit bel et bien : « Le premier moment de la création est la distinction de la créature du Créateur. Le second moment est la réunion dans la diiférence. » Cela donnerait à qui le voudrait absolument le principe même du système de l'identité. Mais, on le sait, nul ne résiste à un interprète bien décidé à trouver dans quelques textes, un peu forcés, d'une part, un peu aidés de l'autre, ce qu'il y cherche. On a pratiqué ce système à l'égard de ScheUing et de Saint-Martin, et l'on a trouvé entre les deux penseurs d'étonnantes analogies. Et pourtant Saint-Martin , qui a pu friser FAUemagne en chaise de poste et habiter à Strasbourg au moment où ScheUing publiait ses premiers écrits, n'a jamais lu ime page ni professé une théorie quelconque de son illustre contemporain. Il offre avec Schel- Ung des analogies frappantes, cela est vrai, mais elles sont facilement expliquées par la source commune où Os puisèrent tous deux avec trop de confiance, j'entends le philosophe teutonique.

Toutefois, à l'époque où le Nouvel Homme fut écrit. Saint -Martin connaissait peu ou point les ouvrages de Boehme , et ce ne fut pas là qu'il puisa ses apparences

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